La Compagnie sucrière du Tchad(CST), débordée par ses produits qu’elle ne peut plus vendre à cause d’une concurrence déloyale, est tout proche de fermer. A l’unisson, sa direction générale, son personnel et les autorités locales appellent à sauver une société majoritairement détenue par le français Somdiaa qui reste le dernier poumon économique encore en activité de toute une région.

“Qu’allons-nous devenir si l’usine ferme?”, s’interroge Jacques Madngar, ouvrier. Comme la plupart des 4.000 employés de la CST, ce quinquagénaire ne comprend pas qu’aucune solution ne soit à ce jour trouvée à la fraude à laquelle la compagnie sucrière fait face depuis plusieurs années. Georges Djiminan, lui, impute le calvaire que vivent la CST et ses employés à “des individus sans scrupule qui gravitent autour du pouvoir et ne pensent qu’à s’enrichir”.

“Le gouvernement a libéralisé en 2008 l’importation et la commercialisation du sucre, mais aujourd’hui il ne peut plus réguler le marché; il a laissé les intérêts égoïstes de quelques individus prendre le dessus sur l’intérêt général”, déplore le cadre.

La mévente que connaît la CST du fait de cette libéralisation incontrôlée, dépasse aujourd’hui tout entendement. Sur sa production annuelle de 21.000 tonnes, 19.000 tonnes sont en stock. Le magasin de Banda, d’une capacité de 7.000 tonnes, déborde de sucre jusqu’au toit.Des milliers de sacs sont stockés ci et là dans la cour, en plein air. Les ateliers de soudure et de mécanique sont même transformés en entrepôts de fortune. L’entrepôt de Moundou, la capitale économique,est également plein à craquer.

A cause de ce manque à gagner estimé à environ 3 milliards F CFA, la CST est obligée de recourir à un découvert bancaire pour payer ses employés. Ces derniers, conscients des difficultés de l’entreprise, seraient prêts à sacrifier un mois de salaire pour sauver leurs emplois. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement la semaine dernière,les organisations syndicales des travailleurs de la CST dénoncent la”catastrophe” que traverse leur société et qui peut conduire à sa fermeture.

Et exigent la fin de l’entrée frauduleuse du sucre étranger au Tchad, l’instauration d’un organe de régulation du marché, et l’allègement de la Cst de certaines taxes fiscales car “c’est une unité de production”.

“Compte tenu de la politique du président de la République qui place son mandat sur le quinquennat social en invitant les investisseurs étrangers à promouvoir l’emploi dans notre pays, nous ne pouvons permettre la disparition de notre chère entreprise avec ses 2.500 employés”, préviennent-ils.

Dans les rangs des employés de la sucrerie, l’on menace de descendre sur Sarh, pour organiser un sit-in devant les bureaux du gouverneur de la région, “si aucune solution n’est trouvée d’ici une semaine”.

Mardi dernier, le gouverneur de la région du Moyen-Chari, accompagné du maire du chef-lieu, est allé rassurer les milliers de travailleurs de la CST de son soutien.

“Il n’est pas seulement question d’aider la Cst à exister, il est également question de résoudre un problème social”, a affirmé Mahamat Ahmat Karambal. Après avoir constaté de visu l’ampleur de la “catastrophe” sur le site de Banda qui tourne au ralenti, il a réclamé une “compétition équitable” dans le secteur sucrier.

A la direction générale de la CST, l’on se félicite du soutien affiché par les autorités locales. “La CST est une entreprise citoyenne qui emploie 4.000 personnes et paie 14 milliards F CFA à l’Etat, sous forme d’impôts et taxes, finance une dizaine d’écoles autour de son périmètre, etc. Il est hors de question de la laisser péricliter,comme la STT (Société tchadienne des textiles, Ndlr)”, indique Mahamat Allamine, responsable du site de production de Banda et No.2 de la compagnie.

Il y a vingt ans, la STT, alors deuxième poumon économique du Moyen-Chari, a dû fermer sous les coups de boutoir de la concurrence déloyale, laissant un demi-millier d’employés sur le carreau.   Le gouverneur du Moyen-Chari travaille, avec les services de douanes de sa région, sur les voies pour contrecarrer la fraude dans sa circonscription. Malgré cette bonne volonté et les efforts déployés,Karambal seul ne pourra résoudre le problème de la CST et de ses employés, tant la fraude est tentaculaire et les frontières du pays grandes et parfois poreuses. Jusqu’à une époque récente, la Compagnie sucrière mettait des véhicules (hors-bord et Toyota 4×4) à la disposition des douanes pour leur permettre de lutter contre la fraude. Elle assurait même les émoluments aux quelques 200 agents chargés de cette mission. La compagnie reprenait même le sucre saisi à hauteur de 20.000 F le sac.

Mais toutes ces actions n’ont pas produit les effets escomptés. Des pains de sucre de contrebande sont faits dans la capitale, avec l’estampille de la CST, et reversés sur les marchés des provinces.

La CST a porté plainte contre X pour usage de sa marque. L’affaire traîne toujours. Des stocks de sucre frauduleux sont régulièrement faits dans les quartiers de N’Djaména pour répondre à la demande même durant la saison des pluies


 

(Xinhua) 

 

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