Des broderies d’or, une canne sculptée, une cérémonie le jour même de la célébration de l’indépendance… Aussi belle que puisse avoir pu être la victoire contre Boko Haram au lac. Méritait-elle tout se faste ? Toute cette démesure ?

Quand pourrons nous célébrer la victoire contre la pauvreté, contre l’injustice et le népotisme. Quelle belle fête ferions-nous tous, unis comme un seul peuple si nous pouvions gagner la guerre du développement.

Gagner la bataille contre la haine ethnique. Cette poudre aux yeux, que d’aucun appellerai poudre de perlimpinpin tant comme par magie elle est supposée tout nous faire oublier, nous pique et nous brûle. Le jour de la célébration de l’indépendance, nous verrons nos fiers et beaux militaires défilants d’un pas peu coordonné saluer cette cohorte de généraux et de hauts gradés et nous ne pourrons nous empêcher de nous demander, lequel d’entre eux est un trafiquant de drogue, lequel aura tué parce qu’on lui aura marché sur le pied, lequel sait vraiment ce qu’est la guerre ou est-ce un de ces chanceux généraux à avoir eu son grade dans une pochette-surprise ?

Nous écouterons les commentaires dithyrambiques du journaliste de télé Tchad qui surprend toujours par le nombre d’adjectifs pompeux et obséquieux qu’il est capable d’aligner dans une seule et unique phrase dite sur un ton sirupeux.

Nous lisons çà et là des articles fustigeant Idriss Deby…mais à qui la faute ? Refuseriez-vous les honneurs ? Refuseriez-vous que l’on vous encense pour un acte que vous estimiez juste ? Ou pour faire plus simple, qui n’aime pas se faire lécher les pompes ? La faute incombe à celui qui se fait lécher ou au lécheur ? Ne sommes-nous pas tous coupables d’avoir laissé développer et perdurer cette culture du griotisme ? Cette culture de la vile flatterie. Nous verrons fleurir sur Facebook des messages de félicitations à l’adresse du Maréchal du Tchad.

Des hommes lui diront qu’il est beau, d’autres le remercieront d’exister, d’autres encore trouverons que Maréchal c’est bien peu, mais comme Dieu c’est déjà pris, on va chercher autre chose… Ho certes nous pourrons compter sur nos activistes qui n’ont semble-t-il pas d’autres activités que l’opposition sans propositions. Nous pourrons compter sur ceux qui insulteront le physique de Deby avec une argumentation digne d’un enfant de deux ans. Sur ceux qui nous inventeront des histoires abracadabrantes pour essayer de nous révolter. Comme si le fait d’être tchadien aujourd’hui n’était déjà pas une aventure abracadabrantesque. À magie opère, la poudre de perlimpinpin fonctionne. Nous sommes dans le caniveau mais nos yeux sont tous tournés vers les étoiles brodées d’or…

Correspondance particulière

Tchadanthropus-tribune

491 Vues

Il n'y a pas encore de commentaire pour cet article