Ses traits de crayon capturent l’humeur et l’humour de ses concitoyens tchadiens. Bédéiste et illustrateur de presse, Mahamat Djamadjibeye est le dessinateur préféré des N’Djamenois.

Dans ses yeux, son sourire et ses propos, pointe le même trait d’humour que dans ses dessins. À presque 40 ans, Mahamat Djamadjibeye, alias Djam’s, dessine pour la presse depuis seize ans déjà. Mais il manie le crayon depuis bien plus longtemps. « Gamin, en classe, je dessinais systématiquement mes amis, surtout ceux qui se moquaient de moi », se souvient-il, derrière le sourire narquois qu’on lui connaît. Des croquis et des caricatures qui ne font pas toujours rire. « Un jour, j’ai été copieusement tabassé par un camarade de classe qui n’avait pas apprécié que je dessine son père, un forgeron », ajoute-t-il.

Les Aventures de Kouakou

À l’adolescence, le jeune Djam’s cultive sa passion. « Les amis qui écrivaient des lettres d’amour aux filles dans les “cahiers d’amitié” me payaient pour dessiner de belles fleurs à côté de leurs textes. » Amateur de bandes dessinées, il a pour revue préférée Les Aventures de Kouakou, de Bernard Dufossé, un journal qui a bercé l’enfance de jeunes Africains des pays francophones dans les années 1980. « Je reproduisais les planches de Dufossé pour m’exercer », raconte-t-il.

Mahamat Djamadjibeye est bientôt régulièrement sollicité, ici pour réaliser une fresque murale, là pour concevoir une boîte à image, etc., des prestations qui lui permettent de gagner un peu d’argent.

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Au début des années 2000, le jeune homme, qui clopine depuis son plus jeune âge – « la faute à une piqûre mal faite » –, pousse les portes de l’Atelier bulles du Chari (ABC), un centre de formation à la caricature créé par l’architecte français Gérard Leclair. Au sein de l’atelier, il peaufine son talent, se forme, rencontre d’autres dessinateurs… Jusqu’au grand saut dans le monde des médias.

On était payé 750 f FCFA le dessin, mais cela m’importait peu »

Nous sommes en 2004, les membres de l’ABC montent une publication satirique, Le Miroir. Djam’s en a encore des trémolos dans la voix : « On attendait impatiemment la sortie du journal. J’étais tout excité. C’était mon premier dessin de presse. On était payé 750 F CFA [moins de 1,15 euro] le dessin, mais cela m’importait peu. »

C’est finalement en 2008, en rejoignant l’équipe de N’Djamena Hebdo – l’un des plus vieux titres de la presse tchadienne (né en 1989), auquel il collabore encore aujourd’hui –, qu’il confirmera son statut de dessinateur de presse – même si, jusqu’à présent, il n’a jamais pu obtenir une carte de presse.

En une de tous les journaux.

Depuis, ses dessins font la une de presque tous les journaux du pays en vente dans les rues de la capitale. Son style, proche de celui du dessinateur de bande dessinée algérien Maëster, arrache chez les uns des éclats de rire, chez les autres un commentaire désapprobateur – surtout quand il « tire les traits » du chef de l’État. « Un jour, l’un de mes oncles, haut gradé dans l’armée, m’a vivement réprimandé parce qu’il n’avait pas apprécié l’un de mes dessins représentant Idriss Déby Itno », raconte Djam’s, qui se considère comme « le dernier des Mohicans ».

LES JOURNAUX VIVOTENT, ET NOUS EN PÂTISSONS. À CAUSE DE SA PRÉCARITÉ, LE MÉTIER N’ATTIRE PLUS »

« Les journaux vivotent, et nous, les collaborateurs, nous en pâtissons. À cause de sa précarité, le métier n’attire plus. Je suis quasiment le seul encore en activité », déplore le dessinateur. Son autre frustration est l’absence de reconnaissance par la profession, qui, au Tchad, ne décerne pas de prix pour le meilleur dessin de presse.

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Mais Djam’s n’abandonnera pour rien au monde. En attendant la création d’un journal satirique à laquelle il travaille, l’artiste recherche des financements pour publier un portrait en bande dessinée du chef de l’État tchadien, intitulé Le Jeune Berger devenu maréchal.

Madjiasra Nako

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