Le 20 avril 2021, suite au décès du Président Idriss Deby Itno, correspondant à la date de la mise en place du conseil militaire de transition (CMT), la durée de la transition a été fixée pour 18 mois. Cette durée peut, à en croire la charte de la transition, notamment en son article 97, faire l’objet d’une prorogation par le conseil national de transition, organe législatif transitoire. S’en tenant à l’ordre normal des choses, la transition doit prendre fin d’ici 3 mois, plus précisément le 20 octobre 2021. Mais en observant la scène Tchadienne, certains agissements et attitudes nous poussent à poser un certain nombre de questions. Est-ce que la transition va prendre fin à date échue ? Le gouvernement essaie-t-il de prolonger la transition ? Eh bien, nous allons essayer de donner quelques réponses à ces questions suivant, bien entendu, notre entendement de la situation.

En réalité, toutes ces questions sont liées les unes aux autres. Car, tout revient à une chose principale: la fin de la transition et ses conséquences. Ceci étant dit, comme mentionné au prélude, dans l’ordre normal des choses, la transition doit prendre fin le 20 octobre 2022, laissant ainsi place à des institutions élues. C’est dire donc que la transition doit se solder, non seulement par un dialogue, mais aussi et surtout, par des élections libres, démocratiques et transparentes, auxquelles, rappelons le, ceux qui incarnent la transition ne doivent participer. Mais toutefois, est-il possible d’organiser les élections dans 3 mois ? Chose difficile, voire impossible. Il n’y aura pas des élections en 2022, comme le conclu Amine Idriss dans l’une de ses analyses et ceci s’explique par la raison suivante: le dialogue national annoncé tarde à arriver, quoiqu’il a été décidé qu’il aura lieu le 20 août, à deux mois donc de la fin de la transition. En effet, le dialogue constitue un moment fondamental et fort de la transition, pour ne pas dire le moment le plus important, c’est un moment où toutes les questions relatives à la vie du Tchad seront discutées et adoptées pour donner au Tchad un nouveau souffle. Ce qui peut prendre plusieurs jours, voire des semaines. Ce qui, par conséquent, suppose qu’il est impossible d’organiser des élections en deux mois, surtout lorsqu’on sait que l’organisation des telles élections, premières présumées élections démocratiques du Tchad, nécessitent une démarche sérieuse et qui peut s’allonger sur le temps. Donc, la première raison qui peut conduire à un prolongement de la Transition, pour ne pas dire la principale raison, c’est du fait du dialogue et tous les éléments qui l’accompagnent. Cette dernière fait elle-même suite à d’autres raisons qui l’ont hissé à ce rang. Il en est ainsi des manœuvre dilatoires du gouvernement pour trouver un motif de prorogation de la transition et le non sérieux de certains politico-militaires. En effet, depuis le début du prédialogue à Doha, les politico-militaires n’ont cessé de le répéter: le gouvernement essaie de torpiller les pourparlers par des manigances. « Il n’y a pas de fumée sans feu dit-on ».

 

C’est dire donc que le fait que le gouvernement essaie de torpiller le prédialogue par des manigances n’est pas une hypothèse d’école et le nombre extraordinaire des mouvements politico-militaires fictifs en dit long sur cet état de fait. Tout de même, nous sommes pour une issue sérieuse et favorable au développement du Tchad des pourparlers à Doha. En outre, le PCMT prend des engagements qui doivent être exécutés quelque temps après la transition et l’illustration parfaite c’est l’acceptation par le PCMT d’une invitation de l’Égypte pour participer à la COP 27 qui aura lieu en novembre 2022, c’est-à-dire quelques jours après la fin de la transition normalement. Cela laisse perplexe certains de nos compatriotes. S’agit-il d’un « côte-phare » pour le prolongement de la Transition ? Fort probable. Ou s’agit-il des engagements qui seront exécutés par d’autres autorités au nom du principe de continuité de l’État ? Pas sûr en tout cas.

Au final, quoiqu’il arrive, le prolongement de la Transition est une évidence. Il en est ainsi dans la mesure où les instruments juridiques, principalement la charte de la transition, et la situation politique, sont en faveur du régime en place pour cette possibilité de prolongement. Mais tout compte fait, tout cela sera discuté lors du dialogue, s’il aura lieu. Les conditions de prolongement, l’issue de la Transition, l’après transition et toutes les modalités y afférentes seront discutées par les participants au dialogue.

Mais qu’est ce qui va se passer après ? Le moment venu, nous le saurons. Ce qui est sûr, il y aura des contestations, chose qui commence dès maintenant, notamment avec la déclaration selon laquelle « le gouvernement de transition ne sera pas reconnu à partir du 21 octobre 2022 »! Pour nous autres, si l’on est soucieux de l’avenir de ce pays, profitons de cette transition pour faire les choses de manière satisfaisante afin de ne pas laisser ce pays dans une perpétuelle incertitude. Et en voici quelques perspectives de notre part: Écartons toute manœuvre frauduleuse, toute ingérence des puissances extrarégionales, surtout ça, pour organiser sereinement, démocratiquement, souverainement, avec inclusivité…, un dialogue sincère, auquel toutes les forces vives de la nation prendront part. À l’issu de ce dialogue, un gouvernement de consensus avec à son tête un Président civil et un Premier Ministre seront choisis pour diriger le pays jusqu’à l’organisation des élections démocratiques. Ainsi, on évitera le prolongement de la Transition par les militaires et un « consensus » s’y installe par conséquent.

Que Dieu Bénisse et Protège le Tchad !
Que Dieu Bénisse et Protège l’Afrique !

Wardougou Kelley Sakine, étudiant en droit public à l’université Gaston Berger de Saint-Louis.

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