Le système mis en place l’ancien président tchadien Idriss Deby Itno a réussi à survivre à sa mort brutale en avril dernier en plaçant son fils et des fidèles aux postes clés de la transition. Désormais, l’enjeu pour le clan est de conserver le pouvoir après la période transitoire. 

Le président tchadien Idriss Deby Itno est mort en avril dernier des suites des blessures reçues lors des affrontements avec les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Mais rien n’a véritablement changé dans le système qu’il a mis en place en trente années de pouvoir. Son fils Mahamat Idriss Deby a été porté à la présidence du Conseil militaire de transition (CMT), l’instance dirigeante du pays. Son ancien président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi est devenu président du Conseil national de transition (CNT), organe législatif de la transition, cumulativement avec ses fonctions de Secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti fondé par le président Deby père.

Outre le fait d’être un fidèle parmi les fidèles de l’ancien président tchadien, M. Kabadi a facilité l’accession de son fils à la tête du pays en se désistant de la charge constitutionnelle qui lui revenait, en tant que président de l’Assemblée nationale, de diriger la transition jusqu’aux élections anticipées à organiser dans un délai de 45 à 90 jours. Et comme pour boucler la boucle de la mainmise du clan Deby sur les organes de la période transitoire, c’est son ancien Premier ministre Albert Padacké qui a pris la tête du gouvernement de transition.

Vernis démocratique 

Après s’être assuré du contrôle total de la transition, le système Deby déroule désormais tranquillement son agenda pour rester au pouvoir après la période de transition. Il s’y prend d’abord en bataillant pour que Mahamat Idriss Deby conserve la possibilité de se présenter à la prochaine présidentielle. La Charte de la transition ne le lui interdit pas et lui-même n’a pas écarté cette éventualité en répondant à la presse qu’il préférait pour « l’avenir s’en remettre à Dieu ». Derrière l’intransigeance du pouvoir tchadien sur la non-participation des autorités de transition aux prochaines élections se cachent le scénario qui consisterait à faire de Mahamat Idriss Déby le candidat du MPS, le parti de son père, à la prochaine présidentielle. L’hypothèse est d’autant plus crédible que M. Kabadi, actuel patron du parti, ne nourrit aucune ambition présidentielle. Mahamat Deby pourrait dans ces conditions endosser le costume du candidat du consensus du MPS.

Outre la candidature de Mahamat, la stratégie du clan pour conserver le pouvoir passe également par la maitrise totale du dialogue et la réconciliation nationale. Pour le CMT et le gouvernement de transition, il n’est pas question d’accéder à la demande insistante de certaines forces politiques et organisations de la société civile de laisser les assises du dialogue national inclusif se transformer en conférence nationale souveraine d’où sortiraient des décisions exécutoires. Le pouvoir de transition n’entend pas non plus perdre la main sur l’ordre du jour du dialogue et la qualité de ses participants.

L’autre élément de la stratégie de conservation du pouvoir du clan Deby, c’est l’épée de Damoclès suspendue sur la tête des groupes politico-militaires. En effet, le choix du CMT de ne pas proclamer une amnistie générale qui permettait aux chefs des groupes politico-militaires de rentrer à N’Djamena pour, éventuellement, se porter candidats à la présidentielle procède d’un savant calcul politique. En choisissant une négociation au cas par cas plutôt qu’une amnistie générale, les autorités de la transition veulent se donner les chances de ralliement de certaines personnalités en exil à la candidature de Mahamat Idriss Deby lorsqu’elle sera officialisée.  Mais aussi la chance d’écarter d’autres prétendants qui refuseraient le marché.

Elections tropicalisées 

Pour parachever sa stratégie de conservation du pouvoir, le clan Deby/MPS entend aussi garder la maitrise du processus électoral post-transition. Il va ainsi s’assurer du contrôle de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), en y plaçant des fidèles. En amont, les autorités de transition gardent la possibilité d’influencer la rédaction des textes électoraux et de la nouvelle Constitution à travers le CNT, parlement de transition qui leur est largement acquis. Le MPS, qui a dirigé le pays pendant trente ans et assuré toutes les « victoires » du président Deby, dispose incontestablement d’un vrai savoir-faire dans l’organisation d’élections tropicalisées.  En tout cas, ce n’est pas de la communauté internationale, qui a renoncé en avril dernier à défendre l’état de droit et la démocratie au nom de la stabilité du pays, que viendra la contestation d’élections post-transition non transparentes.

Tchadanthropus-tribune avec Nicolas Beau 

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