Premier ministre de la transition menée par Mahamat Idriss Déby Itno, l’ancien journaliste a pour mission de mener son pays à une élection présidentielle dans moins de 18 mois. Il s’appuie pour cela sur son parti et sur un réseau d’amitiés tissées à N’Djamena et à l’étranger

 

Saleh Kebzabo aurait pu devenir Premier ministre dès le mois de mai 2021. Quelques jours après le décès du maréchal Idriss Déby Itno et la prise de pouvoir de son fils Mahamat, l’opposant et ancien ministre des Affaires étrangères tenait en effet la corde pour être nommé à la primature et diriger le premier gouvernement de transition. Mahamat Idriss Déby Itno, persuadé de l’intérêt d’une politique d’ouverture et d’union nationale, avait même fait de lui son candidat numéro un.

Conscient de sa situation, Saleh Kebzabo s’était alors avancé dans les négociations en posant ses conditions : la nomination de personnes de son choix dans plusieurs ministères-clés, comme celui des Finances, et la garantie de garder un contrôle et d’être consulté par le chef de l’État sur toute nomination au gouvernement. Certaines personnalités de l’entourage de Mahamat Idriss Déby Itno avaient grincé des dents, considérant ces demandes excessives

 

Le 2 mai 2021, Albert Pahimi Padacké, jugé plus souple, avait donc été choisi. Saleh Kebzabo, lui, retournait dans l’ombre, réduit à jouer les seconds rôles dans la transition, avant de revenir sur le devant de la scène à l’occasion du dialogue national inclusif. À l’issue de ce dernier, il faisait dès lors une nouvelle fois partie des principaux candidats au poste de Premier ministre, avec le jeune opposant Succès Masra. Il ne laissera cette fois pas passer sa chance.

Nommé le 12 octobre 2022 à la primature, Saleh Kebzabo est donc désormais en charge de mettre le pays en ordre de marche pour l’élection présidentielle qui devra clore la transition d’ici moins de 18 mois. Une mission délicate pour laquelle l’homme de 75 ans s’est entouré de ses fidèles issus de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR), le parti dont il est le président depuis trente ans, et pourra s’appuyer sur des réseaux issus de l’Internationale socialiste (IS). Revue de troupes

 

 Le Chercheur Moudwé  Daga

Il est le bras droit du Premier ministre. Directeur de cabinet de Saleh Kebzabo, ce membre du bureau exécutif de l’UNDR et militant de longu date du parti s’occupe du bon fonctionnement de la primature. Docteur en sciences politiques et en relations internationales, passé par des universités au Cameroun et aux États-Unis, Moudwé Daga enseignait à la School of Oriental and African Studies de Londres avant de rentrer au Tchad seconder le nouveau Premier ministre de la transition.

Technocrate inconnu du public, ce chercheur est secondé à N’Djamena par d’autres personnalités issues de l’UNDR, comme l’économiste Toralta Tell Moyangar, secrétaire général adjoint de la primature, ou le conseiller pour l’innovation Hamit Kessely. La communication du Premier ministre a quant à elle été conée au journaliste de formation Fidel Komono Pone, ex-présentateur à la télévision nationale tchadienne et originaire, comme Saleh Kebzabo, du Mayo-Kebbi Ouest.

Ce « dircom » pourra s’appuyer sur les solides réseaux de son patron dans les médias nationaux et internationaux. Ancien de Jeune Afrique – de 1972 à 1976 -, Saleh Kebzabo est aussi le fondateur de N’Djamena Hebdo. Il a été proche de l’ancien directeur de publication de ce magazine, Jean-Claude Nekim, aujourd’hui décédé, et entretient toujours de bonnes relations avec le président du conseil d’administration Yaldet Bégoto Oulatar et l’actuel directeur Djendoroum Mbaininga.

 

Le politique Celestin Topona Mocgna

Il est l’un des plus anciens compagnons de lutte du Premier ministre. Co-fondateur de l’UNDR en 1992, Célestin Topona Mocnga en est aujourd’hui le numéro deux et le porte-parole, après avoir été le directeur de campagne de Saleh Kebzabo lors de la présidentielle de 2021 – lors de laquelle l’UNDR retirera nalement sa candidature. Ancien journaliste à la radio nationale, ce ls du Mayo-Kebbi Est a également été vice-président de l’Assemblée nationale entre 1997 et 2002.

Porte-parole du comité ad-hoc pour la mise en place du Conseil national de transition en 2022, il est aujourd’hui conseiller chargé de missio à la présidence, sur recommandation de Saleh Kebzabo. Il n’en continue pas moins de mener l’UNDR. Célestin Topona Mocnga a représenté ce dernier lors de la réunion du comité Afrique de l’Internationale socialiste, les 28 et 29 octobre à Dakar, au Sénégal, puis au 26e congrès d l’organisation du 25 au 27 novembre à Madrid, en Espagne

 

À l’UNDR, l’ancien député s’appuie notamment sur Ildjima Abdraman, chargée des Finances du parti. Celle-ci fait elle aussi partie des principaux lieutenants du Premier ministre, celui-ci ayant obtenu ce 17 janvier sa nomination en tant que gouverneure de la Tandjilé. Au sein de sa formation politique, Saleh Kebzabo reste également proche de l’ex-député du Mayo-Kebbi Ouest, Bouzabo Patchili, et de Mahamat Zang Nézouné, qui représente l’UNDR et son président en Europe.

Plusieurs dèles de l’UNDR occupent quant à eux depuis peu des postes dans l’administration : Marcelin Kanabé Passalet, président du conseil d’administration (PCA) de la Société tchadienne des Eaux et responsable des jeunes au sein du parti, Al Mahady Oumar Akacha, vice président de la formation et PCA du Fonds national d’appui à la formation professionnelle, ou encore Laring Baou, l’un des secrétaires généraux de l’UNDR et directeur général de la Caisse nationale des retraités.

 

Abderahim Awat Atteib

Vice-président de l’UNDR, Abderahim Awat Atteib occupe aujourd’hui le portefeuille stratégique de l’Élevage. Nommé dès mai 2021 dans le gouvernement d’ouverture d’Albert Pahimi Padacké, il a logiquement conservé son poste à l’arrivée de son protecteur Saleh Kebzabo à la primature. Originaire du Ouaddaï, il bénécie d’une belle popularité dans cette région, dont est également originaire le ministre de la Justice et ancien opposant à Idriss Déby Itno, Mahamat Ahmat Alhabo.

Un autre (très) proche du Premier ministre officie au ministère de l’Élevage, en la personne de son propre fils, Tawfiq Kebzabo. Nommé en 2022 par Abderahim Awat Atteib, il est coordonnateur national du Projet d’appui au développement des industries animales au Tchad. Au sein du gouvernement de transition qu’il dirige, le Premier ministre est également parvenu à faire nommer une autre cadre de l’UNDR, Oualmi Bairra Assane.

Puisant ses origines dans les régions du Mayo-Kebbi Est et Ouest, celle-ci avait été choisie dès mai 2021 comme secrétaire général adjointe du gouvernement Padacké, avec rang de ministre. Elle est ensuite devenue, en octobre 2022 et sur proposition de Saleh Kebzabo, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, à la Recherche scientifique et à l’Innovation. Elle fait partie, avec Abderahim Awat Atteib, des deux seuls ministres estampillés UNDR de l’actuel gouvernement.

Des relations avec l’équipe de l’international socialiste

Son parti, l’UNDR, étant affilé à l’Internationale socialiste, Saleh Kebzabo a pu construire efficacement ses réseaux au sein de cette organisation. Il a ainsi longtemps entretenu une relation de bonne camaraderie avec le Guinéen Alpha Condé, avant de prendre ses distances lorsque ce dernier s’est lancé à l’assaut d’un troisième mandat très décrié. Il avait également tissé de bonnes relations au Mali, avec un autre socialiste, Ibrahim Boubacar Keïta, décédé en 2022.

Intime de feu le Burkinabè Salif Diallo, il est également proche du président nigérien Mohamed Bazoum et de son prédécesseur, Mahamadou Issoufou. Jeanne Kebzabo, son épouse, est d’ailleurs proche de Khadija Bazoum, première dame du Niger, et séjourne régulièrement à Niamey. Parmi les connaissances socialistes du Premier ministre tchadien figurent également le Sénégalais Abdoulaye Bathily, le Centrafricain Martin Ziguélé ou encore le Béninois Emmanuel Golou

 

L’IS bien qu’en fort déclin, lui a fourni un solide carnet d’adresses. Au fil des congrès, le Premier ministre a ainsi pu croiser le Congolais Félix Tshisekedi, mais aussi des figures européennes comme l’ancien président François Hollande et ses ex-Premier ministre et ministre Jean-Mar Ayrault et Ségolène Royal. Il ne s’était d’ailleurs pas privé d’activer ces réseaux lors de sa campagne pour la présidentielle en 2016. Il est par ailleurs toujours proche de l’Espagnol Luis Ayala, aujourd’hui à la tête de l’Internationale.

Outre ces réseaux régionaux et internationaux, l’ex-ministre des Affaires étrangères entretient également des rapports cordiaux avec deux autres anciens occupants du poste : le diplomate Mahamat Saleh Annadif – qui est redevenu chef de la diplomatie tchadienne en octobre dernier – et Moussa Faki Mahamat. Le président de la commission de l’Union africaine représente pourtant depuis le début de la transition une forme d’opposition au chef de l’État Mahamat Idriss Déby Itno

Le Tchadanthropus-tribune avec Jeune Afrique

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