Moustapha Abakar Malloumi vient de paraître chez l’Harmattan son troisième essai intitulé « L’Etat est la seule ethnique rentable ».

Préfacé par Dr Ali Abdel-Rhamane Haggar, le livre est déjà disponible en ligne sur le site de l’Harmattan. Il sera bientôt dans les librairies au Tchad au prix de 12,50 EURO

En guise d’un avant-goût, le public est invité à parcourir, ci-dessous, le résumé et la préface de l’ouvrage:

Résumé

Cet ouvrage aborde plusieurs sujets mais la centralité de sa réflexion repose sur la célébration d’une « tchaditude » africaniste pure servant de point de convergence à toute sorte d’identification culturelle et civilisationnelle. Il soulève la notion de citoyenneté sans barrière, une citoyenneté décomplexée où les héritages doivent aider le « vivre ensemble » et non le brutaliser comme cela s’observe aujourd’hui.

Préface

Je tiens de prime abord à exprimer mes remerciements à Moustapha Abakar Malloumi pour l’honneur qu’il me fait de préfacer son livre intitulé : « Nous sommes d’abord tchadiens avant d’être musulmans ou chrétiens ». Le titre de cet ouvrage et son contenu sont certainement dictés par des exigences morales mûrement réfléchies par l’auteur. Je connais l’auteur depuis des longues années.  Son parcours académique, son intellectualité, son éclectisme, ses amitiés et son ouverture d’esprit, sa réserve humaine, son sens de l’amitié font partie de ce que je rêve de voir en chaque compatriote tchadien.

J’ai eu à préfacer plusieurs livres et essai dédiés à la fraternité dont le monumental « le patriarche », de AhmatTaboye ; « c’est quoi être tchadien ? », de Mossede et Renaud. Il y a quelques années, j’ai écrit moi-même un livre au titre évocateur « l’éloge de l’amitié fraternelle », un anti marqueur des identités meurtrières, où je célèbre les amitiés tissées dans le temps et l’espace, entre les peuples de notre vaste et beau pays. Néanmoins,  le présent ouvrage se distingue par une originalité d’approche. Les peuples du Tchad sont divers et variés. Cette diversité ne doit pas être vécue comme une source d’adversité mais plutôt comme une cause objective de richesse.

Je dois reconnaitre que l’ouvrage de Moustapha Malloumi s’inscrit sur un registre, en terme de méthode, plus socio politique que littéraire. Il se distingue par la pertinence de la thématique et une approche « communication » qui soulève courageusement des idées et des sentiments refoulés par l’autocensure culturelle.

Malloumi aborde plusieurs sujets mais la centralité de sa réflexion repose sur la célébration d’une « tchaditude » africaniste pure servant de point de convergence à toute sorte d’identification culturelle et civilisationnelle. Il soulève la notion de citoyenneté sans barrière, une citoyenneté décomplexée où les héritages doivent aider le « vivre ensemble » et non le brutaliser comme cela s’observe aujourd’hui.

La transcendance de la tchaditude, sa prééminence, décrite à travers son antériorité aux religions révélées, est une réalité refoulée que Malloumi expose sans fard ni hypocrisie. Cette démarche est susceptible de heurter certaines âmes sensibles qui ne considèrent pas l’histoire comme une suite d’évènements, de rencontres, de conflits, comme un phénomène dynamique mais plutôt comme une montagne de faits statiques.

Le livre se compose de plusieurs chapitres d’inégale taille mais l’idée reste la même. L’auteur est fixe, fidèle à sa logique. Cette posture est dictée par la nature humaine intrinsèque de l’auteur qui est lui-même un carrefour de cultures et d’ouverture. Malloumi a été en effet l’un des initiateurs du dialogue interreligieux au Tchad. Ce dialogue est aujourd’hui une réalité avec l’exemple de la Journée Nationale de la Paix, fêtée tous les 28 Novembre, date anniversaire de la République.

La République est la chose de tous. Pour qu’elle le soit effectivement, il faut un dépassement de générosité, un effacement de l’ethnocentrisme, de l’ethnisme qui est un poison, une pollution sociétale.

Moustapha Malloumi clame le Tchad « comme notre bien commun ». Un bien commun s’entretient. La notion de bien commun est reprise dans le texte comme le refrain d’un hymne, avec cadence et une rythmique qui témoigne d’une foi profonde en son pays.  On le ressent à travers les lignes et les mots choisis que Malloumi aime passionnément son pays. C’est une question de conviction philosophique « religieusement patriotique ».

« Nous sommes tchadiens avant d’être musulmans, chrétiens et autres ». Cette expression sonne comme une provocation lorsqu’on la voit et la lit au premier degré. Que ne-ni ! D’un point de vue purement juridique, le passeport, le permis de conduire et la carte d’identité n’affichent pas notre appartenance ethnique ou religieuse mais notre nationalité.  L’ostentation des cicatrices et des accoutrements ne doit pas l’emporter sur la loi, sur le droit.

Cela pourrait choquer. Ce n’est pas exprès. C’est pour attirer l’attention sur la force de l’humanité réelle, son caractère immuable. Nous sommes des êtres humains avant d’être des cultures, des croissants sur des minarets et des croix dressées sur des chapelles. C’est tout cela qui concourt à rendre évidente l’assertion du  Malloumi selon laquelle « nous sommes égaux en valeur et dignité ».

Cette assertion est un principe foulé au pied par toute sorte de porte-drapeau de l’adversité entre les humains et de tenants de la ségrégation et de la contre-émancipation humaine. Vouloir maintenir l’homme dans l’absurdité de ses chaines et de son complexe d’infériorité ou de supériorité, c’est le précipiter dans l’abime de l’animalité et l’illusion de la pureté, dans la violence de la jungle. D’où l’appel à la tchadienneté qui doit être au-dessus de l’ethnicité. L’ensemble contient l’élément, jamais le contraire. L’ethnie est un élément et elle devrait être comprise comme telle, une source de richesse culturelle et non comme un refuge pour s’octroyer des faveurs indus ». Cette phrase résume la mauvaise gouvernance sociologique qui s’observe en Afrique.

Pour sortir du piège ethnique, nous devons commettre l’effort d’aller vers la « seule ethnie rentable » qu’est l’Etat. L’Etat est une communauté juridique rentable dans la gestion des communautés affectives et historiques que sont la patrie et la nation. Une institution forte ferait fléchir la tendance du communautarisme. Tout est question de choix, de liberté, de prise de conscience, donc de bonne ou de mauvaise gouvernance des ressources humaines prises en valeur absolue. Pour y parvenir, tout doit interroger nos sens : la famille, l’école, la rue, la mosquée, l’église, etc.

La construction est une tâche ardue, exaltante. Pour que l’œuvre perdure, se pérennise dans le temps, il est indispensable de se donner des bonnes fondations, sans imitations. Y-a-t-il de meilleures fondations pour ériger les édifices humains autre que la sincérité et la perspicacité intellectuelle ?

On peut ne pas être d’accord avec Moustapha Malloumi sur certains aspects de son livre. Cet ouvrage n’est pas un évangile à la vérité figée. Il est une belle invite à la réflexion. D’où sa perspicacité. Le livre se lit aisément. Son auteur est un pédagogue, un enseignant des sciences de la communication. Il déroule ses idées comme dans un film et les projettent comme des diapositifs power point. Cette démarche facilite la compréhension du message.

Je demanderai à tous ceux qui décideront de lire ce livre, d’aller jusqu’au bout de la lecture avant de porter un jugement. Ce livre n’est pas un post sur un réseau social quelconque. C’est une œuvre de l’esprit murement réfléchie et visant un objectif majeur : réfléchir sereinement sur ce que nous sommes pour devenir ce que nous devrons être réellement. Cette œuvre de l’esprit est une belle contribution à la construction du durable et comme telle, elle doit être appréciée à sa valeur juste. Une superbe contribution à l’ingénierie du vivre ensemble dans l’humanisme de nos origines africaines comme l’aurait tant souhaité Cheikh Anta Diop dont Moustapha Abakar Malloumi est un émule.

Ali Abdel-Rhamane Haggar

Ecrivain

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