Sur le réseau social Facebook, un compatriote a écrit : « quand je mourrai, je dirai au bon Dieu que je viens du Tchad. Il comprendra que j’ai déjà fait l’enfer. Il m’y dispensera au cas où il voudrait bien m’y amener ». C’est marrant et cela parait anodin. Mais cette comédie est l’expression d’un mal être très profond. C’est difficile de ne pas croire que l’enfer se trouve sur terre, précisément au Tchad, devenu par la force des choses, berceau de la tragédie. Ce pays a mal à son humanité. Comment ne peut pas croire en cela dans un pays où il y a la banalisation de la vie humaine ! Un pays cruel où le cortège de sécurité de la 2e personnalité du pays, le président de l’Assemblée Nationale, tire à bout portant sur des passants. La sacralité de la vie humaine n’a aucun sens.

Quelques rappels de la bavure de Kabadi. Le 29 septembre 2014, Jeannette Dénéyome avait eu la malchance de rencontrer le cortège de Jacques Haroun Kabadi qui l’a littéralement écrasé. Aucune compassion n’a été exprimée à l’endroit de la pauvre victime. Le cortège n’a même pas eu le temps, ne ce reste que par humanisme, marqué un arrêt. Jeannette, victime de l’excès du pouvoir, paix à ton âme.

Kabadi récidive. Ainsi, en juillet 2018, c’est un jeune homme qui a essuyé les tirs à balles réelles de la part de la sécurité du président de l’Assemblée Nationale. Ce dernier, fort heureusement, a eu la vie sauve, après plusieurs jours à l’hôpital. Les victimes de ces genres de cruauté ne se comptent plus au pays de Tombalbaye. Et ce, dans l’impunité totale.

Le 4 novembre 2019, au crépuscule, Bonheur a eu le malheur de rencontrer le chemin de l’homme de l’hémicycle dont le cortège est un cortège de malheur. Sa sécurité, à la gâchette facile, a dégainé, lâchement. Un corps sur le carreau. Bonheur mourut quelques heures plus tard à l’hôpital par manque de prise en charge. Kabadi dans un mépris total, nargue la population. Pire encore il minimise la mort de Bonheur en le qualifiant d’un simple « incident ». C’est la 3e forfaiture à l’actif du PAN.

Si le 2e a survécu, les deux autres ont été fauchés. Arrachés à l’affection de leur famille. Et comme il est de tradition dans ce pays où injustice a fait son nid, la justice ne leur sera jamais rendue : Kabadi est un intouchable. Bonheur a été tout simplement une bavure kabadienne de trop ! repose en paix victime de la cruauté de l’homme fort de l’Assemblée Nationale. Comment espérer dans un pays où on peut donc t’abattre comme un chien errant ? La ville de N’Djamena est effrayante car infestée par des loups humains qui dévorent sans pitié leur prochain. Les agressions physiques sont légions. Les assassinats y ont pion dont les auteurs sont ceux qu’on appelle abusivement autorités.

On se rappellera encore pendant longtemps du douanier qui a assassiné son confrère à Koumera en 2018. Il l’a poignardé de plusieurs coups de couteau. Et il veille jusqu’à ce que la victime soit complètement vidée de son sang. La mort s’en est suivie. Il n’a nullement été inquiété jusqu’à ce que la mort le rattrape plus tard. Heureusement. Béhidé a été lâchement assassiné. Aucun début de justice. Ibni Oumar Mahamat Saleh a été enlevé par la garde présidentielle, selon les rapports, et tué comme un animal. Nul n’a vu sa tombe. Là, aussi le statut quo règne. La justice peut aller se faire foutre et royalement. Kétté Moise serait égorgé, au su et au vu de Idriss Deby. Ses obsèques ont été interdits. Laoukein Bardé avant lui avait été purement et simplement éliminé. L’omerta règne sur cette tragique mort.

Le Palais Rose est rouge de sang. L’hémicycle est hanté par les fantômes des gens écrasés et abattus par la sécurité de Jacques Kabadi. L’enceinte de ces grandes institutions de la République contient des placards plein de macchabées. Nous sommes dans un pays où les dirigeants, censés protéger le peuple, deviennent au contraire leurs premiers bourreaux. Ils ont le droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. Ils ont mis en place des appareils de répressions que sont la police, la DDS pardon l’ANS, sœur cadette née des cendres de la fameuse DDS. Impuissant, le peuple, tétanisé se terre… bouche cousue et motus.

La question qu’on a le droit de se poser est de savoir qui s’occupera des enfants de Bonheur âgés de 4 ans, 2 ans et 2 semaines (au moment de son assassinat) ? Le dernier grandira sans savoir qui était son père… et qu’on lui dira, certainement, qu’il fut un maitrisard devenu chômeur par la force des choses mais malgré tout il se battait pour lui assurer un avenir en devenant clandoman (conducteur de taxi-moto) mais hélas, il a eu le malheur de rencontrer ce jour-là, 4 novembre 2019, au crépuscule, le chemin de Kabadi. On croise les bras, en attendant la prochaine victime kabadienne !

Par Masbé NDENGAR

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