Le 13 mars 2022, avec comme médiateur le Qatar, des discussions, en vue de négociation pour la paix et la réconciliation au Tchad et la participation des politico-militaires au dialogue national, ont fait leur début entre le gouvernement de la Transition et les groupes politico-militaires. Ces discussions ont traîné à peu près 5 mois et se sont soldées par un « accord » ce 8 août 2022, « accord » signé par une quarantaine des groupes « politico-militaires » (sur la cinquantaine présents à Doha) et la délégation gouvernementale, en présence du Président du Conseil Militaire de Transition (PCMT).

Cela peut apparaître comme une sorte de succès pour les dirigeants de la transition Tchadienne et pour ceux qui sont « fous amoureux » de ceux derniers (même si « fous amoureux » s’allonge sur le matériel que sur le sentiment). Mais en réalité, si on y voit de trop près, cela est loin d’être un véritable succès.

Ceci dit, on est, certainement, en droit de poser un certain nombre de questions: pourquoi l’accord de Doha est un apparent succès ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer le non véritable succès de ces négociations à Doha ? C’est ainsi que nous allons essayer de répondre à ces questions, en abordant dans une première partie l’apparent succès de ces discussions (I), et dans une seconde partie le « succès » inopérant de ces discussions (II).

I- l’apparent succès de « l’accord » de Doha.

Cette apparence peut s’expliquer par deux raisons: d’une part, par le fait que la majorité des groupes « politico-militaires » ont signé l’accord de Doha (A), et d’autre part, par la satisfaction des dirigeants de la transition quant à ces discussions (B).

A- L’accord de Doha: un accord signé par la majorité des groupes « politico-militaires ».

Dans l’optique d’accord de paix et de participation des politico-militaires au dialogue national annoncé par le conseil militaire de transition, le Qatar a été choisi comme médiateur. Dès lors, des négociations en vue d’un accord entre les dirigeants de la transition et les groupes politico-militaires se sont déroulées depuis le 13 mars 2022. Ces négociations ont accouché un accord ce 8 août 2022. Ce dernier a fait l’objet des signatures de la délégation gouvernementale et une multitude des groupes politico-militaires. En vérité, les groupes politico-militaires ayant signé cet accord sont au nombre de 43 (sur les 52 présent à Doha). Parmi les signataires, figurent des ténors de l’histoire de la lutte armée Tchadienne comme l’UFR de Timane ou encore l’UFDD de Mahamt-Nouri ( même si ces derniers ne constituent pas un véritable hic pour le Gouvernement depuis quelques années). Quoiqu’il en soit, cela laisse apparaître, sans nul doute, une sorte de succès de ces négociations. Mais cet accord est un succès ? Tout sauf ça (on va y revenir dans la deuxième partie) ! Tout de même, cela est, pour les dirigeants de la transition, une sorte de succès et une satisfaction.

B- l’accord de Doha: une satisfaction pour les dirigeants de la transition Tchadienne.

Les dirigeants de la transition se réjouissent de l’accord signé par la majorité des groupes politico-militaires. Car, l’objectif est de faire participer le plus grand nombre possible des groupes rebelles au dialogue national en vue, et ce faisant prouver à l’opinion internationale qu’ils respectes leurs engagements (même si on se fout pas mal de l’opinion nationale). De ce côté, on peut dire que le CMT a réussi son coup. Le coup d’avoir l’appui de la « communauté internationale ». Le coup de dire qu’on a réussi à avoir un accord avec une quarantaine des groupes politico-militaires malgré la récalcitrance de quelques uns qui ne sont pas favorable au dialogue national, etc. Toutefois, cet accord est-ce un véritable succès ? Est-ce un accord qui pourrait favoriser la paix et le dialogue ? À en chercher plus loin, on se rend compte aisément que ce n’est, ni un véritable succès, encore moins un accord qui pourrait être de nature à constituer un levier pour la paix et la réconciliation au Tchad. C’est pourquoi, il est important de qualifier l’accord de Doha en un succès inopérant.

II- Le « succès » inopérant de l’accord de Doha.

On peut attribuer le qualificatif « inopérant » à ce « succès » des négociations dans deux mesures: d’abord, sur le fait que la plupart des groupes « politico-militaires » ayant signé l’accord de Doha n’en ont pas la carrure d’être appelé ainsi du fait justement de leur nature ambiguë (A), et en suite, sur le fait que les dirigeants de la transition ne mettent pas en œuvre certaines conditions pour la réussite du prédialogue et le dialogue national en question (B).

A- la nature ambiguë de la plupart des groupes politico-militaires ayant signé l’accord de Doha.

Sur la cinquantaine des groupes politico-militaires ayant participé aux négociations à Doha, la plupart sont, soit des mouvements fictifs, soit des mouvements créés sur place à Qatar et par conséquent n’ont pas des forces militaires sur le terrain. En effet, les dirigeants de la transition, dans le but de gonfler les nombres des groupes politico-militaires, ont favoriser l’émergence des mouvements fictifs. Ceci dans le but de donner une sorte de légitimité au futur dialogue national comme le dit Idriss MHT Djimmi. Il y a également des mouvements qui sont créés par des activistes sur les réseaux sociaux ( FLS de Takilal), des mouvements plaisantins créés à Qatar (FNDJT/F de Abdallah Chidi Djorgodeï ou encore CCMSR/R de Gassim Cherif) ou encore la participation de certains membres de la transition à l’accord en tant que presidents des mouvements politico-militaires, sans blague! Ceci doit attirer notre attention sur le fait que l’on est encore loin d’être sur les rails d’une paix durable et d’un dialogue sérieux. Car 9 politico-militaires, et non des moindres (ayant, pour certains, une véritable puissance armée sur le terrain) n’ont pas accepté de signer cet accord et on peut citer entre autres: le FACT de Mahadi, le CNRD de Tollimy… Cet état de fait peut nous conduire facilement à la reprise des hostilités et le bain de sang continuel, que Dieu nous en préserve! Alors, vous comprenez les enjeux de ce « succès » inopérant. Mais il est important de rappeler le contexte suivant lequel ces 9 politico-militaires n’ont pas signé l’accord. Cela fait, en effet, suite à la non prise en compe par les dirigeants de la transition de certaines conditions nécessaires pour un dialogue sérieux et fiable.

B- La non mise œuvre de certaines conditions nécessaires à la réussite du prédialogue et du dialogue par les dirigeants de la transition.

Dans son communiqué de presse n°17 /BF/FACT/CC/2022, le front pour la l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) à expliquer son refus de signer l’accord de Doha par la non prise en compte de certaines conditions telles que la parité des délégués au futur dialogue national, la réforme du CODNI, organe en charge de l’organisation du dialogue national, la libération des prisonniers à compter de la signature de l’accord et la modification de la charte de transition. Ces revendications sont les mêmes pour tous ceux qui n’ont pas signé l’accord de Doha mais également pour certains partis politiques et certains membres de la société civile qui ajoutent une dose, notamment la normativisation de la souveraineté du dialogue. Quoique l’on puisse dire, les conditions posées par ces politico-militaires, certains partis politiques et certains membres de la société civile sont des conditions raisonnables, sérieuses et nécessaires pour arriver à un dialogue fiable, sécurisé et hors de toute manipulation. Mais force est de constater que les dirigeants de la transition Tchadienne ne veulent pas, et on ne sais pour quelle raison, mettre en œuvre ces conditions qui sont d’ailleurs à portée de main.

En conclusion, l’accord de Doha, quoiqu’il ai été signé par la délégation gouvernementale et une multitude des groupes politico-militaires, n’est pas un véritable succès ou en tout cas c’est un succès inopérant. Ceci s’explique par le fait que le gouvernement, présomption, ne veut pas de la participation de certains politico-militaires, a facilité l’émergence des mouvements fictifs et par le fait également qu’il n’agit pas en véritable réconciliateur en prenant en compte certaines conditions. Cet état de fait n’est pas bon pour la paix que nous chantons à longueur des journées pour notre pays. C’est pourquoi, il est important que les dirigeants de la transition, s’ils veulent sérieusement œuvrer pour la paix et la réconciliation, mettre en œuvre les conditions nécessaires pour un dialogue apaisé et fiable afin d’éviter encore des périodes d’incertitude pour les Tchadiens et le Tchad.

Que Dieu Bénisse et Protège le Tchad !
Que Dieu Bénisse et Protège l’Afrique !

Wardougou Kelley Sakine, étudiant en droit public à l’université Gaston Berger de Saint-Louis.

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