Le griot qui était jadis artisan au verbe au même titre que ce qu’est le forgeron au métal. Instrument de prestige des puissants, généalogiste, détenteurs de légendes et des mythes, ce musicien qui a longtemps gardé le monopole du jeu des instruments mélodiques, honni par les membres de dignes lignées de la société tchadienne, se retrouve ses fonctions usurpées par des griots modernes, de types nouveaux.

Ces griots modernes, sont ces personnes qui, sans honte ont cédé à la pudeur, à la vente, au rabais de leur dignité au détriment de quelques profits mondains. En enterrant leur dignité, ils se permettent bon gré mal gré, de vouloir défendre l’indéfendable, de vouloir nous faire croire l’incroyable, d’essayer de vouloir nous faire espérer l’inespérable, de vouloir nous cacher le non cachable. Le griotisme moderne institutionnalisé est pour moi, devenu un des facteurs du sous-développement au Tchad, tel un devoir de rendre service au griot, tôt ou tard, il bénéficie de l’attention et de l’onction du responsable adoubé.

C’est ce qui justifie la prolifération de cette activité honteuse au vu et au su de tout le monde tout en mettant en mal l’équilibre de la Nation en complicité avec les autorités. Ils sont parvenus à écraser les intelligences insoumises dans ces conditions et violer le Statut général de la fonction publique. Beaucoup ont alors compris que pour réussir au Tchad, il est ainsi devenu sine qua non et viral, de crier aux éloges de…. et de….., ils professent même qu’il n’est pas de honte qui tue dans la réussite.

Cependant, ils ignorent qu’ils acquièrent, cette réussite éphémère après tant d’humiliation, d’abaissement, de dévalorisation, que de dépréciation. Ils deviennent alors des responsables sans marges de manœuvres, injuriés dans les locaux de l’administration, giflés physiquement tantôt, soumis inconditionnellement, prudents dans leurs prises de décision même au détriment des avantages de la Nation.

Quel bonheur aurais-je de devenir une telle autorité indigne ?

une telle autorité déconsidérée ?

une telle autorité non-autorité ?

Je préfère croupir honnêtement dans ma misère, ma galère et d’attendre mon heure sonnée en toute dignité, pour me faire glorifier d’une réussite méritée. Je préfère, dis-je, ne pas monnayer ma gloire, ne pas compenser mon bonheur ou ne pas vendre ma dignité pour quelque réussite qu’elle soit. Un Homme digne n’a pas à négocier sa dignité, vendre sa morale, dénigrer ses origines.

Je vous préviens, les griots modernes, composer bien avec ce régime qui aime entendre vos mélodies, demain, dans un Tchad juste, la vie vous sera très compliquée. A bon entendeur, salut.

Le doctorant Kelle Mahamat.

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