Saïd Georges Machata Cher frère national, en vérité, au moment où j’ai voulu réagir à la suite de votre écrit, je suis en train de faire quelque chose de plus important : la rédaction d’un mémoire. Mais, je me suis dit qu’il faut qu’on sache quelque chose en plus de ce que vous avez souligné. Sauf que je suis un peu long. Je m’excuse d’avance.


Pour moi, la volonté d’un peuple dépasse de loin la volonté de son/ses dirigeant(s). Pour nous, tchadien, je souhaite que le retour de notre histoire « sombre soit-il » doive, en principe, nous ramener à la raison et nous aider à nous faire des perspectives et de se fixer des objectifs du développement. Or, et malheureusement ce qu’on constate, c’est n’a pas le cas chez nous. Au Tchad, lorsqu’on fait un retour historique, bon ou mauvais est-il, nous nous armons toujours et encore plus de haine, et nous ripostons avec des allures destructives. C’est compréhensible, puisque la faute ne nous revient pas directement. C’est ce qu’ils nous ont légué « nos anciens maitres ». Ils ne nous ont appris que cela. Il nous revient, a nous fils du présent et artisans du futur tchadien, de redéfinir le passé et de s’avoir en tirer, de notre côté, l’intérêt pour une bonne cohabitation nationale et citoyenne dans le présent et le futur. Cette idée de se focaliser sur un seul individu ou un fait, pour encrer notre mal, n’est pas suffisante et ne nous aide pas, ou du moins, dans ce sens.


Vous avez, dans votre récit, pris l’exemple du Rwanda comme toutes personnes voulant prendre une image développementale positive. Je n’en disconviens pas, et je suis d’accord avec vous, mais nous oublions toujours que Kagamé, sans la volonté de frère rwandais de vouloir tourner la page « noir historique », ne pourra rien apporter au Rwanda et faire de ce pays un modèle à suivre. Je pense que nous devons prendre le peuple rwandais comme le peuple le plus intelligent du monde et exemplaire. Parce qu’il a compris, bien qu’avec un petit retard, mais il a compris quand même, que c’est n’est pas une main extérieure qui pourra rendre propre sa cour. Les années noires, les guerres, la division nord vs sud au Tchad, n’approchent en rien le génocide du Rwanda. Là-bas, il a été question de deux tribus. Suivez mon regard et imaginez le reste… mais, puisqu’ils ont compris que personne d’autre n’aimerait le Rwanda mieux qu’eux, voilà le pays est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Sauf qu’on découvre que les Occidentaux cherchent à développer d’autres stratégies de destruction de ce pays. Notamment en disant que Kagamé est un nouveau modèle de dictature, ou récemment encore, en voulant nommant une rwandaise à la tête de la francophonie : organisation conçue pour aider l’intérêt de l’Europe, précisément celui de la France. Comment comprendre qu’un candidat, ressortissant d’un pays qui a réfuté l’éducation francophone et s’est arrimé au système anglo-saxon, soit élu ici, à la francophonie ? Jetez un coup d’œil du côté des médias français (ex : la marche du monde sur RFI), où on ne cesse d’émettre les documentaires sur le Rwanda, non pour féliciter le pays d’avoir eu la volonté de s’émerger et montrer ses progrès, mais pour ramener l’histoire sombre du génocide que les gens cherchent à oublier. Beaucoup d’autres exemples de tentative de déstabilisation du Rwanda existent. Nous comptons sur les rwandais afin qu’ils ne se laissent pas faire une seconde fois. D’ailleurs, ils ont vécu l’expérience mieux que quiconque. 


Vous avez évoqué l’éducation et la santé au Tchad. Personnellement, et, ce que je dis n’incombe que moi, je pense que nous avons contribué lourdement à la situation actuelle du pays. Pour mieux le comprendre, je regarde du côté des enseignants et du personnel de la santé que je connais mieux (auquel je fais partie moi-même) ; sur le plan de parcours éducatif, ambition et enfin formation, il se déroule quelque chose que je n’ai pas vu ailleurs. Je conclus toujours en disant que nous sommes tous responsables devant cette situation et ne remettons pas la faute à l’État, puisque cet État, c’est nous d’abord. Je dis ceci parce que comme vous le savez, tout commence par une éducation de base. Or lorsqu’un parent tchadien, voulant rendre facile le parcours éducatif de l’enfant, en voulant lui monnayer ses progressions scolaires et académiques, qu’il se pose une question : celle qui lui permet de savoir, qui il prépare et pour quel but ? La majorité du personnel de l’éducation et de la santé, je me réserve de dire tous, est venue dans le domaine pour des ambitions autres que le développement et le bien-être collectif et social : c’est celui de s’enrichir et se construire des belles maisons et pouvoir s’acheter des belles voitures. Ces faits découlent d’une volonté : « la responsabilité parentale ». Car, lorsque je corromps les enseignants de mon enfant à tous les niveaux de sa formation ; je négocie son intégration à la fonction publique ; je négocie son affectation au niveau de son ministère, dans la région de mon choix… imaginez, s’il s’agit d’un médecin, infirmier ou instituteur, ce qu’il apportera à la population, et en premier, moi-même. On se plaint aujourd’hui du système de santé alors que nous avons contribué à sa destruction, comme du système éducatif que nous avons forgé nous-mêmes.


En ce qui concerne l’indépendance, je ne pensais même pas en songe jusqu’aujourd’hui ni au Tchad ni dans les autres pays d’Afrique. En célébrant de telles fêtes, nous sommes en train de consolider et légaliser les erreurs que les Occidentaux ont commises dans le passé. Quelle indépendance lorsqu’on trouve, jusqu’au XXIe siècle, que les Africains ont besoin d’un cerveau occidental pour penser son propre développement ? Quelle indépendance lorsqu’on nous fixe le taux de change de notre monnaie et le prix de nos propres produits de vente ? Quelle indépendance qu’on ne nous laisse pas diriger nos affaires nous-mêmes ? Quelle indépendance lorsque dans nos écoles, on nous enseigne l’histoire, la géographie, la politique et l’administration de l’Europe et des Amériques. Quelle indépendance lorsque qu’on nous fait croire que nous n’avons plus d’histoire écrite par nous-mêmes, mais toutes les pages qui soulignent notre histoire, sont écrites par des personnes étrangères au continent africain ?… Autant des questions mes frères, avant de rêver d’une indépendance totale. Le monde d’aujourd’hui fonctionne mieux avec une approche communautaire et participative, et non un copier-coller de ce qui ne convient nulle part à notre civilisation. La civilisation africaine unique en son genre.

 

Nous avons besoin, et surtout les jeunes, d’une conscience nationale, collective et citoyenne pour changer notre futur. Un futur meilleur.

Saïd Georges Machata

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  • Parfaitement d’accord avec ton analyse. La responsabilité est commune. Il faut une prise de conscience collective, si non, restons toujours le dernier sur tout le plan.

    Commentaire par FAYCAL le 13 août 2018 à 12 h 10 min
  • Cher frère,

    Votre analyse est politique mais est dénudée de tout sens scientifique et sociologique par rapport à notre cher et commun pays que nous aimons tous. Certaines vérités méritent d’être dites bien que cela ne fassent mal. Egalité de citoyenneté, égalité de droit et devoir devant la République: voilà le Tchad souhaité.
    Merci.

    Commentaire par Oualmi Feinkou le 14 août 2018 à 8 h 15 min