Le Tchad n’a pas aimé la façon dont le Mali a organisé l’évacuation de ses soldats de la base de Kidal. Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Mahamat Saleh Annadif, le dit franchement. Il déplore que ses compatriotes aient été obligés de prendre la route entre Kidal et Gao, au risque de sauter sur des mines. Mahamat Saleh Annadif le dit depuis Riyad, où se tient ce vendredi un sommet de chefs d’État entre l’Arabie saoudite et plusieurs pays africains. Mahamat Saleh Annadif a également salué l’accord signé entre le Tchad et le Président des Transformateurs et s’est également prononcé sur le conflit entre le Hamas et Israël. Le tout, dans cette interview.

 

Monsieur le ministre, vous êtes à Ryad pour un sommet entre l’Arabie saoudite et les pays africains. Quelle est l’urgence au vu du conflit sanglant entre le Hamas et Israël ?

 

Mahamat Saleh Annadif : Notre pays a appelé à un cessez-le-feu et nous avons même rappelé notre chargé d’affaires là-bas. Et on compte vraiment sur un cessez-le-feu rapide pour plutôt se pencher sur le fond de la question : la création de deux États, côte à côte, c’est ça le fond du problème.

 

La semaine dernière en effet, vous avez rappelé votre chargé d’affaires en Israël. Est-ce qu’on va vers une rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et l’État hébreu ?

 

Nous n’avons pas dit cela. Nous avons simplement rappelé notre chargé d’affaires pour des consultations.

 

Au terme d’un accord conclu à Kinshasa, l’opposant Succès Masra est rentré à Ndjamena après un an d’exil forcé. Est-ce qu’on va vers une fin de transition apaisée ou pas ?

 

En tout cas, nous l’espérons parce que nous estimons que l’accord qui a eu lieu est un bon pas dans le sens de l’apaisement. Et nous espérons tout simplement que les uns et les autres respecteront leurs engagements. Le gouvernement a commencé déjà à respecter ses engagements, notamment l’amnistie qui vient d’être décidée en Conseil des ministres ce mercredi.

 

Alors cette loi d’amnistie, de nombreuses organisations comme Amnesty International s’inquiètent parce que les violences du 20 octobre 2022 ont fait plusieurs centaines de morts. Et ces organisations dénoncent le fait que les violences commises par les militaires, si elles ne sont pas jugées, si elles ne sont pas condamnées, vont renforcer la culture de l’impunité dans votre pays…

 

Les événements du 20 octobre font partie de l’histoire du Tchad. Nous les avons tous regrettés, dénoncés. Ce sont quand même des Tchadiens qui sont morts. Mais je voudrais tout simplement dire aux uns et aux autres que les violences au Tchad n’ont pas seulement commencé depuis le 20 octobre 2022. Durant notre cheminement, nous avons connu beaucoup de violences, et toute amnistie qui tend à réconcilier les Tchadiens est à saluer.

 

Au Nord-Mali, la Minusma n’a pas obtenu toutes les autorisations de vol demandées pour évacuer et sécuriser le retrait de vos casques bleus tchadiens. Plusieurs de vos compatriotes ont été grièvement blessés par des explosifs. Quelle est votre réaction ?

 

Le Tchad a envoyé depuis 2013 un contingent au niveau du Mali. Évidemment, nous aurions aimé une séparation entre la Minusma et le gouvernement malien dans des conditions plus apaisées. Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme elles doivent se faire. Le cas du contingent tchadien, c’est vrai qu’il y a eu des pertes. Vous savez que, depuis le déploiement de la Minusma en 2015, les Tchadiens qui sont morts constituent un tiers de tous les décès que la Minusma a connus. Donc, le Tchad a déjà perdu beaucoup, mais nous estimons que c’est pour la bonne cause, c’est pour aider à ce qu’il y ait la paix au niveau du Mali. Maintenant, nous nous sommes retirés, peut-être pas dans des conditions idéales. Les troupes sur leur parcours ont eu quelques incidents. Il y a eu des blessés, c’est vrai. On a évacué des gens sur Ndjamena. Mais de façon globale, j’aurais aimé, j’aurais souhaité en tout cas, une séparation entre les Nations unies et le gouvernement malien dans des conditions plus amicales.

 

Est-ce que vos amis maliens ne sont pas un petit peu ingrats à l’égard des Tchadiens après tous les sacrifices que ceux-ci ont consentis pour le Mali ?

 

Ce sont des mots que je n’emploie pas. Je souhaite la paix surtout au Mali.

 

En tout cas, cette séparation ne se passe pas, comme vous dites, de façon très amicale…

Ça, c’est clair. J’aurais aimé que cette séparation soit plus amicale que cela.

 

Les relations entre Ndjamena et Bamako étaient fondées sur la confiance. Est-ce qu’elles vont pouvoir rester confiantes ?

Le Mali traverse une phase difficile. Souhaitons seulement qu’il sorte de cette phase difficile. Les relations entre les États peuvent connaître des moments de difficulté, mais dans tous les cas, nous demeurons des pays amis avec le Mali.

Et que pensez-vous de cette tentative de reconquête militaire des ex-bases Minusma du Nord-Mali par les Forces armées maliennes avec leurs supplétifs russes de Wagner ?

Je souhaite que la sagesse l’emporte et que cette guerre-là puisse s’arrêter, et qu’on revienne plutôt à la table des négociations, et qu’on revienne surtout à l’accord pour la paix que personne pour le moment n’a dénoncé.

Le Tchadanthropus-tribune avec Rfi

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