Au pouvoir depuis quinze mois, Mahamat Idriss Déby Itno a dû composer avec les impératifs sécuritaires et les revendications des politico-militaires. Le dialogue national inclusif qui démarre ce 20 août doit permettre d’amener le pays à la présidentielle. Et enfin, si possible, à la réconciliation et au changement.

Depuis toujours, le thème favori et la constante verbale de la classe politique tchadienne – y compris des groupes politico-militaires aux acronymes aussi variables que leurs allégeances – ont été l’unité et la réconciliation nationales. Une volonté de vivre ensemble aussi présente dans les discours des dirigeants qu’absente des ressentis de toute une partie de la population, pour qui l’identité collective relève plus de la leçon apprise que du sentiment profond.

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Ceci expliquant cela, la seule croissance longtemps observée au Tchad a été celle du sous-développement, et la plupart des entrepreneurs politiques se sont échinés à contredire au quotidien le contenu de leurs serments, discréditant aux yeux du peuple la notion même d’État.

Sans tabous

C’est dire si les enjeux du grand dialogue national inclusif (DNI) voulu par le président Mahamat Idriss Déby Itno dépassent largement la simple fixation d’un chronogramme électoral. Il s’agira dans le fond, d’exorciser le péché originel d’une indépendance transmise par une puissance coloniale, la France, qui, en soixante ans d’occupation, n’a rien fait d’autre que de maintenir l’ordre, disséminant au passage le virus de la primauté de la force sur l’État de droit. Or chacun sait qu’au Tchad comme ailleurs, la conscience et la construction nationales ne peuvent procéder que d’un État à la fois fort et consensuel, sans que cela implique la victoire d’une communauté sur les autres.

Tout devrait donc être mis sur la table sans tabous, au cours de ce dialogue. Une nouvelle Constitution, une nouvelle République, l’éradication définitive (au sens sociétal et psychologique) du recours à la violence et à la cinquantaine de groupes armés que compte le pays, le contexte sécuritaire régional, les règles d’une gouvernance démocratique et, in fine, un calendrier crédible de retour à l’ordre constitutionnel via un processus électoral perçu comme la conclusion de cette refondation.

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Discuter de tout donc, y compris des modalités de la dissolution du Conseil militaire de transition et du destin politique personnel de Mahamat Idriss Déby Itno, dont l’irruption à la tête de l’État au lendemain de la mort de son père aura eu le mérite d’éviter une probable prise de N’Djamena par des colonnes de rebelles ayant servi de supplétifs à différentes factions libyennes, sans autre idéologie que leur propre toxicité.

Éviter un scénario déceptif

Le risque, évidemment, est que l’exercice ne débouche que sur une simple phase de répit, faute de bases de discussion solides, crédibles et inclusives. Un replâtrage de façade juste bon à distribuer des per diem aux quelque 1 400 participants. Tout doit être fait pour éviter ce scénario déceptif qui augurerait mal d’élections apaisées et serait vécu par l’opinion comme une éternelle et illégitime répétition des erreurs du passé.

Il est donc nécessaire que tous les acteurs politiques, associatifs, militaires, économiques et traditionnels y participent sans conditions irréalistes, et indispensable que chacun se garde de toute position maximaliste. Fatigués d’être les otages de leurs dirigeants, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, les 16 millions de Tchadiens attendent et redoutent à la fois un dialogue que Mahamat Idriss Déby Itno a conçu comme l’acmé de son passage à la tête de l’État. Pourquoi ne pas le prendre au mot ?

Jeune Afrique

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