Pour comprendre, la situation lamentable de nos écoles et la baisse inquiétante du niveau des élèves au vu des résultats catastrophiques enregistrés au Baccalauréat durant les dernières années, les pédagogues et autres parties prenantes dans notre système éducatif, ont essayé d’analyser la situation, en profondeur, dans tous ses aspects.

Pour certains, le problème est dû à l’inadéquation de la formation des enseignants et pour d’autres à l’insuffisance des enseignants qualifiés pour répondre aux nombres grandissants des élèves. Selon une étude de la Banque mondiale, le radio élèves/enseignants au primaire, au Tchad, est de 62 durant la décennie en cours, alors que la moyenne dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (l’OCDE) est de 9 à 11. La moyenne de 62 est médiocre même dans les pays en voie de développements ; par exemple nous sommes loin derrière des pays comme l’Érythrée (41), le Niger (39), Sénégal (32) guinée (44) et juste avant des pays comme le Malawi (74) et la RCA (80). Et ceci sans parler de la qualité des enseignants, parce qu’ailleurs, même l’obtention d’un doctorat ne fait du titulaire un enseignant, la pédagogie étant une discipline très spécialisée. Il faut aussi ajouter à cela le problème du faible traitement salarial du corps enseignant et le manque de motivation, qui fait de la profession de l’enseignement une vocation peu attrayante. Ainsi on trouve beaucoup des enseignants qualifiés occupés des fonctions pour lesquelles ils ne sont pas formés.

Cependant, à notre humble avis, les causes discutées ci-dessus font, bien sûr, partie intégrante de la problématique du phénomène de la baisse du niveau, mais le plus grand problème ou même la mère de tous les problèmes reste le manque criant de discipline chez nos élèves. Ce grand aspect de notre système scolaire est si important, que l’enseignement même est placé sous sa bannière. Dans la plupart des pays du monde, par exemple, les autorités chargées de l’enseignement sont dénommées ministères ou autorités de l’éducation, mais non pas d’enseignement.

Le problème du manque de discipline, longtemps négligé, surtout dans les établissements secondaires et universitaires, au Tchad est très, très catastrophique. La plupart des élèves dans ces establishments ne comprennent pas du tout leurs missions, ils ne connaissent pas pourquoi ils sont là, ils ne connaissent pas que leur séjour dans cet endroit a une fin, ils ne connaissent pas que leurs avenirs dépendent de leurs performances dans cet endroit, ils ne connaissent pas non plus la place des enseignants dans leurs vies scolaires.

Ailleurs dans le monde, on apprend très souvent que des élèves enragés fusiller leurs professeurs et leurs camarades ici est là dans establishments scolaires, et ensuite se donner la mort -c’est-à-dire, violence dans les milieux scolaires, c’est un autre débat -mais je n’ai vu nulle part, j’ai visité plusieurs pays en Afrique, en Asie et en Europe, un élève huer son professeur entrant dans la salle pour s’amuser ou râler, ou tout simplement parce qu’elle est une femme ou parce qu’il est strict. Pour vous donner une idée, début 2013 j’ai inscrit deux de mes filles dans un établissement secondaire publiques, et comme elles ont commencé leurs études à l’étranger, elles n’ont même pas pu supporter la première journée dans cette école. Quand je suis revenu les chercher dans l’après-midi, elles m’ont rencontré avec la phrase : « désordre total !», avec un ton de désespoir et de déception. Elles m’ont rapporté que le moment où l’enseignant est en train de dispenser le cours, certains élèves se sont groupés pour causer, d’autres sont armés. Cela n’existe nulle part dans le monde ! C’est tout simplement impossible !! J’étais obligé de les inscrire dans une école privée.

Pour conclure, si les autorités en charge de l’éducation de nos enfants veulent qu’il y ait un rendement palpable, et de la part des enseignants et de la part des élèves elles, alors, elles doivent donner la priorité, avant tout autre chose, à la question de la discipline dans nos écoles, et ce en concertation avec les parents. Nos élèves doivent reconnaitre aux enseignants la place qu’ils méritent. Un adage dit « on peut mener un cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas l’obliger à boire ». Montaigne, un grand pédagogue français ne dit-il pas, déjà au 16e siècle « il faut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Pour sortir de cette crise il faut que nos enfants sachent qu’ils vont l’école apprendre, qu’ils n’assimilent pas l’école à leurs lieux de jeux, qu’ils sachent que l’enseignant n’est pas leur camarade et qu’ils lui doivent du respect au même titre que leurs parents ou même plus !

Par Al-Amine Mohammed Abba Seid

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