L’ancien président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme  et d’autres responsables de l’opposition sont en tournée en Europe pour expliquer aux partenaires de NDjamena la situation qui prévaut dans le pays après la sanglante répression qui a fait officiellement 50 morts le 20 octobre 2022.

Max Loalngar ainsi que l’opposant Succès Masra du parti « Les Transformateurs » ont été contraints à fuir le Tchad car ils sont accusés par les autorités d’avoir organisé les manifestations du jeudi 20 octobre dans le but de renverser le gouvernement de transition mené par Mahamat Idriss Deby.

 

Dans une interview accordée à la D.W , le coordonnateur des actions citoyennes  wakit Tamma Max Loalngar revient sur les événement du 20 octobre et réclame une enquête véritablement indépendante et se dit prêt à répondre même devant la CPI

 

DW : Les organisateurs de la marche du 20 octobre, dont vous faites partie, sont accusés par les autorités de N’Djaména d’avoir ourdi une tentative de renversement du régime. Que leur répondez-vous?

Une hystérie qui normalement devrait sonner un peu faux dans les oreilles averties de la chose juridique et surtout des réalités de notre pays. Il n’y a pas eu d’insurrection parce que, bien avant cela, ils étaient prévenus de ce que nous engagions un bras de fer. Nous nous inscrivons dans une démarche de désobéissance civile, mais ça reste pacifique et c’est ce qui était effectivement passé.

Sauf qu’eux, ils se sont préparés pour sévir et donc ils ont tué impunément. Et il est important qu’une enquête internationale indépendante s’ouvre pour que la réalité de ce qui s’est passé ce 20 octobre et les jours suivants soit établie.

 

DW : Avez-vous des informations sur les partisans du parti Les Transformateurs incarcérés après le « Jeudi noir » ?

Nous nous attendons à ce qu’une plainte se fasse parce que la réalité des chiffres est bien au-delà de ce que le gouvernement affirme. Nous savons que pas moins de 2000 personnes ont été appréhendées suite à ces événements. Or, les chiffres qu’ils ont produits me semblent bien en deçà de ceux de ce nombre de 2000.

 

DW : Selon le gouvernement tchadien, des membres des forces de l’ordre ont été tués lors du Jeudi Noir et le siège de certaines formations politiques, dont celui de l’actuel Premier ministre Saleh Kebzabo, ont été vandalisés. Est-ce que c’était une manifestation pacifique comme vous le prétendez?

Écoutez, quand vous instrumentaliser des gens pour attaquer des sièges de partis politiques, il faudrait que vous l’assumiez. C’est pour cela d’ailleurs que nous nous appelons à une enquête indépendante, entièrement indépendante. Et si l’on veut faire la clarté des choses, ils doivent adhérer à cette demande-là.

Je vous assure que le pouvoir était derrière le saccage des sièges de partis politiques et c’est eux aussi qui ont laissé infiltrer leurs rangs par des agents de renseignement en civil, avec des véhicules sans immatriculation et avec vitres fumées… pour sévir contre la population.

 

DW : C’est vous qui avez appelé quand même à manifester. N’êtes-vous pas coresponsable?

Absolument pas. Nous avons la conscience tranquille. Nous avions toujours fait valoir une démarche pacifique et nous revendiquons toujours cette démarche.

 

DW : Alors, depuis le 20 octobre 2022, après la sanglante répression des manifestations contre les autorités de la transition, vous vivez dans la clandestinité. Pourquoi? Est-ce que vous vous reprochez des choses?

Non, je ne me reproche rien. Mais vous voyez, quand on s’en prend au bois vert, qu’en sera-t-il du bois blanc? Ces événements-là nous ont donné l’opportunité de constater qu’ils ont sévi impunément contre des gens qui n’étaient en rien liés à ces manifestations. Alors qu’est-ce qu’ils pourraient faire de ceux qui revendiquent une manifestation, fût-elle pacifique?

 

DW : Une commission d’enquête internationale a été mise en place par les autorités de transition. Seriez-vous prêts à répondre à ce qu’on vous reproche devant la justice de votre pays?

Nous sommes prêts à répondre même devant la CPI. Mais il faudrait la condition sine qua non : que cette enquête soit véritablement indépendante.

DW : Êtes-vous prêt à négocier avec les autorités de la transition?

Wakit-Tama, tout comme ses partenaires, se sont montrés toujours transparents, toujours ouverts au dialogue. Nous avons toujours revendiqué une participation éclairée, une participation pertinente au dialogue. Et nous allons continuer par dire au lendemain de ce dialogue [national] qu’ils ont organisé et qui n’en était pas un, qu’il fallait forcément rouvrir le débat.

DW : Les autorités tchadiennes ont reconnu l’existence d’une rébellion au sud du pays. Connaissez-vous les géniteurs de ce mouvement armés?

Cela, ça nous concerne pas nous. Nous restons pacifiques et nous resterons pacifiques dans la rue pour démontrer à la face du monde que nous n’avons plus besoin de rébellion. Nous n’avons plus besoin même de pouvoir militaire.

Et c’est pour cela que nous nous attaquons au CNT. Ils pensent qu’ils peuvent faire le coup de feu aux quatre coins de la République du Tchad. Ils n’ont qu’à le faire, mais qui ne mêlent pas du tout le non de Wakit-Tama et de ses partenaire dans cette histoire qui se prépare ou bien qui serait en voie de préparation.

Le Tchadanthropus-tribune avec la DW

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