Déclaré deuxième de la présidentielle, Succès Masra conteste sa défaite, tout en demandant à ses partisans de ne pas céder aux provocations et de rester calmes. Il l’assure : le combat politique ne fait que commencer.

L’opposant Succès Masra connaissait-il suffisamment bien les histoires de Jean Ping ou de John Fru Ndi, qui, en leur temps, se déclarèrent eux aussi vainqueur d’une élection présidentielle sans pour autant accéder au pouvoir ? Devenu Premier ministre de Mahamat Idriss Déby Itno à quelques mois de la confrontation électorale, il affirme aujourd’hui à son tour avoir remporté un scrutin pour la magistrature suprême.

Succès Masra revendique 73 % des suffrages exprimés le 6 mai dernier, décompte personnel à l’appui, alors même que le Conseil constitutionnel du Tchad ne lui reconnaît que 18,54 % des voix, et a validé, le 16 mai, la victoire de Mahamat Idriss Déby Itno dès le premier tour, avec un peu plus de 61 % des suffrages. Le conseil a dans le même temps rejeté le recours en annulation de l’opposant et Premier ministre.

Cela dit, la pilule est-elle si difficile à avaler pour le jeune quadragénaire qui joue peut-être un coup de billard à plusieurs bandes ?

Inconfortable costume de Premier ministre

Certains membres de l’opposition, qui scrutent les erreurs présumées du candidat Masra, évoquent l’incongruité d’avoir voulu aborder un scrutin avec le costume presque toujours pénalisant de chef de gouvernement. Si la courte durée de son mandat lui permettait d’échapper à tout bilan ministériel handicapant, le caractère récent de son entrée sous les arcanes du pouvoir a pu semer le trouble.

Du côté des autres candidats de l’opposition, en partie éclipsés par le face à face avec Mahamat Idriss Déby Itno, certains ont crû deviner, un temps, un arrangement, une « candidature prétexte », pour accorder au scrutin joué d’avance un trompe-l’œil de pluralité. Cependant, peut-être Masra était-il candidat au poste d’opposant historique, tout autant qu’il l’était à celui de chef de l’État.

Au regard du ton final de la campagne, l’hypothèse de la complicité Masra-Déby Itno ne semble en effet pas s’être vérifiée. Peut-être moins surpris qu’il ne le laisse paraître par l’annonce de la victoire du responsable de la transition, Succès Masra pousse les cris d’orfraie d’usage, cette posture lui permettant d’accumuler les points de visibilité et, sans doute, de continuer à préparer l’avenir.

Quel avenir pour Succès Masra ?

En dehors des courtes échelles putschistes, une longue carrière politique repose en effet sur l’omniprésence, ce que l’ancien président français Nicolas Sarkozy décrivait comme une nécessaire « carte postale quotidienne » permettant d’occuper le terrain politico-médiatique. S’il n’y accordait que peu de chances de succès, Succès Masra a par exemple payé de sa personne en déposant lui-même son recours au Conseil constitutionnel.

Dans un discours quelques heures plus tard, il a toutefois évité de trop hypothéquer son avenir. Tout en pointant du doigt le manque d’arguments dudit conseil, le Premier ministre en sursis a appelé ses partisans à rester mobilisés, mais sages et calmes. Tout en ne reconnaissant pas sa défaite à la présidentielle, il fait le choix de ne pas prêter le flanc aux adversaires qui voudraient lui faire endosser un costume d’incendiaire.

Une façon de ne pas être désigné comme celui qui aurait provoqué un deuxième 20 octobre 2022, référence aux manifestations meurtrières qui avaient fait 73 morts, selon un bilan des autorités très contesté. Une façon, aussi, de se projeter dans une autre bataille politique, celle des législatives qui doivent se tenir avant la fin de l’année. Succès Masra et son parti y chercheront à s’installer comme la principale force de l’opposition.

Jeune Afrique

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