Selon nos correspondants à Abéché, le gouverneur du Ouaddaï Ramadan Erdoubou a pu arracher hier vers 21 heures les clefs du bureau du sultanat en possession de la famille Ourada.

Dans la même journée de samedi, le gouverneur avait demandé à la famille Ourada de lui restituer les clefs du bureau, chose que ladite famille avait refusée demandant un délai de concertation avec la famille avant de donner sa réponse.

Tard dans la soirée de la même journée, vers 21 heures, Ramadan Erdoubou débarqua au domicile de la famille Ourada accompagné des gendarmes, gardes nomades, et forces de sécurité pour exiger les clefs.

En lui remettant les clefs, la famille Ourada avait poser ses conditions, “ Que Ramadan Erdoubou ne permette pas au nouveau sultan de s’installer dans ces locaux aux préjudices d’être tenu responsable de ce qui adviendra “. C’est ainsi que le gouverneur répondit selon nos correspondants “Est-ce que je vous ai dit que j’allais remettre les clefs au nouveau sultan “. Mais tout porte à croire que la démarche du gouverneur s’inscrit dans cette procédure, car sinon pourquoi réclamer les clefs du bureau si ce n’est de vouloir installer le sultan décrété ?

La population du Ouaddaï vit dans une tension hyper tendue depuis plusieurs mois, entre les problèmes inter communautaires, et le remplacement de la chefferie traditionnelle.

Sur place les commentaires vont bon train sur la non-présence du nouveau sultan, qui auparavant passait en cortège sur le même itinéraire, de Goz-Amir où il passe la journée, vers le quartier Djamtata où la maison de l’ex-ministre Ahamat Bachir lui sert de domicile.

L’épisode du jour

Ce qu’il faut retenir en ce dimanche 1er septembre 2019 est la non-tenue de promesse du gouverneur Ramadan Erdoubou envers la famille du sultan déchu.

En fin d’après-midi de ce dimanche, le gouverneur organisa avec le nouveau sultan Chérif Abdelhadi Mahdi, une descente au palais du sultan avec un cortège de véhicules civils et militaires. Pour la 1ère fois depuis sa nomination, le sultan décrété a fait son entrée dans ce palais où il n’avait fait qu’une dizaine de minutes face à la caméra venue immortaliser ce moment.

La présence du nouveau sultan au palais amène un démenti à ses détracteurs et les rumeurs de folie affirmer sur les réseaux sociaux ces derniers moments. Une source en interne affirme que le sultan décrété a été bloqué entre quatre murs avant la démonstration de force de ce dimanche, pour que l’on travaille mystiquement sur lui avant qu’il ne passe le seuil du palais qu’occupait la famille Ourada depuis plusieurs décennies.

La démonstration de force de ce dimanche organisée et orchestrée par le gouverneur sur instruction ne s’est pas passée non plus sans heurt. Plusieurs manifestants s’étaient opposés en solidarité avec la famille du sultan déchu afin de bloquer l’évolution du cortège. Face aux jets de cailloux, les forces de l’ordre tiraient à balle réelle en guise de sommation. Bilan : Un gendarme a été fauché par le tir de ses collègues, et une dame (Mariam Ahamat Djibrine) qui était présente au sein des manifestants a été blessée et tabassée à coup de crosses. Malgré ses blessures elle a été conduite à la gendarmerie où figurent plusieurs personnes arrêtées (Hissein Brahim Abbas, Hassan Mahamat Hissein, et Barka Mahamat à qui on a arraché aussi le téléphone).

Effusion de sang, et arrestation, c’est ainsi que commence le règne supposé d’un sultan imposé en haut lieu et que la majorité de la population rejette et se soumet à un diktat de Déby et consorts.

L’effusion de sang, chose aussi que la famille Ourada avait prévenu en avertissant le gouverneur de ne pas laisser le sieur Chérif de s’installer ni au palais, ni au bureau du sultan.

Épilogue de la fin ou le peuple du Ouaddaï se résoudra à défendre sa dignité et ses sceaux ?

Ça, l’avenir nous le dira. Mais l’histoire retiendra que face à ces péripéties, un sultan décrété et imposé n’aura aucune légitimité populaire. Il jette un véritable discrédit sur l’image des sultans dans notre pays, et que comble de fait la noblesse avec le régime Déby s’achète et s’impose qu’on soit vassal, majordome, ou arriviste.

Quant à ce qui arrivera, on s’en fout, pourvu qu’on veuille vivre l’instant présent… À suivre.

Tchadanthropus-tribune

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