Ce 14 juillet 2020, Idriss Déby a mis un coup de pinceau en réaménageant son gouvernement. L’idée qui se murmurait depuis deux semaines a fini par arriver. Si à Tchadanthropus-tribune, la rédaction avait appris la fuite qui s’est ébruitée, nous nous sommes gardés de ne pas nous prononcer.

À chaque fois que la rédaction publie une information en gestation, le maitre du palais des Itno fait changer ou ajourner l’information, au risque de nous prendre pour des mythomanes. Depuis quelque temps nous adoptons une autre démarche qui consiste à laisser faire et publier, et commenter par après les faits.

De source sure, depuis presque 1 mois, Idriss Déby émettait le vœu de changer de gouvernement. Il s’est ouvert à certains conseillers. La mise en place s’est faite ce 14 juillet 2020.

En début de semaine dernière, selon les mêmes sources, en pleine crise des narcotrafiquants, le gouvernement allait être remanié, mais certaines situations sécuritaires l’avaient retardé.

De ce qui précède, la énième formation de gouvernement est officialisée avec de nouveaux entrants, quelques sortants, et d’autres confirmés avec des réajustements.

Parmi les nouveaux arrivants, le nom qui requiert notre attention est celui de Dr Djiddi Ali Sougoudi qui revient au ministère de la Santé comme secrétaire d’État. Lui qui avait eu quelques péripéties avec le ministre de la santé sortant.

Étant du domaine, il doit relever un grand défi. Il avait émis trop de critiques sur la gestion de la chose sanitaire envers le précédent ministre de la Santé, et se retrouver maintenant en plein milieu de ce ministère le met sous les projecteurs. Il aura une évidence émotionnelle, quand l’occasion se présentera à lui pour serrer en signe d’au revoir les mains du ministre sortant qui l’avait congédié.

Abdoulaye Sabre hérite du ministère de la Santé. Un poste assez complexe de par la salubrité qu’il aura à faire dans ce département. Étant au cabinet civil de la dictature il avait presque géré une partie de la crise pandémique du Covid-19. Il aura trop à faire pour l’organisation des hôpitaux, et déployer une grande capacité d’écoute et d’organisation, afin de rétablir un domaine qui est sorti des cœurs de Tchadiens, et surtout que toute confiance à leur hôpital est rompue depuis fort longtemps.

Les Affaires étrangères héritent d’un nouveau ministre qui est Amine Abba Siddick, désormais ex-ambassadeur du Tchad en France.

S’il ne fallait pas mettre en doute ses capacités intellectuelles dans la gestion régalienne des services, les affaires étrangères auraient à composer avec l’arrogance et la suffisance de l’homme. Dieu seul sait qu’en diplomatie ce paramètre demeure l’un des plus grands des handicaps. Il sera jugé au pied du mur.

Mahamat Tahir Orozi comme ministre de la Sécurité publique, et de l’Immigration. Le choix lui colle à la peau, militaire de formation il est rompu à la tâche. Son succès sera réel à condition que la bande des baministes le laisse travailler tranquillement. On voit d’ici les canifs et les coutelas aiguisés pour lui mettre les bâtons dans les roues.

Mahamat Ismaël Chaïbo est maintenu au même poste. À sa place toute personne fera trop attention. Il est au cœur d’un problème épineux entre les communautés Anakazas et Naormas. De l’avis de plusieurs observateurs, c’est lui qui aurait sapé les progrès établis par le sultan du Kanem afin de réconcilier les deux communautés. Sa dernière décision qui ne reconnaitrait pas le PV assorti de la rencontre avec le sultan du Kanem risque de lui revenir comme un effet boomerang. Il faudrait qu’il réfléchisse si Idriss Déby en le maintenant à ce poste ne lui laisse pas aussi une peau de banane. Attention à la moindre incartade.

Mahamat Abali Salah est dépouillé de la sécurité publique. Clairement le mécontentement par rapport aux orpailleurs et la confiscation des matériaux et autres Caterpillars se sont mal passés. Les fiches arrivées au palais rose contre lui ont poussé Idriss Déby de le décharger de l’aile sécuritaire. Il aura à se concentrer sur le ministère de la Défense sous la tutelle d’Idriss Déby en personne. À lui aussi de faire attention à la moindre incartade.

Mahamat Zène Chérif reste au gouvernement. Depuis quelque temps son départ était pressenti à cause de plusieurs problèmes avec le syndicat du ministère, et quelques fiches faites sur lui à propos des nominations dans les consulats et ambassades.

Beaucoup de cadres aux Affaires étrangères lui reprochent de favoriser sa communauté. Vrai ou faux, cela lui porte préjudice, mais il reste au gouvernement comme ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, amoindri des prorogatifs régaliens.

Djimet Arabi est maintenu au ministère de la Justice malgré les ratés observés ces derniers temps. 44 prisonniers morts par asphyxies en prison, le problème Yaya Dillo qui lui a fallu des réprimandes à la présidence, et aujourd’hui la gestion épineuse du procès des narcotrafiquants.

S’il garde son poste, c’est grâce à l’influence de la fondation grand cœur. Mais attention, il est à l’étroit, car le procès des narcotrafiquants laisse les projecteurs braqués sur lui tant à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Mme Amina Ehemir Torna arrive pour la première fois au gouvernement à cause de ses implications dans la fondation grand cœur. Elle devra confirmer et affirmer sa personnalité.

Ahmat Mahamat Béchir revient comme ministre de l’élevage et la production animale. Une traversée du désert qu’il n’a pu supporter longtemps. Certaines confidences lâchées çà et là le confirment. Il reçoit les dividendes de son action à Abéché lors de l’installation du nouveau sultan du Dar Ouaddaï. Il rend service en trahissant les siens pour se faire une visibilité. A-t-il le choix ? On a toujours un choix pour garder sa dignité.

Oumar Yaya quitte le gouvernement à cause de son incompétence. Habitué au griotisme comme au temps des apparatchiks, il a cru longtemps garder ce ministère par de sales besognes. Il est à la source de plusieurs malversations, détournements de deniers publics, et de clientélisme ambiant avec les Chinois sur la mise en place de la TNT. Pas plus tard que 48 heures il fait perdre au ministère de la Communication le camion de reportage incendié diton à cause d’un court-circuit. Ce garçon de courses jadis chez Oumar Adamou sort du gouvernement de la piètre des manières.

D’autres personnalités font leur entrée dans le gouvernement, notamment Ahmat Abakar Aguid au poste de ministre des Infrastructures et des Transports, Mme Ramadou Mahamat Outoin au poste de ministre de l’Énergie, Alix Naimbaye au secrétariat d’État aux Finances et au Budget, Mme Éveline Fakir Kanassawa en tant que secrétaire d’État aux Affaires étrangères, ou encore Lucie Beassemda, actuelle gouverneure de la province du Mandoul, en tant que secrétaire générale adjointe du Gouvernement, Abdoulaye Diar au poste de ministre de l’Agriculture, Selgué Nandé à l’Aviation civile et de la Météorologie nationale, et Patalet Géo au poste de ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat.

Voilà l’analyse que la rédaction se fait de ces changements au gouvernement de ce mardi 14 juillet 2020.

 

La liste du Gouvernement.

 

Idriss Déby a procédé à un remaniement du gouvernement. Il est composé de 35 membres.

Ministre d’État, ministre secrétaire général de la Présidence de la République : Kalzebeut Payimi Deubet.

Ministère des Affaires étrangères : Amine Abba Siddick.

Ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration : Mahamat Tahir Orozi.

Ministre de l’Administration du territoire et des Collectivités autonomes : Mahamat Ismaël Chaïbo.

Ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement : Mahamat Zène Cherif.

Ministre délégué à la Présidence, chargé des armées, des anciens combattants et des victimes de guerre : Mahamat Abali Salah

Ministre de la Santé publique et de la Solidarité nationale : Dr Abdoulaye Sabre Fadoul

Ministre de la Justice, garde des Sceaux, chargé des droits humains : Djimet Arabi.

Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation : David Houdeingar Ngarimaden.

Ministre de l’Économie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale : Dr Issa Doubragne.

Ministre des Finances et du Budget : Tahir Hamid Nguilin.

Ministre des Postes et de l’Économie numérique : Dr Idriss Saleh Bachar.

Ministre des Infrastructures et des Transports : Ahmat Abakar Aguid.

Ministre de l’Éducation nationale et de la Promotion civique : Abubakar Assidick Tchoroma.

Ministre de l’Énergie : Mme Ramadou Mahamat Outoin

Ministre de la Fonction publique, du Dialogue et de l’Emploi social : Ali Mbodou Mbodoumi.

Ministre de la Formation professionnelle et des Métiers : Mme Achta Ahmat Breme.

Ministre du Développement industriel, commercial et de la Promotion du secteur privé : Lamine Moustapha.

Ministre de l’Hydraulique urbaine et rurale : Mme Tahani Mahamat Hassan.

Ministre de la Jeunesse et des Sports : Outoin Mohammed Dounga Christian.

Ministre du Pétrole et des Mines : Oumar Torbo Djarma.

Ministre de l’Aménagement du territoire, du Développement de l’Habitat et de l’Urbanisme : Mme Amina Ehemir Torna.

Ministre de l’Agriculture : Abdoulaye Diar.

Ministre de l’Aviation civile et de la Météorologie nationale : Selgué Nandé.

Ministre de l’élevage et des Productions animales : Ahmat Mahamat Béchir.

Ministre de l’Environnement et de la Pêche : Brahim Mahamat Djamaladine

Ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat : Patalet Geon.

Ministre de la Femme et de la Protection de la petite enfance : Amina Priscille Longoh.

Ministre secrétaire générale du gouvernement, chargée des relations avec l’Assemblée nationale et de la Promotion du bilinguisme dans l’administration : Mme Mariam Mahamat Nour.

Secrétaire d’État aux Affaires étrangères : Mme Éveline Fakir

Secrétaire d’État à la Santé et à la Solidarité nationale : Dr Djiddi Ali Sougoudi

Secrétaire d’État à l’Éducation nationale et à l’Éducation civique : Moustapha Mahamat Talgo.

Secrétaire d’État aux Finances et au Budget : Alix Naimbaye.

Secrétaire d’État à l’Économie, de la Planification du développement et de la Coopération internationale : Dr Abdelrahim Younous.

Secrétaire générale adjointe du Gouvernement : Mme Lucie Beassemda 

Tchadanthropus-tribune

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