Entre un élan humanitaire salutaire et un certain « coût » socio-économique.

S’il y a une question qui préoccupe les dirigeants actuels du Tchad, c’est bien la gestion des réfugiés soudanais arrivant en masse dans le pays et ce depuis l’exacerbation de la crise soudanaise en mi-avril 2023. On dénombre aujourd’hui près de 500 000 réfugiés fuyant la Soudan pour se faire une place de paisible au pays de Idriss Deby. Un tel flux comporte plusieurs enjeux au rang desquels l’élan humanitaire obligatoire et la gestion au quotidien des besoins de ces hommes, femmes et enfants en détresse.

Le terme de « gestion » en relation avec les réfugiés, renvoie à « l’ensemble des décisions et des moyens destinés à la réalisation d’objectifs déterminés dans le domaine de l’admission et du séjour des étrangers, ainsi que dans le domaine de l’asile et de la protection des personnes ayant besoin de protection ». En effet, dans un monde où les déplacements sont de plus en plus mal maitrisés, la gestion migratoire implique donc une action visant à régler ou à organiser les déplacements de populations qui passent d’un pays à l’autre pour s’y établir. En d’autres termes, l’objectif in fine est d’arriver à créer les conditions d’une migration organisée conformément à des règles juridiques préétablies.

En effet, le gouvernement tchadien et ses partenaires apportent leur appui pour la gestion de ces réfugiés en leur apportant assistance et protection. Toutefois, cette gestion des réfugiés rencontre parfois des difficultés de divers ordres. La plupart des réfugiés dans les camps dépendent uniquement de l’assistance humanitaire pour survivre. Lorsque cette assistance est réduite ou interrompue, leur état alimentaire et nutritionnel se détériore sévèrement, en particulier en ce qui concerne les femmes, les enfants et les personnes âgées.

En raison de ses implications diverses, la question des réfugiés s’est imposée dans les débats et fait l’objet de préoccupations à la fois des citoyens et des autorités tchadiennes. Au-delà des frontières nationales, la question des réfugiés a été et continue d’être prégnante au Tchad ces trentes dernières années. Ces préoccupations concernent tant l’humanitaire que le coût économique et social de la prise en charge des réfugiés.

Les approches utilisées dans la gestion des réfugiés diffèrent globalement selon que le pays est pourvoyeur, de transit ou d’accueil des migrants déplacés. Mais, quel que soit le statut du pays, les États ont accepté des responsabilités en matière de protection de la personne qu’il est dans leur intérêt collectif d’honorer. Le principe ici est que ces engagements doivent être respectés et pouvoir bénéficier aux réfugiés, même en situation illégale. En d’autres termes, dans sa gestion des réfugiés, le Tchad est tenu d’honorer deux catégories d’obligations : il est d’abord tenu d’appliquer les règles juridiques internationales de protection des droits humains aux réfugiés ; il est ensuite tenu d’appliquer les normes régionales offrant des garanties à certaines catégories de réfugiés, notamment les femmes, les enfants et les personnes vivant avec un handicap. Le respect de telles directives internationales, même s’il est salutaire en cela qu’il garantit une certaine protection des réfugiés, n’en demeure pas moins un lourd fardeau socio-économique pour le pays.

En effet, au Tchad, la dégradation de la situation économique et financière ces dernières années exacerbe toute une série de tensions économiques et sociales à travers le pays : difficile accès aux services de base, insuffisance des infrastructures publiques, manque d’opportunités économiques, notamment pour les jeunes. A ces facteurs internes s’ajoute une instabilité régionale persistante qui génère des flux de réfugiés dans les régions rurales de l’Est et du Sud du pays. La pression sur les ressources naturelles devient aussi une source de conflits récurrents, conflits que les aléas climatiques des dernières années tendent encore à aggraver.

Certes, face à cette situation, le Gouvernement du Tchad a adopté une approche ouverte et constructive vis-à-vis des réfugiés. D’ailleurs, à tous les échelons, les fonctionnaires se réfèrent au besoin d’intégration socio-économique des réfugiés. Depuis près de cinq ans, au niveau local, le gouvernement a attribué des terres aux réfugiés à des fins d’exploitation agricole. Les autorités restent cependant largement tributaires de l’aide extérieure et en particulier du HCR pour administrer les réfugiés et pourvoir à leurs besoins du fait des limites financières, du manque d’infrastructures administratives et techniques dans les régions d’accueil éloignées de la capitale.

C’est pourquoi, il clairement impérieux que des mesures soient prises afin d’améliorer les conditions de vie des populations autochtones et de réfugiés/retournés dans les zones d’accueil à travers un appui au développement local inclusif, afin de minimiser les facteurs contribuant aux tensions entre communautés, à l’instabilité et in fine au risque d’accroissement des déplacements forcés et de conflits.

Cela passe forcément par un soutien de l’accès aux services de base et aux mécanismes de protection sociale pour toutes les populations (locales et retournées, réfugiées) avec la création de fonds d’investissement communautaires.

Par Abakar Allafouza Brahim

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