Le weekend dernier a été émaillé par les incidents ayant opposé les autorités incarnées par le régime d’Idriss Déby et le candidat à la présidentielle 2021 Yaya Dilo Djerou Betchi.

Il faudrait remonter à la genèse de ce conflit au début de la pandémie Covid-19 et sa gestion opaque par la fondation grand cœur en lieu et place du ministère de la Santé.

La sortie de Yaya Dilo contre l’hégémonie véhémente de l’association grand cœur n’avait pas plu à Idriss Déby dont la foudre de répression avait déchargé Yaya Dilo de ses fonctions à la CEMAC. S’en suit alors une retraite de Yaya Dilo vers son village natal à l’est du pays auprès des siens.

Pendant plusieurs mois, loin des vacarmes incessants de la capitale, Yaya Dilo fait des sorties sur les réseaux sociaux pour dénoncer toutes les formes d’injustices contre le pouvoir central et les formes de dictatures qui sévissent au sein de l’armée, de l’administration, et la gouvernance d’État.

Au mois de janvier 2021, Yaya Dilo participe au congrès du MJERS à Tiné, un congrès perturbé par les renseignements d’Idriss Déby appuyé par les gardes nationales et nomades du Tchad. Le tremplin politique exaucé par le désormais candidat affirmé n’a pas eu lieu.

Deux semaines plus tard, c’est à travers le PSF de Dinamou Daram que Yaya Dilo annonce sa candidature à la présidence de la république d’avril 2021.

C’est d’ailleurs à la lumière de cette décision que les problèmes ont commencé.

Deux jours après la déclaration de la candidature de Yaya Dilo, vers 3 h du matin des policiers et des gendarmes se présentent devant le domicile de Yaya Dilo et lui demandent de les suivre. Yaya refuse et demande s’ils ont un mandat. Après quelques échanges houleux, les policiers repartent, mais reviennent le lendemain à 04 h du matin avec une présence forte de la DGSIIE la garde présidentielle, les gendarmes et les policiers.

L’assaut a été donné vers 05 h 10 mn en défonçant le portail de l’entrée du domicile de Yaya Dilo. Une riposte des parents de Yaya Dilo à l’intérieur du domicile familial. Les militaires ouvrent le feu de manière disproportionnée. Ils tuent sur le champ la maman de Yaya Dilo atteinte d’une balle, son fils, et des parents à lui. Quelques-uns sont blessés y compris sa sœur.

Cette attaque n’a pas sa place ni dans le fond, moins encore dans sa forme. Le régime d’Idriss Déby n’a pas réfléchi aux conséquences sociales de cette perfidie. Même en publiant un communiqué qui sonne faux, dénotant une légitime défense des hommes envoyés pour tuer, sinon rien ne permettait de tirer sur une maison où était présents plusieurs civils, même si Yaya Dilo est présent, et qu’il demeure l’ultime recherché.

Pourquoi la police n’était venue le chercher tout ce temps sur le territoire national depuis lors où la police l’avait auditionné à Iriba ? Pourquoi attendre d’abord maintenant pour chercher à le convoquer à la justice ?

Tout cela concoure à une cabale de déstabilisation par le régime qui voit mal sa candidature contre Idriss Déby dont il est un parent proche, connaissant au mieux le cercle de connivence et d’influence tribale.

L’offensive qu’avait voulue Idriss Déby en envoyant les militaires pour saisir Yaya Dilo ou au mieux le tuer n’a pas abouti pour la simple raison que les deux hommes partagent en commun les mêmes immixtions tribales et communautaires. Les sentiments communautaires ont prévalu surtout que sachant que dans cet épisode, Yaya Dilo n’a pas fauté. Il attire le capital sympathie des Tchadiens dans cette épreuve parce que ce qu’il avait dénoncé, c’est ce que disent en commun plusieurs de nos compatriotes sous cape.

Cette sympathie sociale et populaire a poussé des jeunes affrontés les chars à coup de pierres et la fuite de ses occupants. La journée de dimanche avait permis d’aller enterrer les morts avec toutes les émotions qui sévissaient. Puis à la lueur des affrontements entre les jeunes et l’armée de Déby, Yaya Dilo a été exfiltré en lieu sûr par des patriotes et des jeunes engagés.

Toute la journée d’hier, selon nos informations, une fissure plus que claire a été constatée au sein de la grande muette y compris au sein de la DGSSIE où Yaya Dilo a plusieurs parents. Certains militaires expriment clairement leur désaccord avec les instructions des hommes proches d’Idriss Déby. Il se dit aussi que le commandant de la DGSSIE Mahamat Kaka et le criminel des 11 prisonniers de Massaguet Brahim Allawahite ont été désavoués publiquement par certains officiers. La rumeur laisse comprendre des militaires en armes proches de Yaya Dilo convoyaient vers la capitale. Au sein des services des RG, certains policiers ont été priés de rentrer chez eux ce lundi. Tout cela concourt à un flou grandissant qui laisse un précédent terrible au sein de la classe politico sécuritaire du régime.

D’ailleurs, ce lundi l’actualité politique tchadienne s’enrichit de plusieurs annoncent. Depuis hier, Succès Masra des transformateurs annonce sa solidarité avec Yaya Dilo et sa famille. Le député et président du grand parti politique UNDR de Saleh Kebzabo annonce se retirer des élections en cours, et plusieurs partis se concertent pour prendre des décisions importantes.

Face à cette situation, il faut s’attendre à plusieurs scénarios du régime Déby qui va manœuvrer pour inventer des histoires à coller à Yaya Dilo. Si son ministre de la Communication, le zélé Mahamat Zène Chérif parle de légitime défense comme pour légitimer l’assassinat d’une pauvre maman, le régime est capable de dire aussi qu’il y a organisation de coup d’État à la lueur de ce qui se passe, puisse le mot rébellion est déjà annoncé par ledit ministre.

Reste maintenant à savoir qui seront les têtes qui vont tomber au sein des services de la police, de la gendarmerie, et des renseignements, puis que comme toujours Déby en voulant se réconcilier avec certains de ses parents, il sacrifiera quelques têtes pour apaiser la situation, s’il n’est déjà trop tard.

Tchadanthropus-tribune

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