Mesdames et Messieurs les Journalistes,

Chers Amis,

Je vous remercie très sincèrement  d’avoir répondu à mon invitation de prendre part à cette conférence de presse tant attendue par notre opinion.

Le Tchad, ce grand malade africain, est un pays qui tient debout  par la seule grâce de Dieu Le Tout Puissant. Cette année, il s’y est déroulé une série d’évènements que nous a imposés le pouvoir-MPS dans sa course solitaire de gestion du pays. Le débat sur le dialogue inclusif reste plus que jamais d’actualité, car il ne faut pas se fier aux apparences qui ne sont que de faux-fuyants pour penser que cela suffit pour changer les réalités de notre pays. Nous allons poursuivre la pression sur le pouvoir afin d’y arriver, car nous continuons de penser que le dialogue inclusif demeure la seule solution.

Nous avons, avec l’opposition véritable, décidé de boycotter le Forum dit inclusif si cher à Déby, et nous avons eu raison. Les Députés de l’opposition ont boycotté les travaux de l’Assemblée Nationale qui ont abouti à l’adoption de la Constitution, ils ont eu raison. L’opposition a décrié cette Constitution adoptée par une Assemblée illégitime, elle a eu raison. La Constitution dite de la 4ème République devait être soumise à un référendum pour être légitime, et ceux qui la rejettent ont raison. Cette Constitution, taillée sur mesure aux mensurations de Déby donne trop de pouvoirs à un homme, et ceux qui le disent ont raison. Ce faisant, nous avons raison de dénoncer un pouvoir de plus en plus personnel et omnipotent, car le Tchad souffre de problèmes qui ne sont pas résolus et ne le seront pas de sitôt, tant que la bonne gouvernance ne sera pas à l’ordre du jour.

La vie de nos compatriotes au quotidien est un véritable désastre. Les soins de santé manquent, l’école tchadienne a été assassinée, la cohabitation entre les communautés est de plus en plus problématique, les injustices sont croissantes, l’impunité a été consacrée par le Forum et les «voleurs de la République» amnistiés se réorganisent pour tordre définitivement le cou à la République. Les promesses à répétition non tenues engendrent le mécontentement des travailleurs qui se sentent, encore une fois, floués. Le gouvernement apprendra bientôt à ses dépens que l’on ne peut pas gouverner perpétuellement par le mensonge. Les grèves, malheureusement, sont inévitables, et j’apporte ici un soutien indéfectible aux syndicats dans leur lutte héroïque pour défendre leurs droits. Le président Déby qui excelle dans l’art de vendre des gadgets vient d’en découvrir un qu’il offre aux syndicats : travailler plus pour gagner moins ! Pouvons-nous oublier le triste spectacle de la prestation de serment des membres du Gouvernement ? J’en ai retenu deux choses : la violation du sacro-saint principe de la laïcité qui est le ciment de notre unité nationale d’une part, et la totale soumission de la Cour Suprême au Chef de l’Etat d’autre part.

La manière de gouverner le pays dans la précipitation et la brutalité a atteint ses limites. Je peux citer deux exemples récents : 1- pour plaire aux chefs de canton, on a démantelé le corps des CB (commandants de brigade de gendarmerie) sans préavis ni étude préalable, semant ainsi les germes d’insécurité ; 2- le déguerpissement du vieux marché à mil de N’Djaména a été fait dans la brutalité, alors que l’on pouvait en informer les occupants et prendre leur avis.

Il en est de même des futures élections arrêtées sans aucune concertation avec les acteurs politiques. Est-il raisonnable de galoper vers les élections dans la précipitation alors que l’administration territoriale qui vient d’être chamboulée aurait besoin  d’être rodée pour mieux assister l’administration électorale ? C’est dans ce contexte pour le moins délétère que nous avons galopé pour mettre sur pied un Cadre national de dialogue politique au forceps. La question cruciale posée à l’opposition est celle de savoir si elle participera ou pas aux futures échéances électorales. Pour les dogmatiques, le rejet du Forum emporte ipso facto le rejet de toutes ses conclusions. Telle n’est pas notre approche, car c’est un piège du pouvoir qu’il faut éviter. Ce sont les mêmes qui veulent nous enfermer dans un nihilisme négationniste par leurs analyses erronées. Pour eux, en effet, il faut camper sur les positions de 2016, pour continuer de dénoncer le coup d’état électoral, entretenir une ambiance de crispation continuelle de crise post-électorale sans issue, et sans avoir les moyens d’un affrontement conséquent. Oui, en 2016, nous avons connu un contentieux électoral que nous n’avons pas pu, ou su ou voulu transformer en crise électorale. Nos revendications n’ont pour autant pas changé sur le verdict. Mais nous devons rester lucides et coller aux réalités. Nous refusons de faire l’opposition pour l’opposition. Nous nous inscrivons dans une opposition résolue, irréductible et intelligente.

Chers camarades,

L’UNDR est un grand parti qui suscite beaucoup de convoitise et de jalousie, y compris, surtout dirai-je, dans les rangs de l’opposition. Chacun de nos actes est passé au cible pour être au final condamné, souvent de façon injuste et lâche ! Nous sommes et nous resterons toujours dans l’opposition au système actuel, et nous serons  vigilants pour agir dans le sens de nos intérêts qui sont ceux de notre pays. C’est pour cela qu’après une analyse lucide, nous avons décidé de nous impliquer entièrement dans le processus électoral qui vient d’être déclenché. Chaque parti politique est responsable de ses choix et doit les assumer. L’UNDR a fait les siens, les assume et ira en toute responsabilité aux futures échéances électorales, dans l’unité avec les partis qui auront fait le même choix que lui. Nous serons désormais intraitables et personne n’a de leçon à nous donner. Si l’on regarde le chemin parcouru depuis la création du Parti, nous nous sommes beaucoup investis dans l’opposition pour, chaque fois, être payés en monnaie de singe. Cette époque est maintenant révolue à jamais !

Permettez-moi, à ce niveau de mon propos, d’aborder la question qui anime les conversations, les journaux, les radios et les télévisions, sans oublier bien entendu les réseaux sociaux : la rencontre Déby/Kebzabo du 16 mai 2018 qui a duré 2h30mn d’horloge. On dirait que le ciel est tombé sur le Tchad. Je m’adresserai d’abord aux militants et aux sympathisants pour leur dire qu’ils doivent en être fiers car nous sommes à la une de tous les médias. C’est parce que nous pesons dans le paysage politique que nous ne pouvons pas passer incognito. Nous devons être fiers de mener nos activités dans la transparence, au vu et au su de tout le monde ! Nous entrons à la Présidence après une demande écrite en bonne et due forme, par le grand portail et en plein jour, et nous faisons une déclaration publique à la sortie. D’autres y vont par derrière, par le fleuve, enturbannés pour ne pas être reconnus, de préférence la nuit dans une voiture banalisée.

Au fait, que me reproche-t-on ? J’ai rencontré brièvement le président Déby à Léré le 27 mars 2012, et la dernière fois que je l’ai vu en groupe, c’était le jour où il a reçu les personnalités pour annoncer l’envoi des troupes au Mali. La rencontre entre le Chef de l’Etat et le Chef de l’Opposition est dans les normes. C’est l’absence de rencontre qui devrait plutôt préoccuper. Depuis six ans, j’ai soigneusement évité toute opportunité de le rencontrer, car il y a un contentieux entre nous : le statut de l’opposition qu’il refuse de respecter.

Après six ans de bouderie, j’ai décidé de briser la glace pour demander cette audience. Pourquoi ? J’ai simplement estimé, en accord avec mes camarades, que cette posture était antirépublicaine et contre-productive, en regard des évènements passés, en cours et à venir. Voilà pour le contexte.

Une rencontre entre le Président de la République et le Chef de l’Opposition est prescrite par la loi 20/2009 portant Statut de l’opposition, notamment en son article 10 : « L’opposition politique est consultée par le Président de la République ou le Premier Ministre, chaque fois que de besoin, sur les questions d’intérêt national ou de politique étrangère. Ces consultations peuvent avoir lieu à l’initiative des autorités concernées ou à la demande de l’Opposition politique ». Voilà qui est clair et limpide.

Est-ce la durée de la rencontre qui a fait tant jaser ? Les sujets abordés étaient nombreux et d’actualité, et beaucoup d’autres questions sont en attente pour les futures rencontres. Il faudra donc que l’on s’habitue à cette pratique dont je souhaite qu’elle soit fréquente, et qu’elle se perpétue, pour le bien de notre démocratie et de notre nation. Je souhaite que cette consultation ait un caractère républicain et que son format soit réaménagé. Les prochains Chefs de l’Opposition trouveraient ainsi une machine bien huilée : l’instauration d’un dialogue serein entre le pouvoir et l’opposition peut contribuer à la construction d’une démocratie apaisée. A peine une semaine après notre rencontre, les choses semblent bouger, et cela est positif.

Je n’ai pas demandé à voir le président Déby pour des discussions mesquines ou pour régler des problèmes personnels, mais pour discuter franchement des questions d’intérêt national, et il y en a, croyez moi. Peut-on, lors d’un tel sommet, ne pas évoquer des questions telles que : la présence des troupes tchadiennes à l’étranger, l’insécurité, les prochaines élections législatives et locales, la question des services spéciaux qui constituent un frein au développement et à la démocratie, les violations à répétition des libertés individuelles et collectives, les arrestations arbitraires des acteurs politiques et sociaux, les activités des partis politiques soumises à des interdictions illégales, le financement des partis politiques, le refus par l’Etat de rembourser le cautionnement des candidats à la dernière présidentielle ainsi que les frais de campagne, l’opportunité de réaménager la Charte des partis politiques et le statut de l’opposition…, sont, globalement, les sujets qui ont été abordés.

Pour la transparence, je vous ai énuméré ce qui était à l’ordre du jour. Je ne comprends donc pas ce déchainement de commentaires pour le moins insultants, voire haineux à mon endroit. Combien de fois me suis-je refusé d’aller à la présidence de la République parce qu’on ignorait mon statut ? Combien d’observateurs en ont fait la remarque pour louer ce comportement ? Dois- je rouler pour les autres et à leur rythme pour leur faire plaisir ? J’ai même entendu des loufoqueries me reprochant de n’avoir pas pris l’avis préalable d’un tel ou d’un tel autre avant d’entreprendre ma démarche. Non, le Chef de l’Opposition n’a pas d’avis à prendre en la matière, il demande l’application de la loi, tout simplement. C’est ce que j’ai fait. Un débat sur le rôle du Chef de l’Opposition me semble d’ailleurs opportun.

Pour finir, je voudrais encore insister sur les vertus d’une démocratie apaisée qui doit nous mener à des élections transparentes. Le Chef de l’Opposition que je suis a joué et jouera pleinement son rôle, sans reculer sur ses options personnelles et ses convictions, qui peuvent être en contradiction avec celles du Chef de l’Etat. Et cela est mieux ainsi !

Je vous remercie.

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  • merci beaucoup mie, je valide ta participationwriters help

    Commentaire par Nadine le 28 mai 2018 à 11 h 18 min
  • Hélas ! C’est la même litanie qui continue. Rien de nouveau, on répète les mêmes discours pour en dormir davantage les Tchadiens afin que se perpétue une étrange démocratie importée d’ailleurs qui, ne résoudra jamais la crise sociétale au Tchad. Les Tchadiens attendent plutôt des actions concrètes pour une transformation radicale et définitive afin de pouvoir sortir le Tchad du chaos actuel. Depuis 38 ans qu’on nous abreuve de paroles inutiles. N’est-il pas paradoxal de constater que l’opposition dite légale, ne pose de vraies questions, ni présenter une projet réel répondant aux attentes du peuple, susceptible d’éradiquer les racines du mal Tchadien ? Mieux vaut s’adresser directement à la France , détentrice du pouvoir effectifs et faiseuse du beau temps et la pluie au Tchad que de s’adresser aux supplétifs tchadiens? Le président Idriss DEBY ITNO, ne déroge pas à la règle imposée par la France à ses prédécesseurs. La clé de la problématique tchadienne est belle et bien entre les mains de de la France. Je me demande donc, pour quelle raison la France choisit toujours les bourreaux africains comme dirigeants contre leurs propres frères? Pour nous, citoyen lambda, nous croyons qu’exister est une nécessité et agir et agir est un droit et devoir qu’aucune puissance ne pourra empêcher un peuple de se l’approprier. Il est temps que l’opposition tchadienne change le fusils d’épaule et sa méthode d’action pour éradiquer définitivement le cancer politique néocolonial qui ronge à petit feu le peuple Tchadien. Le Tchad ne mérite pas cette situation sociale catastrophique et endémique qui dure depuis trois décennies insupportables par la faute incontestable des Tchadiens mêmes. par l’égoïsme, la corruption, la trahison, la méchanceté gratuite et la complicité et de faux amis qui, n’ont d’autres objectifs que leurs intérêts personnels et non les intérêts du Tchad et de son du peuple tchadien. Il est temps que la jeunesse tchadienne ouvre les yeux et prendre conscience qu’elle vaut aussi comme toute la jeunesse du monde et, que sa liberté ne dépend que d’elle même, alors celle-ci (la liberté), ne s’octroie pas mais ça s’arrache. On ne demande pas d’être libre, mais on la prend. Cela, nécessite préalablement de savoir, qui sommes-nous? Où nous allons? Nous devrions donc nécessairement connaître notre histoire, car le passé historique du peuple lui permet de préparer sûrement son avenir. Tout dépend donc de la volonté des hommes et des femmes du Tchad. Je ne crois guère aux paroles du président de UNDR Saleh KEBSABO et Chef de l’opposition démocratique, à moins que l’opposition dispose d’une nouvelle stratégie d’alternance démocratique que nous ignorons.

    Commentaire par Seidou Traoré le 30 mai 2018 à 17 h 27 min