Monsieur Maxwell Loalngar, vous avez travaillé pendant plusieurs années au journal le temps avec monsieur Michaël Didama, qui fut déjà à cette époque votre directeur de publication. Le paysage médiatique, politique et surtout social du Tchad vous semblez bien le maîtriser. Nous possédons encore des souvenirs de vos articles pointus, voir crus qui exprimaient un ras-le-bol ou qui réclamaient justice au peuple tchadien. Souvent, à la parution de vos articles, on vous avait vu fier de ce que vous écriviez ou donniez comme informations. Aujourd’hui, nous apprenons que vous êtes finalement à Genève en Suisse après des études à l’Institut de Hautes Études internationales et du Développement. Malgré que nous ne savons rien de ce que vous avez fait comme études. Nous y reviendrons prochainement. Nous vous remercions d’avoir accepté cet entretien pour parler de votre pays le Tchad, du journalisme, de la diaspora tchadienne en Suisse et de votre vision politique, s’il existe. 
 

1- Beaucoup de gens vous connaissent sous cet unique prénom de Maxwell. Pas plus ! Alors, n’est-ce pas l’occasion de vous faire connaître ?

Maxwell Naringué Loalngar : – Merci pour l’opportunité que vous m’offrez de sortir de mon silence même si je ne suis pas aussi silencieux que ça ! Cela dit, mon cher Zeïdane, vous avez l’ingéniosité de vouloir des réponses aux questions que vous ne posez pas. Autant vous en donner pendant qu’on y est ! Comme vous le dites bien ci-haut, j’avais travaillé au Journal Le Temps dont j’étais devenu le rédacteur en chef d’ailleurs et ceci, avec Michaël Didama qui en est toujours le directeur de publication. Je confirme que cette période fut, dans le métier, la plus stimulante et en toute modestie j’avoue en avoir été bien fier. Faire ce métier avec autant de passion dans cette période de l’histoire sociopolitique du Tchad, l’une des plus difficiles et sous une permanente épée de Damoclès d’un pouvoir retors à la critique, il faut reconnaître que ce n’est pas rien. Au-delà du devoir d’informer et du rôle de garde-fous de la démocratie et des libertés que nous endossions,  ce fut un sacrifice au regard du contexte de l’époque et devant la démission de l’élite qui amena la presse privée indépendante de l’époque à jouer pratiquement le rôle dévolu aux élites et à une opposition responsable et regardante sur les intérêts supérieurs du peuple dans son ensemble. Avoir conscience de contribuer à la défense des idéaux de justice et de liberté, est forcément une source de contentement. Après cette expérience fastidieuse, je suis alors parti du journal et du pays en octobre 2006 pour la Suisse notamment à Genève et à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) où j’ai suivi un programme sanctionné par un diplôme de 3ème cycle en études du développement axé sur la coopération internationale au développement entre conflits et paix. Voilà un peu.Quant à la question tenant au prénom, c’est plus facile pour les gens de retenir et prononcer Maxwell. Sinon, j’avais toujours eu comme signature de mes articles Maxwell N.(pour Naringué) Loalngar et quelques fois Manalo pour ne pas donner l’impression d’être le seul à avoir presque écrit un numéro du journal quand j’avais plus d’articles dans une même parution.

2— En survolant les réseaux sociaux, nous découvrons que vous publiez souvent des messages religieux de l’Evangile tiré du site « Top Chrétien ». Est-il compatible de parler de la bonne nouvelle de Jésus, tout en dénonçant ce qui se passe dans votre pays avec la dernière énergie, voir avec colère au ventre ?

M.N.L. : – Vous savez, Christ a toujours été du côté des pauvres et des opprimés et je ne crois pas qu’être chrétien ou musulman suppose se désintéresser de la politique qui est une affaire de tous parce qu’elle gère les affaires de la cité, du pays. Sans être dogmatique, le chrétien ou le musulman, surtout sur ce terrain-là, doit agir pour inverser positivement la gestion des affaires publiques dans l’intérêt de tous et cela dans le respect strict de la laïcité républicaine. Je ne m’inscris pas dans l’obscurantisme religieux qui enfume politiquement les masses et les transforme en monstres. Les valeurs qu’enseigne le Christ, à savoir l’amour du prochain, le droit, la justice, que les musulmans font aussi leurs, devraient servir à construire une société, certes pas parfaite parce que humaine, mais qui tende vers plus de justice, condition sine qua none de la paix. J’aime bien souvent rappeler cette citation, que l’on allègue selon différentes versions à plusieurs personnages, de Martin Luther King à Edmund Burke dont on tiendrait la version suivante : « Le mal triomphe à cause de l’inaction des hommes de bien. » Alors, si les hommes et les femmes de bien qui se confient en Dieu, s’engageaient en politique, non pas pour imposer leurs religions aux autres, mais pour faire triompher les valeurs du Bien pour que nous ayons un Etat de droit et de justice dans l’intérêt de tous, ce serait appréciable.Reste que je ne suis pas du tout un saint et ce que vous lisez sur mon mur social est un peu mon petit-déjeuner ou mon déjeuner – c’est selon le moment du post, que je partage avec les amis et le public sur le réseau social. Le contenu s’adresse autant à moi qu’à tous ceux qui estiment bien s’en inspirer. Si cela nous aide à nous améliorer et rejaillit positivement sur notre entourage et sur les actions individuelles pour le bien de tous et de notre pays, ce sera tant mieux !

3- Ne vous sentez-vous pas gêné de dénoncer la mauvaise gouvernance de votre pays, rien qu’avec des nouvelles qui vous parviennent du pays, sans que vous ne les eussiez vus avec vos propres yeux ? Dieu ne serait-il pas un jour en colère contre vous ?

M.N.L. : – Rires ! Vous êtes mieux placé pour savoir que dans le milieu qui est le nôtre l’on vérifie et recoupe toujours les infos avant de les publier ou de les commenter. Et il arrive quelques fois sinon souvent qu’on soit mieux informé depuis l’étranger que des gens qui vivent sur place et marquent leur surprise quand on les appelle pour vérifier tel ou tel fait.

 4- Actualité oblige. Maître Jean-Bernard Padaré, l’ancien ministre de Justice et Garde des Sceaux a été condamné à douze mois de prison avec sursis dans une affaire de tentative d’escroquerie, dit-on, ceci après avoir passé quelques jours de garde à vue et reste poursuivi dans deux autres affaires de détournement et de menaces de mort. Croyez-vous vraiment à cela ?

M.N.L. : – Que j’y crois ou pas, l’affaire est entre les mains de la justice et c’est à elle de nous dire en toute indépendance et toute transparence ce qu’il en est.

5- Vous, en tant que journaliste qui connaissez bien certains dossiers tchadiens, quelle analyse faites-vous de cette situation?

M.N.L. : – Maître Padaré, lors de son passage au ministère de la Justice et Garde des Sceaux, a sans doute fait de l’ombre à certains personnages du sérail et s’est par conséquent fait des ennemis dans son propre camp même si par ailleurs son activisme au service d’un pouvoir décrié lui a valu des ressentiments des citoyens. Cela dit, le public a eu droit à un enregistrement audio dans lequel Padaré et l’ancien ministre et directeur de cabinet du président Déby, Ahmat Mahamat Bachir, échangeaient sur une douteuse affaire de sous qui a soulevé des soupçons de corruption. Et il est curieux que l’ancien Garde des Sceaux se retrouve du coup tout seul dans l’engrenage d’une machine judiciaire visiblement instrumentalisée pour le broyer. Mais où est donc Ahmat Bachir pourtant incriminé lui aussi, est-on en droit de s’interroger ? La preuve qu’il s’agirait, dans cette affaire, de noyer un « chien », s’il y en a un, est qu’on ressort du buisson politico-maffieux d’autres plaignants avec d’autres chefs d’accusation. Cela, pour brouiller les pistes et faire oublier la curieuse affaire initiale qui met en cause le duo Padaré-Bachir. Au finish, le sieur Bachir qui, aux yeux du public, n’a pas du tout une bonne réputation, est pour l’heure hors de portée de la justice et cela pose problème.

6- Que se cache-t-il derrière cette arrestation ?

M.N.L. : L’on ne dira pas le droit à la place du tribunal en charge du dossier mais au regard des éléments et des circonstances dans lesquelles l’affaire a émergé et le fait que l’ancien ministre comparaisse en procédure d’urgence font peser le doute sur toute l’affaire. Et c’est à la justice de se saisir de son indépendance pour faire toute la lumière sans épargner quelques pontes fussent-elles proches du président. Ce qui n’est pas le cas pour l’heure.

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