L’élection présidentielle tchadienne doit théoriquement se tenir à l’automne 2022. Dans cette optique, plusieurs scénarios sont actuellement à l’étude dans l’entourage de Mahamat Idriss Déby pour projeter le président du CMT dans l’après-transition. Pour chacun d’entre eux, une obsession : éloigner le plus possible l’actuel président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki.
Dix-huit ou trente-six mois ? C’est la question qui agite depuis la rentrée les membres du Conseil militaire de transition (CMT) quant à la durée de ladite transition. Cette dernière est théoriquement fixée à dix-huit mois selon la charte présentée par le CMT au lendemain du décès d’Idriss Déby en avril. Elle peut néanmoins être prorogée une fois. Un point controversé qui constitue encore un casus belli avec la communauté internationale et qui reste à rebours des injonctions formulées par l’Union africaine (UA).

Faki face à Kaka

Une organisation qui fait plus que jamais face à la méfiance de N’Djamena. En cause, les ambitions supposées de Moussa Faki Mahamat de concourir à une éventuelle élection présidentielle. Le premier cercle de Mahamat Idriss Déby (surnommé « Kaka ») se montre le plus virulent à l’égard de l’ancien chef de la diplomatie tchadienne. C’est notamment le cas de son secrétaire particulier et ami d’enfance Idriss Youssouf Boy. Ce général, ancien directeur du renseignement et ex-consul à Douala, jouit d’une influence considérable auprès du nouveau maître de N’Djamena.
Moussa Faki a longtemps été considéré comme un « ambitieux » au sein du clan Zaghawa au pouvoir. Malgré avoir flirté un temps avec le parti d’opposition de l’Union des forces de la résistance (UFR), dirigé par l’opposant à Idriss Déby, Timan Erdimi, Moussa Faki était revenu en grâce auprès du Palais rose. Il avait successivement été nommé premier ministre de 2003 à 2005, puis ministre des Affaires étrangères de 2008 jusqu’à sa désignation à la tête de la commission de l’UA.
L’ancien président l’avait même un temps considéré comme un successeur potentiel parmi les nombreux candidats. Une déclaration en ce sens faite par Idriss Déby dans son fief d’Amdjarass a longtemps alimenté les spéculations dans l’entourage de l’ancien homme fort du pays. Faki a pour lui plusieurs atouts. Fils d’un père Zaghawa et d’une mère d’origine arabe, il dispose d’un solide réseau international. Et il est un interlocuteur très apprécié des capitales occidentales.
Les tensions avec les frères Déby rendent néanmoins improbable un retour de Faki dans le jeu politique tchadien. Parmi les pistes à l’étude qui pourraient déboucher sur une exclusion de facto de Faki, figure notamment l’obligation pour les candidats à la magistrature suprême d’avoir résidé au Tchad les deux dernières années avant l’élection.

Un exécutif bicéphale ?

Si la tentation d’étendre les 18 mois de transition reste grande chez certains sécurocrates tchadiens, des scénarios sont aussi étudiés afin de se projeter dans « l’après ». Un projet de réforme constitutionnel pourrait ainsi permettre la désignation d’un exécutif bicéphale. Ce dernier serait composé d’un président civil et d’un vice-président militaire. Un scénario qui permettrait notamment d’orchestrer un transfert effectif vers un pouvoir civil tout en consolidant l’assise des militaires.
 
Le vice-président aurait ainsi la main sur l’ensemble des questions de défense et de sécurité. Un poste qui pourrait échoir à Mahamat Idriss Déby lui-même et permettrait au jeune général de rester au cœur du dispositif à l’issue de la transition. Quant au possible candidat qui pourrait être mis sur orbite pour le poste de président, aucun profil n’a pour le moment été arrêté. Si ce scénario a actuellement la cote, il ne fait néanmoins pas encore totalement l’unanimité dans l’entourage du président du CMT.
 
L’ensemble de ces projets devraient être présentés dans le cadre du grand « dialogue national », prévu pour s’étendre sur plusieurs mois.
 

Tchadanthropus-tribune avec Africa intelligence

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