Le Tchad, un pays d’Afrique centrale avec une superficie de 1.284.000km² et plus de 17 millions d’habitants, reste jusqu’aujourd’hui un point de passage stratégique entre l’Afrique du Nord et l’Afrique Subsaharienne. Depuis les premières heures de son indépendance en 1960, son histoire politique est marquée par une pire crise politique et sociale interminable. La violence politique et/ou la crise tchadienne a été exacerbée au début des années 2000 avec la détérioration de la situation à l’Est lié au conflit du Darfour, l’insécurité à la frontière entre le Tchad et la Centrafrique, la défiance de la population vis a vis de la politique intérieure, les tensions sociales, l’extrême pauvreté etc. qui ont soulevés l’indignation de l’opinion publique vers une crise de confiance entre le peuple et les gouvernants d’une part, et entre les gouvernants eux même. Par crainte de se retrouver dans une nouvelle forme de crise, et par manque d’un véritable mécanisme d’établissement de la vérité, c’est-à-dire une politique de réconciliation pour tourner la page des violences, le DNIS devient une question d’intérêt pour le Conseil Militaire de Transition (CMT) dès sa prise en main de la gestion des affaires du pays. Ce qui montre en même temps que les tchadiens aujourd’hui, ont pris conscience qu’ils ont le devoir de reconstruire le pays.

Au lendemain de la prise du pouvoir par le Conseil Militaire de Transition (CMT) suite aux troubles sécuritaires et politiques qui ont causé la disparition du Maréchal Deby (Paix à son âme) en avril 2021, l’organisation d’un DNIS était l’un des points importants dans la charte de la transition, d’où, la création du Ministère de la Réconciliation Nationale et du Dialogue dans le gouvernement du 02 main 2021. Ce ministère est épaulé par le Comité d’Organisation dudit Dialogue (CODNI) qui a été acté le 13 août 2021 et installé officiellement le 18 août 2021 par le premier ministre de la transition. Le CODNI avait pour mission principale de :
– Créer le cadre approprié permettant aux forces vives de la Nation de l’intérieur et de l’extérieur du pays de discuter ;
– Recueillir les attentes et propositions de toutes les forces vives de la Nation de l’intérieur et de l’extérieur de discuter ;
– Faire un état des lieux de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire du pays depuis la Conférence Nationale Souveraine (CNS) à nos jours.

Le Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif a dans un premier temps fait des tournées dédiées aux différentes zones dans le cadre de consultation auprès des forces vives de la Nation de l’intérieur et de l’extérieur en vue de la tenue des “pourparlers” appelé aussi “prédialogue” à Doha la capitale du Qatar. Le prédialogue de Doha qui a duré presque cinq (5) mois du 13 mars jusqu’au début août, était un concert «historico-politique» de taille regroupant une soixantaine des politico-militaires et le CMT sous la houlette du Qatar et la suivie particulière d’autres partenaires internationaux notamment les diplomates représentants des organisations internationales dans le but de parvenir à un accord sur les conditions préalables à un dialogue national inclusif prévu à N’djaména, d’où, la nécessité d’un prédialogue national Inclusif et souverain qui garantit la sécurité des participants, ainsi que leurs conditions qui doivent avant tout être acceptées par le CMT.
Le texte et/ou l’accord signé à Doha est salué littéralement par la communauté internationale qui voit comme un moment clé pour le peuple tchadien. Cet accord entre les politico-militaires et le CMT qui a permit à certains groupes de prendre par au DNIS, prévoit dans son contenu les points suivants :
1. Cessez le feu général de deux (2) côtés, à ne jamais mener aucune action militaire contre l’autre ;
2. Un programme de DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion);
3. Une loi d’amnésie et sécurité des chefs/représentants des groupes signataires et leurs familles ;
4. Renoncer définitivement à la lutte armée et aux actions violentes etc.

Quant au «DNIS», une semaine après son ouverture à N’djaména le 20 août dernier, son évolution est plus ou moins acceptable même si le démarrage est difficile lié à la lenteur d’examiner le règlement intérieur et la mise en place du présidium. Aussi, un léger appel au boycott et aux manifestations de l’opposition qui pense que cette assise n’est rien d’autre qu’une formalité pour donner un «Blanc-Seing» au PCMT. Ce géant concert «historico-politique» regroupant plus d’un millier des participants notamment la junte militaire au pouvoir, les groupes rebelles, les partis politiques et la société civile, ont pour mission historique de poser les nouvelles fondations d’une politique plus démocratique en tournant la page de la guerre, des tensions sociales, la défiance de la population… pour aller à des élections libres, crédibles, transparentes et démocratiques.

La guerre ne résout rien au contraire, elle engendre plus de problèmes que les tchadiens sont fatigués des les supporter. L’organisation du DNIS devrait être une chance de haute importance pour parvenir à la réconciliation nationale. L’opposition qui refusent de prendre part, la population tchadienne, le CMT ainsi que les partenaires internationaux doivent comprendre que sans un dialogue national menant à la refondation d’une nouvelle forme de gouvernance plus démocratique, le Tchad ne sortira jamais de la violence et restera condamné au cycle permanent de crise et d’instabilité qui enfonceront le pays dans un bordel institutionnel et sécuritaire. Pour ce, il est encore moment pour les absents de rejoindre le dialogue. Prendre part au DNIS est impératif pour l’intérêt national.

Par: Mustapha Youssouf Ramadan, Historien-Politiste

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