Quelques mois après le raid avorté des rebelles du FACT sur N’Djamena, les états-majors tchadiens et nigériens, que cet épisode avait opposés, ont entamé de discrètes discussions pour mettre en place une opération de reconnaissance aérienne commune et éventuellement mener des frappes.

Régulièrement confronté à la porosité de leur frontière commune, que rebelles et trafiquants traversent sans encombre depuis des années, les états-majors nigérien et tchadien négocient depuis plusieurs semaines la mutualisation de leurs moyens de reconnaissance aérienne, et la mise en réseau de ces avions non seulement avec les troupes au sol, mais également avec les appareils d’attaque de leurs armées de l’air respectives (MiG 29Mi-24). Ces discussions, personnellement sanctionnées par le président du Conseil militaire de transition tchadien, Mahamat Idriss Déby, dit “Kaka“, et son homologue nigérien Mohamed Bazoum, sont menées au niveau opérationnel par le chef d’état-major de l’armée de l’air tchadienne, Idriss Amine Ahmed. Elles ont été accélérées par l’annonce, le 11 juin, de la diminution progressive des effectifs de l’opération française Barkhane.

Elles interviennent quelques mois après que plusieurs centaines de combattants du groupe rebelle tchadien du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui avaient mené l’assaut sur N’Djamena en avril dernier, aient trouvé refuge au Niger, puis regagné la Libye. L’épisode avait suscité de nets tiraillements entre Mohamed Bazoum, qui avait brièvement envisagé de jouer les médiateurs entre la rébellion et N’Djamena, et Mahamat Déby, qui soupçonnait son homologue nigérien d’avoir pris attache avec le patron du FACT, Mahamat Mahdi Ali, sans l’en avoir informé préalablement. Les deux hommes s’étaient rencontrés le 10 mai à Niamey, en présence de leurs principaux conseillers militaires, pour aplanir leur différend.

Parer aux offensives de printemps

Si N’Djamena n’anticipe pas de nouvelle offensive rebelle à court terme, les services de sécurité tchadiens tablent néanmoins sur une persistance de la menace, voire de nouvelles attaques depuis le sud libyen – base arrière de nombreux groupes rebelles tchadiens – dans un délai de neuf à douze à mois. Le chef du FACT, Mahamat Mahdi Ali, aurait été aperçu ces derniers jours dans la ville libyenne de Sebah dans le Fezzan.

Pour parer à ces nouvelles offensives, le Tchad, qui dispose de deux Cessna 208B fournis par la coopération américaine, envisage d’équiper ces deux appareils, qui disposent de huit heures d’autonomie, avec des moyens ISR (Intelligence, Surveillance & Reconnaissance) mais également de communication satellite qui leur permettront d’envoyer des informations à leur état-major, mais aussi aux troupes aux sol. Les négociations menées avec le Niger portent sur l’extension des communications entre les Cessna tchadiens et leurs homologues nigériens. Car Niamey dispose aussi de Cessna, et même d’un appareil Beechcraft King Air 350 flambant neuf intégralement équipée de technologies ISR qui, inexplicablement, est resté dans son hangar depuis son achat durant la dernière année de la présidence de Mohamadou Issoufou (AI du 11/06/21).

Les deux états-majors prévoient non seulement de mutualiser, et d’opérer de conserve, leurs avions de reconnaissance, mais également d’utiliser ces appareils pour faire de la désignation de cible. A ce jour, comme l’a détaillé Africa Intelligence (AI du 12/05/21), les avions et hélicoptères d’attaque des deux pays ne procèdent qu’à des frappes non guidées.

Si les équipementiers turcs, qui disposent d’un lien ancien et fort avec Niamey, ont fait de nombreuses propositions commerciales à la partie nigérienne – Ankara a même un temps esquissé l’idée d’installer une base au Niger -, le petit groupe de généraux qui pilote ce projet dans les deux capitales africaines penchent plutôt pour acquérir de l’équipement français, et ce afin de pouvoir interfacer avec des appareils occidentaux, européens et américains, déployés dans la région.

A ce jour, le seul frein à ce projet commun est le manque de personnel qualifié pour opérer les appareils ISR et les systèmes de communication, complexes. Conscients de leur faiblesse sur ce point précis, Niamey et N’Djamena prévoient de faire appel à des opérateurs privés pour gérer ce segment clé de leur future architecture ISR commune. Par le passé, le Tchad a déjà eu recours à des intervenants privés pour épauler son armée de l’air : en 2006-2008, le pays avait fait appel à la société Griffon Aerospace Middle East de l’ex-pilote français Habib Boukharouba qui, comme l’avait détaillé notre publication sœur Intelligence Online le 23/05/12, avait doté le pays de ses premières capacités ISR.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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