Ce 11 août 2021, le Tchad a 61 ans d’indépendance. Quelle est actuellement la situation politique, économique et sociale de ce pays vieux de plus d’un demi-siècle ? Le démographe et consultant indépendant, Caman Bédaou Oumar fait son analyse.

Après 61 ans d’indépendance, le démographe et consultant indépendant, Caman Badaou Oumar pense que le Tchad reste « un pays atypique qu’il faut le revoir dans tous les sens en respectant l’ordre constitutionnel. Ce dernier va imposer la justice et la justice quant à elle va imposer le développement ».

Depuis son accession à l’indépendance, le pays est le théâtre d’une succession de crises. « Il y a les crises entre les ethnies, les crises entre les ethnies et le pouvoir d’État, les crises entre le pouvoir d’État et les politico-militaires… » Toute cette situation de crises s’explique, selon Caman Bédaou Oumar par l’arrivée des chefs d’État au pouvoir par les armes, ce qui déstabilise le pays.

S’il pense que le premier président de la République, Ngarta Tombalbaye est élu de façon démocratique, les autres qui lui ont succédé jusqu’en 2021 sont venus par ou dans la guerre et quittent le pouvoir dans la guerre. « Est-ce que Mahamat Idriss Déby sera une exception ? » S’interroge-t-il.

De toute évidence, l’instabilité que connait le pays impacte négativement sur son développement de telle sorte « qu’on se retrouve au bas de l’échelle de valeurs », regrette le démographe tout en indiquant que « le Tchad est l’un des trois pays les plus pauvres au monde. Il est l’un des pays les plus corrompus. Il est l’un des pays les moins transparents. En matière de compétitivité économique, on est dernier au monde. En matière d’administration douanière, on est avant-dernier du monde ».

Pour lui, le président qui avait la chance de redresser ce pays était le maréchal Idriss Déby Itno. Car il était venu au moment où tout le monde était fatigué de la guerre et il a bénéficié de l’appui de la communauté internationale. Quelques années après sa prise du pouvoir, le pétrole a coulé au pays et est passé très vite de 25 dollars, le baril à 142 dollars. « Un prix jamais n’atteint », d’après Caman Bédaou Oumar. En plus du pétrole, le gaz est sorti, les cimenteries sont construites, l’or est sorti… et pourtant on continue toujours à piquer du mil », se désole-t-il.

Après 61 ans d’indépendance, le Tchad est économiquement sous perfusion

« Sur le plan économique, le Tchad est sous perfusion. Tout le temps on demande de l’aide à l’extérieur. Les quelques usines que possédait le pays sont toutes tombées en ruine. Et finalement on ne dépend que de l’extérieur. Même pour payer les salaires, on se tourne vers l’extérieur », déclare Caman Bédaou. « En dix ans d’exploitation du pétrole, on a eu 5 300 milliards », fait-il savoir. Pourtant la garde partie de notre budget est injectée dans l’armement. « En 2012, on a dépensé 6% de notre PIB dans l’armement. On est placé septième pays qui dépense le plus de sa richesse dans l’armement. On est presque à égalité avec l’Israël qui est le sixième et nous dépassons les États-Unis ». Finalement, « en 61 ans d’indépendance on s’enfonce dans la misère », conclut-il.

Junior Bekoutou

Tchadanthropus-tribune

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