Déjà déclaré mort à cinq reprises entre 2009 et 2016, Abubakar Shekau aurait été tué le 19 mai dans son fief de la forêt de Sambisa, dans le nord-est du Nigeria. Cette fois, l’information semble cependant crédible.  

En ce soir du 19 mai, une colonne de combattants de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), portés par une cinquantaine de pick-up, déferle dans la zone dans laquelle Abubakar Shekau s’est retranché avec ses hommes. Après de longues heures de combat, et alors que la plupart de ses hommes ont été tués ou mis hors d’état de nuire, le chef de la secte islamiste Boko Haram, acculé, est contraint de négocier.

Les discussions durent plusieurs heures, à en croire nos confrères de HumAngle, un site nigérian. Les assaillants intiment l’ordre à Shekau d’abdiquer, et de prêter allégeance à l’ISWAP. Selon une source au sein de l’ISWAP, citée par HumAngle, Shekau refuse et actionne la ceinture d’explosifs qu’il portait cachée sous ses vêtements. Shekau serait mort de ses blessures. Le nombre de combattants de l’ISWAP emportés par la déflagration reste, pour le moment, indéterminé.

Annoncé mort six fois

« Shekau est mort hier soir dans le village de Nainawa, il a été enterré dans la nuit, mais sa tombe n’a pas été marquée pour éviter que l’armée nigériane ou les jihadistes rivaux ne puissent l’exhumer », a affirmé à l’AFP, le lendemain, une source au sein des services de renseignement nigérian. The Economist, dans un récent article, se montre sensiblement plus prudent. Le journal britannique évoque pour sa part la « mort probable » de Shekau.

Abubakar Shekau est-il vraiment décédé ce jour-là ? Pour l’heure, les autorités nigérianes tardent à le confirmer. Sans doute ont-elles en mémoire le camouflet reçu en 2016, lorsque, un mois après que l’armée avait plastronné en annonçant la mort du jihadiste, une vidéo de Shekau, goguenard et en pleine santé, avait été publiée sur les réseaux sociaux. C’est la sixième fois que le leader jihadiste est annoncé mort…

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Mais si, cette fois, sa mort était confirmée, elle constituerait un tournant majeur dans les tensions permanentes entre Boko Haram et l’ISWAP. Ancien combattant de l’ISWAP, avant d’être mis à l’écart par les commandants de l’État islamique pour ses méthodes jugées trop violentes, Shekau avait créé la « Jamaat Ahl Al-Sunnah Lil Dawa Wal Jihad » (JAS), l’autre nom de Boko Haram, en août 2016. Depuis, des frictions répétées, entrecoupées de cessez-le-feu, rythment les relations entre les deux groupes jihadistes.

En juillet 2016 déjà, 12 membres de l’ISWAP avaient été tués dans un accrochage similaire à Chukungudu, au Nigeria, aux abords du lac Tchad. Dernier épisode en date, en février dernier, Thabat, agence non officielle d’Al-Qaïda, a fait état d’un affrontement entre les deux factions rivales près de la frontière avec le Niger.

Reconquête territoriale

Les attaques contre les civils faisaient partie intégrante de la stratégie de Shekau et de son groupe dans la région. En témoigne le massacre, en décembre dernier, de près de 80 fermiers par des hommes de Boko Haram, près de Maiduguri. Abubakar Shekau avait également fait des enlèvements massifs de jeunes Nigérians l’une de ses marques de fabrique, à l’image du rapt des 276 lycéennes de Chibok, en 2014, ou encore de l’enlèvement, en décembre 2020, de 344 garçons – depuis remis à leurs parents – dans la région de Kankara.

Shekau n’hésitait pas à envoyer ses combattants kidnapper des habitants dans les zones contrôlées par l’Iswap. Les hommes de Boko Haram ont même, à plusieurs reprises, enlevé des membres des familles des cadres de l’Iswap, devenus ensuite monnaie d’échange dans les négociations entre les deux groupes armés. Ces incursions de Shekau sur leurs terres avaient aussi pour conséquence de perturber le système de collecte de taxes mis en place par l’État islamique dans ces zones.

L’Iswap, qui privilégie au contraire les cibles militaires, gagne du terrain aux dépens de Boko Haram. Désormais dirigé par Abu Musab Al-Barnawi, fils du fondateur de Boko Haram, le groupe – dont les bases se trouvent dans la région du lac Tchad – est engagé dans une phase de reconquête territoriale de la forêt de Sambisa.

Jeune Afrique

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