Difficulté de communication entre les acteurs en présence, impossibilité de trouver des points d’accords : la médiation qatarie sur le Tchad peine à trouver son rythme.

Depuis le 13 mars 2022, 52 représentants de mouvements d’opposition tchadiens négocient à Doha.

Le suspense pourrait prendre fin dans la matinée du vendredi 18 mars. Constatant le manque d’avancée dans la médiation qu’ils conduisent depuis le 13 mars entre le pouvoir tchadien et ses opposants civils et militaires (AI du 15/03/22), les Qataris ont donné, le 16 mars, quarante-huit heures supplémentaires aux 52 mouvements d’opposition représentés à Doha pour établir une liste des dix personnalités qui les représenteraient dans les négociations avec le pouvoir de Mahamat Idriss Deby, dit « Kaka« .

En conclave depuis cinq jours dans une salle du deuxième étage de l’hôtel Rotana, au centre de Doha, les dirigeants des 52 entités discutent ainsi depuis lundi matin en vue de déterminer leurs points de rapprochements. De 9 h jusqu’à parfois 3 h du matin, les discussions patinent, étant donné la très grande hétérogénéité des mouvements. Certains ont des troupes dans le sud de la Libye et pourraient se réorganiser pour frapper le Tchad à nouveau (c’est notamment le cas du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad – FACT – de Mahamat Mahdi Ali), tandis que d’autres sont venus du Tchad et n’ont parfois plus aucun véritable grief contre le gouvernement. Au milieu des deux groupes se trouvent des opposants ayant déjà signé des accords de retour au Tchad, tentant de gagner encore quelques avantages matériels avec les Qataris.

La barrière de la langue

Au-delà de la question de leurs objectifs, quelquefois contradictoires, les 52 groupes ne parlent pas les mêmes langues. L’expression n’a rien de métaphorique : certains mouvements étant menés par des personnalités établies depuis de très nombreuses années en Libye, au Soudan, en Centrafrique, en France, en Allemagne ou encore au Canada, plusieurs d’entre elles ne parlent ni le français, ni l’arabe tchadien, les deux langues usuelles au Tchad. Les échanges deviennent rapidement improductifs et les esprits s’échauffent.

Enfin, aucun leader naturel, capable de diriger les débats, n’émerge réellement. Les rebelles ou « politico-militaires », selon la terminologie officielle, s’entendent en général assez facilement, car ils ont une histoire et des objectifs communs. Mais les autres opposants sont souvent à des années-lumière de leurs homologues.

L’une des hypothèses de travail portées par les « politico-militaires » consistait à créer deux groupes, avec des préconditions différentes de participation au dialogue. Cependant, il n’est pas certain que le gouvernement tchadien – représenté à Doha par son chef de délégation, le ministre des Affaires étrangères Mahamat Zène Cherif – ainsi que les médiateurs qataris acceptent cette possibilité.

Si les rebelles ne se mettent pas d’accord avant ce vendredi, la réaction des Qataris demeure encore imprévisible, tant cette médiation est compliquée par le nombre d’acteurs qu’impose le gouvernement de transition tchadien.

Tchadanthropus-tribune avec Africa Intelligence

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