Le Premier ministre nigérien était, ce 23 mai, à N’Djamena pour l’investiture du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. De par son parcours, il est l’un des hommes mis en avant par Niamey pour séduire les autorités tchadiennes. Coulisses.

Au milieu des chefs d’État – le Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Bissau-Guinéen Umaro Sissoco Embaló, le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, le Nigérian Bola Tinubu, le Burundais Évariste Ndayishimiye –, Ali Mahamane Lamine Zeine serait presque passé inaperçu. Le Premier ministre nigérien représentait pourtant bien son pays lors de la cérémonie d’investiture de Mahamat Idriss Déby Itno, à N’Djamena, ce 23 mai.

Ancien représentant résident de la Banque africaine de développement (BAD) au Tchad, l’économiste connaît bien la capitale tchadienne. Selon nos informations, il y a conservé un carnet d’adresses qu’il s’efforce de mettre au service de la diplomatie nigérienne depuis plusieurs mois, et en particulier depuis que le Niger a choisi de joindre son destin international à ceux de deux de ses voisins, le Mali et le Burkina Faso, au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Ali Mahamane Lamine Zeine en VRP de l’AES

C’est déjà la troisième visite au Tchad d’Ali Mahamane Lamine Zeine, depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, lors duquel Abdourahamane Tiani a renversé le président nigérien Mohamed Bazoum. L’économiste s’était ainsi rendu à N’Djamena dès août 2023, et y avait été reçu par le président de transition, Mahamat Idriss Déby Itno, et par le Premier ministre d’alors, Saleh Kebzabo. Il avait ainsi expliqué « les tenants et les aboutissants » du récent putsch. Mais, depuis, son action a changé et s’est muée en opération séduction au profit de l’AES.

En février 2024, Ali Mahamane Lamine Zeine s’est déplacé une nouvelle fois à N’Djamena pour y être reçu par le chef de l’État, plaidant pour une reprise de la coopération militaire entre le Tchad et les armées du Niger, du Mali et du Burkina Faso. À cette occasion, il avait également évoqué l’idée d’une intégration du Tchad à l’AES, pour le moment fermement rejetée par les autorités de N’Djamena, lesquelles ont cependant accepté de travailler à une réintégration du Niger aux opérations anti-terroristes régionales autour du lac Tchad.

Le ministre tchadien de la Défense, Dago Yacoub, s’est d’ailleurs rendu au Niger, le 7 mai, pour rencontrer Ali Mahamane Lamine Zeine et évoquer la coopération entre les deux pays au sein de la Force multinationale mixte (FMM, composée également du Cameroun, du Bénin et du Nigeria). Les relations de Niamey avec Cotonou et Abuja – même si Bola Tinubu était présent à l’investiture de Déby Itno – restent délicates, mais Niamey espère se rapprocher de N’Djamena, tout en gardant ouverte l’hypothèse d’une extension de l’AES vers l’est du Sahel.

Ce 23 mai, Ali Mahamane Lamine Zeine a aussi eu l’occasion de croiser Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, président de la Mauritanie, pays avec lequel l’AES entretient également de froides relations depuis plusieurs mois. Nouakchott et Bamako sont en effet à couteaux tirés sur le plan diplomatique en raison d’exactions de l’armée malienne et de ses supplétifs russes de Wagner à la frontière mauritanienne, qui ont fait plusieurs dizaines de victimes civiles.

Jeune Afrique

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