A l’heure qu’il est, quand un véhicule quitte Kousseri, ville camerounaise séparée de N’Djamena par les fleuves Logone et Chari, pour pénétrer au Tchad, c’est un véritable chemin de croix qui commence : Après le franchissement du poste de Douane, il est fouillé de fond en comble le long des 500 premiers mètres du territoire tchadien par au moins dix barrages érigés tous les 100 mètres. Les chauffeurs de véhicules, les conducteurs de motos, leurs passagers – et même les piétons – sont fouillés au corps  et jusque dans leurs sous vêtements sans ménagement et sans façon.
Pourquoi toute cette fébrilité ? A en croire la version officielle, suite à des informations, des armes munitions  –  et même des roquettes  –  auraient été découvertes dans plusieurs maisons du quartier Nguéli, dernière secteur du territoire tchadien bordant le fleuve Chari faisant face au Cameroun.
Du coup, des mesures relevant de la  brutalité et de la sauvagerie habituelles ont été prises par le Sultan président lui-même : qui a donné l’ordre de déloger tous les habitants du quartier Nguéli et de raser sans autre forme de procès tout cet espace.  Sans aucun préavis, et sans tenir compte des droits de propriété. Conséquence : des centaines de citoyens sont expulsés de leurs propres demeures chaque jour – avec femmes, enfants, et même bétail  –   sans le moindre  ménagement par des militaires barbares exécutant les consignes leur ayant été données avec une férocité mécanique.
A l’heure qu’il est, c’est le désarroi total à Nguéli, et même aux quatre coins de N’Djamena,  où l’on voit des familles entières délogées en catastrophe qui débarquent à l’improviste dans les domiciles d’amis ou de parents, ou encore de pauvres hères portant munis de baluchons,  emportant sur la tête ou sur des charrettes ce qu’ils ont pu sauver. Un spectacle comparable seulement  à l’image de réfugiés fuyant une guerre ou un grave conflit.
L’autre drame est que la saison des pluies a déjà commencé. Il est donc loisible de mesurer la détresse de ces millions de tchadiens qui sont ainsi exposés du jour au lendemain aux intempéries et à la précarité à cause d’un tyran subitement submergé par la phobie d’un coup d’état.
Au moment où, sur la scène internationale, Idriss Deby roule des mécaniques  et joue les Zorro des tropiques, dans son propre pays il n’arrive même pas à trouver le sommeil. Ironie du sort !
Mais de qui a-t-il donc peur ?
Dans son entourage immédiat du tyran, certains de ses proches roulent des yeux, au bord de l’apoplexie, évoquant la menace de Boko Haram  tout proche au Nigéria voisin  qui aurait juré de s’en prendre à Idriss Deby  à cause de  l’implication de son armée dans la traque des djihadistes du Mali. Ce qui expliquerait certainement que même les femmes sont fouillées à Nguéli jusqu’aux derniers plis de leurs voiles.
Il faut dire en tout cas que la panique a pulvérisé toutes les limites à N’Djamena au point même de flirter avec le ridicule : En effet, depuis deux semaines, les motocyclistes sont interdits du port du casque dans la capitale et ses environs. La raison : la tête de tous les gens roulant en moto doit être bien visible et identifiable, même celle des femmes,  par peur des terroristes !
En réalité, il n’y a pas que Boko Haram qui fasse peur au maitre autoproclamé du Tchad, en effet il semble  nourrir bien au fond de sa conscience la peur bleue d’une éventuelle revanche de milices pro Bozizé qui, dans ses cauchemars ne le quittent pas.
Surtout depuis qu’un front se réclamant de l’ex homme fort de Bangui a annoncé son intention de renverser la vapeur en Centrafrique.
Il ne faut pas oublier non plus que, dans sa conscience certainement tourmentée, Idriss Deby n’a pas oublié que les héritiers affirmés ou putatifs de Mouammar Kadhafi pourraient nourrir l’intention de lui demander un jour ou l’autre des comptes – voire se venger – à propos du faramineux trésor que le défunt guide de la Jamahiriya lui avait confié avant de mourir. 


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