Alliance Nationale pour la Démocratie. Liberté- Justice – Développement et le Développement (AND)

 
CONFÉRENCE DE PRESSE : Déclaration liminaire de Salibou GARBA, Président National
 
Mesdames et Messieurs les Représentants des médias,
 
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations politiques,
 
Camarades et Amis,
 
Je voudrais adresser à chacun de vous ici présent mes chaleureuses salutations et mes sincères remerciements d’avoir bien voulu répondre à notre invitation. Au-delà de notre modeste personne, cette présence témoigne de l’intérêt que vous portez à la délicate situation de notre pays et du souci que les uns et les autres ont de contribuer à une sortie de crise qui soit une avancée décisive pour la paix et la relance de notre démocratie titubante.
 
Cette conférence de presse a été motivée par le fait que vous ne m’avez pas vu ni entendu pendant de longs mois, alors que notre pays a connu des évènements importants qui déterminent notre présent et détermineront notre avenir et celui de notre pays : il s’agit en effet de la mort inattendue et dans des conditions encore non élucidées du Président de la République, feu Idriss DEBY ITNO, et de l’effervescence politique qui s’en est suivie.
 
Vous savez qu’en dépit de la manne pétrolière, nos structures sanitaires demeurent pour le moins précaires, à l’instar de tous les secteurs de la vie dans notre pays. Nous avons dû nous rendre à l’étranger pour des contrôles et des remises à niveau sur le plan sanitaire, difficiles à obtenir localement. Je peux vous rassurer que je suis rentré en pleine forme.
 
Toutefois, cette longue absence ne m’a pas tellement éloigné de vous et du pays, ainsi que des problèmes qui se posent, ceci grâce au progrès des moyens de communication. Nous avons ainsi pu suivre tous les soubresauts de ces derniers mois. Mieux, nous avons pu contribuer à la réflexion que les tchadiens mènent de par le monde, en vue de trouver une issue positive, conforme aux légitimes aspirations de l’immense majorité des Tchadiens, à savoir la paix, la sécurité, la justice, le renouveau démocratique, ainsi que le progrès économique et social.
 
Aussi, dès l’annonce de la vacance de pouvoir au sommet de l’État, avons-nous adressé une contribution relative à la mise en place d’une transition qui soit compatible avec la Constitution et qui tienne compte des contingences du moment ; cette contribution a été adressée non seulement aux acteurs de l’intérieur (mon parti l’AND, la CPDC, les compagnons de lutte de la Coordination des Actions Citoyennes,…) et aux acteurs de l’extérieur notamment la diaspora tchadienne dans toute sa diversité, et les partenaires internationaux, multilatéraux et bilatéraux de notre pays. Dans le cadre de ces échanges, nous avons suivi le projet de l’Appel du 1er juin 2021 et en sommes signataire.
 
Que dire de cette situation qui n’ait déjà été dit ou écrit ? Ce qui s’est passé avec la prise de pouvoir par le Conseil Militaire de Transition est clairement un coup d’État militaire, pas moins. On aura beau épiloguer ou tenter de jongler sur la particularité tchadienne, il s’est bien agi d’une prise de pouvoir par un moyen non constitutionnel, à moins de vouloir nous faire admettre que les concepts de droit et de démocratie peuvent être tropicalisés; et que le Tchad, c’est la République du Gondwana, le pays du Président fondateur. Le refus du Président de l’Assemblée nationale d’assumer les obligations liées à sa charge ne change rien à la donne.

Devant l’impossibilité d’organiser une élection présidentielle propre dans les délais constitutionnels, on devrait considérer deux phases :

– La 1ère phase, celle de l’intérim tel que prévue par la Constitution, dirigée par le Président de l’Assemblée nationale ou le Premier Vice-président en cas d’indisponibilité du titulaire qui se décharge alors de toutes, absolument toutes ses responsabilités et prérogatives ; le premier responsable de l’Assemblée nationale alors identifié pourrait s’appuyer sur un Organe politique et d’un Organe chargé de la défense et de la sécurité pour tenir compte du contexte. Cette 1ère phase, outre la gestion des affaires courantes, devrait être consacrée à la préparation de l’après période d’intérim ;
 
– La 2ème phase est celle de la transition, transition à laquelle seules les forces vives peuvent conférer la légitimité ; d’où la nécessité absolue d’une rencontre suffisamment représentative de ces forces vives.
 
Mais on a préféré mettre la loi de côté, mettre la charrue devant les bœufs; situation pour le moins abracadabrante, entrainant toutes les acrobaties actuelles pour déterminer la dénomination, la forme, la liste des participants, le contenu et les prérogatives de cette rencontre de légitimation de la transition. Nous notons toutefois que tous ceux qui émettent des points de vue sur le sujet, que ce soit sur le plan national ou sur le plan international, prônent une transition apaisée, inclusive et consensuelle.
 
Transition apaisée, c’est-à-dire sans violences politiques et sociales ; ce qui veut dire automatiquement et sans tergiversation l’implication de tous les protagonistes qui mettent à mal cette paix ; on ne peut donc pas exclure les organisations politico-militaires, sous aucun prétexte. Quand on veut la paix, il ne saurait y avoir de préalable ; toutes les autres considérations, notamment l’abandon des armes comme moyen de conquête du pouvoir d’État, découleront des conclusions de ce dialogue et de cette réconciliation. Ici également, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.
 
Transition inclusive, c’est l’implication équilibrée de toutes les composantes de nos populations, celles qui agissent et impactent le fonctionnement de l’État et la vie nationale, autrement dit les forces vives.
 
Transition consensuelle, c’est veiller à ce que tout ce qui sera fait au cours de cette période ait l’assentiment de toutes ces composantes, qu’il s’agisse de la feuille de route ou des institutions en charge de l’exécution de celle-ci. D’où l’importance d’éviter toute tricherie au niveau de la préparation et de la tenue de ces assises d’une part, et du caractère exécutoire des résolutions et décisions d’autre part ; c’est aussi le caractère souverain de la rencontre.
C’est pour atteindre ces objectifs majeurs que la rencontre de légitimation de la transition doit revêtir les caractéristiques d’une Conférence Nationale Inclusive et Souveraine et se dénommer ainsi.
 
Des subterfuges et faux-fuyants, pour conserver le pouvoir ou pour l’arracher de façon malicieuse, nous conduiront inéluctablement à des scènes de violence, voire au chaos. Les éclats de voix que nous entendons çà et là indiquent clairement que les risques d’embrasement du pays et du chaos ne sont pas une vue de l’esprit de quelques oiseaux de mauvais augure. Nous l’avons dit et répété au Président de la République défunt. On a considéré que nous faisions des cauchemars, que nous avions des hallucinations. La conséquence a été tragique : le Président Idriss DEBY ITNO a été attiré dans une souricière.
 
Nous nous permettons donc d’exprimer notre point de vue sur quelques-uns des sujets qui animent les débats et les controverses: le réaménagement de la Charte de Transition, la mise en place du Conseil National de Transition, la mise en place du Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif.
 
 

1- De la Charte de Transition.

Celle-ci comporte à l’évidence de nombreuses lacunes.

On note dans le préambule l’absence de la définition de l’autorité qui a approuvé et adopté cette Charte. Une loi fondamentale ne peut émaner que de l’ensemble du peuple souverain ou d’un collège des représentants de ce peuple légitimement et légalement désignés. L’absence de la mention de cette autorité confirme que c’était bel et bien un coup d’État militaire qui a été perpétré. Le caractère illégitime de cette Charte apparaît ainsi, déjà au niveau du préambule.
 
Beaucoup d’encre et de salive ont coulé concernant la définition des organes (Conseil Militaire de Transition, Gouvernement de Transition, Conseil National de Transition, …), leurs prérogatives, le mode de désignation et de révocation de leurs membres, ainsi que les incompatibilités et la question de la durée de la transition.
 
Le réaménagement de la Charte de transition du 21 avril 2021 est donc absolument indispensable pour trouver des solutions inclusives et consensuelles. Certains acteurs, tant nationaux qu’internationaux, préconisent un toilettage rapide ou immédiat, une sorte de préalable. Nous pensons pour notre part que l’autorité qui va procéder aux amendements dans l’immédiat, dans les conditions actuelles, sera aussi illégitime que celle qui l’a adoptée. L’élaboration et l’adoption de la Charte est de la seule responsabilité d’un collège suffisamment représentatif des acteurs majeurs de la scène politique, sociale et de développement. Il en est de même de la mise en place des institutions en charge de la conduite de la transition, à savoir l’organe suprême, le gouvernement et l’organe législatif.
 
S’agissant de la durée de la transition, on ne peut la déterminer de façon pertinente qu’en considération de la feuille de route, qui elle-même devrait découler d’un consensus issu de ces assises que tout le monde prône. Encore faudra-t-il qu’il n’y ait pas de manœuvres dilatoires, de provocations gratuites de crises ou de palabres stériles. Mettre plus de quatre mois pour entamer la mise en place la Commission préparatoire de la conférence, c’est manifestement ne pas faire preuve de diligence, c’est tout simplement sidérant. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le caractère dilatoire du bras de fer engagé avec le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine.

2- Du Dialogue National Inclusif ou Conférence Nationale Inclusive et Souveraine

Pour rétablir la légitimité du processus de transition, il ne saurait s’agir de simples assises consultatives. Leur composition, suffisamment représentative des acteurs majeurs de la vie politique, sociale et de développement, rend exécutoires leurs décisions et recommandations. Aussi, ajouterions-nous notre voix à celles déjà nombreuses, pour dire que ces assises devraient revêtir les caractéristiques d’une Conférence Nationale Inclusive et Souveraine et se dénommer ainsi, pour éviter tout malentendu et des non-dits.
 
Compte-tenu de l’importance de cette conférence pour l’avenir de notre pays, sa préparation doit faire l’objet d’une attention toute particulière. À ce propos, la présence des représentants des organes mis en place actuellement n’est pas pertinente; c’est la cas notamment des membres du gouvernement, des membres des cabinets du Président du Conseil Militaire de Transition et du Premier Ministre de Transition. Le rôle de ces organes, constitués de membres issus des partis politiques et de la société civile, est d’exécuter les décisions que prendront ces partis et organisations lors des assises inclusives. On ne comprend pas non plus le quota accordé au Conseil National de Transition qui n’existe pas. Il est donc absolument clair que leur participation est de nature à fausser les consensus et les prises de décision. On ne ruse pas avec le sort de tout un peuple pour la sauvegarde ou la conquête des intérêts personnels ou de petits groupes.
 
Les rencontres de Lomé devraient permettre à la communauté internationale, qui est au chevet de notre pays, de recueillir les avis des organisations politico-militaires. Les responsables de ces organisations politico-militaires ne peuvent pas, à l’évidence, venir à N’Djamena faire partie de la commission préparatoire. Les avis recueillis à Lomé pourront compléter utilement les décisions des parties prenantes de l’intérieur.
 
Du reste, nous pensons que notre Conférence Nationale Inclusive et Souveraine pourrait être délocalisée hors du territoire national, pour des raisons de sécurité de certains participants, soit au siège de l’Union africaine, soit dans un pays tiers qui proposerait de l’abriter et de contribuer de façon conséquente, sur le plan technique et financier, à l’exécution de la feuille de route qui sera élaborée par cette Conférence Nationale Inclusive et Souveraine. Ce ne sera pas un exercice inédit dans la recherche de solution à des situations de crise politique et militaire.
 
Il convient surtout d’éviter deux conférences parallèles, l’une à N’Djamena avec les forces vives de l’intérieur, l’autre dans un pays tiers avec les organisations politico-militaires. Nous avons vu les limites de l’Accord politique du 13 août 2007 conclu entre les partis politiques de l’intérieur parrainé par l’Union européenne et l’Accord de Syrte entre les principales organisations politico-militaires basées au Darfour, sous les auspices des autorités libyennes et soudanaises d’alors.
 
Auparavant, il paraît urgent de proclamer un cessez-le-feu et de prendre des mesures susceptibles de mettre un terme à l’état de belligérance entre les protagonistes armés, notamment les lois d’amnistie, la libération des prisonniers d’opinion et de guerre. À charge pour la Conférence Nationale Inclusive et Souveraine de prescrire des commissions impartiales d’enquête afin d’élucider les cas litigieux de violations de droits humains, de morts suspectes et de disparitions forcées.
 
Les acteurs politiques majeurs de la scène politique, ceux de la société civile et du développement, ainsi que les compatriotes de la diaspora, devraient transformer cette situation inattendue en opportunité pour arrêter le délitement avancé de toutes les institutions de l’État, rompre avec le népotisme, le clientélisme politique et la gabegie à l’origine de l’exacerbation du communautarisme agressif, sortir notre pays des profondeurs des classements mondiaux dans tous les domaines du développement économique, social, sportif et culturel. Bâtir un État fondé sur des principes et institutions forts, renforcer la cohésion nationale, ce sont là le challenge, le défi que nous devrions relever tous ensemble.
 
Voilà, mesdames et messieurs les journalistes, mesdames et messieurs les représentants des partis politiques et des organisations de la société civile, chers amis et chers camarades, la substance de notre déclaration liminaire.
 
Nous nous mettons à la disposition des représentants des médias nationaux et internationaux pour répondre à leurs questions concernant cette problématique de mise en place d’un processus de transition légitime.

Fait à N’Djamena, le 05 août 2021

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