Prolongation de la transition de deux années et possibilité pour son président et son Premier ministre de se présenter à la magistrature suprême… Le Dialogue national inclusif et souverain en cours à N’Djamena a adopté des mesures qui suscitent plus de questions que de réponses.

Les délégués du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) ont adopté à l’unanimité de leur plénière, samedi 1er octobre, plusieurs mesures régissant le futur de la transition tchadienne et l’organisation des élections qui doivent en être le point final. Ils ont ainsi validé la possibilité de prolonger de vingt-quatre mois la période transitoire, censée pour le moment s’achever ce mois-ci.

Surtout, les délégués, dont ne font pas partie plusieurs des principaux représentants de l’opposition et nombre de leaders de la société civile, ont approuvé le fait que les personnalités actuellement à la tête de la transition puissent briguer la magistrature suprême à l’issue de cette période. En d’autres termes, le DNIS a donné l’autorisation à Mahamat Idriss Déby Itno et à son Premier ministre, Albert Pahimi Padacké, de concourir à la future présidentielle.

« Préoccupation » des partenaires internationaux

Ces deux dispositions figureront nécessairement dans le rapport final du dialogue, dont la cérémonie de clôture est prévue dans cinq jours, le 8 octobre. « Le dialogue national est souverain, ces mesures feront par conséquent partie des résolutions finales. Même le président de la transition ne pourra revenir là-dessus », assure un participant. Ni la présidence ni le gouvernement ne se sont pour l’heure prononcés sur ces décisions.

LE PRÉSIDENT VA DEVOIR CLARIFIER SA POSITION QUANT À SON AVENIR.

Les partenaires internationaux du pays ont en revanche exprimé leur inquiétude. Dans un communiqué rendu public le 2 octobre, l’Union européenne a fait part de sa « préoccupation » tandis que l’Union africaine (UA) avait réaffirmé, dès le 19 septembre, soit avant même les propositions du DNIS, qu’elle préconisait « qu’aucun membre du Conseil militaire de transition [CMT] ne [puisse] être candidat aux élections à la fin de la transition ».

Quelles garanties ?

« Le DNIS n’a pas suivi les recommandations et a donné carte blanche à Mahamat Idriss Déby Itno. Mais est-ce que ce dernier va l’utiliser ? » s’interroge un diplomate à N’Djamena. « Cela nous donne raison : ce dialogue était une mascarade, assure de son côté un cadre de l’opposition, qui a boycotté le DNIS. Maintenant, c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités et de ne pas soutenir cela. »

Le Tchad va-t-il ainsi au-devant de sanctions, notamment de la part de l’UA ? « Même s’il reprend à son compte une prolongation de la transition, qui semble inévitable, le président va devoir clarifier sa position quant à son avenir, pour rassurer ses partenaires et éviter des sanctions », glisse un proche du CMT. « Une prolongation limitée de la transition peut paraître acceptable, mais uniquement si elle s’accompagne de garanties sur la volonté de rendre le pouvoir aux civils, conclut notre source diplomatique. Mahamat Idriss Déby Itno va surtout devoir convaincre qu’il n’a pas pris goût au pouvoir. »

Jeune Afrique

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