Une entreprise de construction de nationalité Egyptienne (Salim Group) attributaire depuis 2009 d’un marché de construction d’un hôtel cinq étoiles HILTON a bénéficié d’un site pour la réalisation d’un complexe hôtelier au quartier SABANGALI.

Ce site de plusieurs hectares, situé aux bords du fleuve Chari va entrainer selon nos informations, la destruction des bâtiments de l’école de police et l’expropriation certaine de plusieurs habitations et terrains privées. Rien de particulier ne se serait passé si cette entreprise étrangère n’avait pas fait venir une embarcation sur laquelle était montée une machine qui aspire le sable du fleuve et le dépose aux bords. Plusieurs centaines de tonne de sable ont ainsi été dragués du fleuve Chari pour servir à la construction de ce complexe hôtelier et cela sans aucun payement du moindre franc au service des mines et carrières ; cette activité a permis donc à l’entreprise Egyptienne de bénéficier gratuitement d’un matériau important de construction et donc de réaliser des bénéfices énormes par le fait du non payement de l’exploitation de cette carrière. Comme si cela ne suffisait pas, la fuite du sable a considérablement augmenté les profondeurs du fleuve (à plus de neuf mètres) au point que trois petits garçons qui avaient l’habitude de se baigner non loin de là, et qui pensaient retrouver le même niveau de sable ont péri noyés.

Au-delà du manque à gagner considérable pour nos finances, cette activité à causé la mort de trois enfants et les poissons et algues dans un rayon de plusieurs mètres sont systématiquement broyés ; de plus, les vibrations provoquées par cette machine a éloigné toute vie aquatique au-delà de plusieurs dizaine de mètres provoquant un déséquilibre environnemental sérieux dans le fleuve Chari. Alertés par un de nos militants, nous nous sommes rendu sur place et une fois l’information vérifiée avons immédiatement saisi le directeur des mines et carrières ; ce dernier dont nous louons ici le courage a aussitôt informé ses supérieurs qui, à leur tour ont saisis les Ministères cocernés.

C’est ainsi qu’une mission composée d’un vérificateur de l’inspection Générale des Finances, d’un responsable de la Direction des mines et de trois gendarmes s’est rendue sur les lieux ; cette mission après avoir exigé et obtenu l’arrêt du dragage du sable s’est aussitôt employée à l’évaluation des quantités de sable déjà utilisée et celle encore stockée ; un redressement de plusieurs dizaines de millions assorti de pénalités était en train d’être notifiée à l’entreprise quand un détachement de la DGSSIE (garde présidentielle) arrive sur les lieux et intime l’ordre à la mission de « dégager immédiatement de là ». les membres de la mission s’exécutèrent à leur corps défendant et jusqu’aujourd’hui, Salim Group continu à draguer le sable du fleuve sans payer le moindre francs à l’Etat, à causer du tort à notre environnement et à multiplier les risques de noyade de nos concitoyens. La présence de la DGSSIE et le mutisme des Ministres concernés par cette situation nous a confirmé de manière indirecte que ce marché attribué à cette entreprise l’a été par la plus haute autorité de l’Etat.

Il y’a lieu de nous demander ici pourquoi le chantre de la protection de l’environnement qu’est le Ministre de la Sécurité Publique soit resté muet sur cette situation, lui qui n’a pas hésité à priver plusieurs ménages tchadiens de subsistances en interdisant toute activité aux bords du fleuve au nom justement de la protection de cet environnement. L’exploitation des carrières est soumise à des textes légaux et réglementaires dans notre pays comme partout ailleurs ; comment peut on permettre à une entreprise, étrangère de surcroit d’exploiter une carrière aussi délicate que le sable des profondeurs de notre fleuve Chari avec ces appareils interdits sous d’autres cieux alors même que les entreprises nationales payent les droits d’exploitation des carrières avant d’utiliser le sable du bord du fleuve ? Nous assistons une fois de plus à un manque de patriotisme de nos dirigeants que nous avons du mal à expliquer.

Comment pourrons-nous obtenir le respect des autres nations quand nos dirigeants n’hésitent pas à fouler au pied, l’intérêt national. Le fait que Salim Group construise un hôtel Hilton doit il justifier toutes ces faveurs et tous ces dégâts pour notre environnement avec comme corolaire la disparition de ces trois enfants ? Si la construction et l’exploitation d’un Hôtel Hilton sera bénéfique pour notre pays et pour l’investisseur, la vie humaine qui n’a pas de prix doit constituer la priorité de toute entreprise.

Au nom du respect de la vie humaine et des droits économiques des tchadiens, nous exhortons les plus hautes autorités à intervenir personnellement pour obliger cette entreprise à payer les droits de carrière, à mettre fin à la destruction de notre environnement en obligeant Salim Group à aller chercher le sable là où les autres entreprises le trouvent et surtout l’obliger à dédommager les parents des trois garçons disparus.

 
 
 

Mahamat Nour Ahamat IBEDOU

Secrétaire Général de la Convention Tchadienne Pour la Défense des droits Humains (C.T.D.D.H). 

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