Dans un rapport rendu public mardi 19 octobre, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) montre que l’évolution du régime des précipitations, la hausse des températures et l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes ont aggravé la crise socio-économique et sanitaire du continent.

C’est au tour de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) de documenter, pour s’en inquiéter, les effets du changement climatique en Afrique. À l’occasion de son rapport, publié le 19 octobre, sur les indicateurs climatiques du continent pour l’année 2020, Petteri Taalas, le secrétaire général de l’OMM, explique qu’ils sont « caractérisés par une augmentation continue des températures, une accélération de l’élévation du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes, tels que les inondations, les glissements de terrain et les sécheresses, et les impacts dévastateurs associés. »

Températures, niveau de la mer, glaciers

L’Afrique, explique le rapport, s’est réchauffé plus rapidement que la moyenne mondiale, terres et océans confondus. Les taux d’élévation du niveau de la mer le long de ses côtes tropicales, de l’Atlantique Sud et de l’océan Indien sont aussi plus élevés que le taux moyen mondial : soit environ 3,6 mm/an et 4,1 mm/an, respectivement.

Et le taux de recul des glaciers des trois montagnes qui en disposent – le Mont Kenya (Kenya), les Monts Ruwenzori (Ouganda) et le Mont Kilimandjaro (Tanzanie) – est supérieur à la moyenne mondiale. L’OMM envisage la déglaciation totale de l’Afrique d’ici aux années 2040. Et dix plus ans tôt pour le Mont Kenya.

Quant aux précipitations, celles supérieures à la normale et accompagnées d’inondations ont prédominé dans de nombreuses régions d’Afrique : le Sahel, la vallée du Rift, le bassin central du Nil et le nord-est de l’Afrique, le bassin du Kalahari et le cours inférieur du fleuve Congo. Une quinzaine de pays ont été frappés dramatiquement par ces inondations, en premier lieu le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, la Somalie, le Kenya, l’Ouganda, le Tchad, le Nigeria (qui a également connu une sécheresse dans sa partie sud). De nombreux lacs et rivières ont atteint des niveaux records : le lac Victoria (en mai), le fleuve Niger à Niamey et le Nil Bleu à Khartoum (en septembre).

Augmentation de l’insécurité alimentaire et des déplacements de populations

Ces phénomènes météorologique et climatique, souligne Josefa Leonel Correia Sacko, l’une des présentatrices du rapport, Commissaire à l’économie rurale et à l’agriculture de la Commission de l’Union africaine, « entraîne des catastrophes et des perturbations des systèmes économiques, écologiques et sociaux. D’ici à 2030, on estime que jusqu’à 118 millions de personnes extrêmement pauvres (c’est-à-dire vivant avec moins de 1,90 dollar/j _ 1,63 €/j) seront exposés à la sécheresse, aux inondations et aux chaleurs extrêmes en Afrique si des mesures adéquates ne sont pas prises. Cette situation fera peser une charge supplémentaire sur les efforts de réduction de la pauvreté et entravera considérablement la diffusion de la prospérité. »

Couplées à d’autres facteurs comme les conflits, les crises économiques, les invasions de criquets, la pandémie du coronavirus, les phénomènes météorologiques extrêmes ont accru dramatiquement l’insécurité alimentaire. En 2020, elle a frappé 40 % de personnes en plus qu’en 2019 ! Ils ont entraîné de nouveaux déplacements de population. Pour la seule Corne de l’Afrique et l’est de l’Afrique, 1,2 million de nouvelles personnes sont des déplacés climatiques pour 500 000 déplacés de guerre.

Les préconisations de l’OMM

Devant un tableau si inquiétant, l’OMM appelle l’Afrique à se préparer aux intensifications des phénomènes climatiques dangereux en investissant dans les infrastructures hydrométéorologiques et les systèmes d’alerte précoce.

En 2020, les catastrophes climatiques ont été plus coûteuses

Selon les enquêtes menées par le Fonds monétaire international auprès des ménages en Éthiopie, au Malawi, au Mali, au Niger et en Tanzanie, il serait possible de réduire le risque d’insécurité alimentaire de 30 % en améliorant l’accès aux systèmes d’alerte précoce, aux informations sur le prix des denrées alimentaires et sur les conditions météorologiques : de simples messages textuels ou vocaux pour informer les agriculteurs sur le moment de planter, d’irriguer ou de fertiliser…

Le rapport estime qu’il faudrait allouer chaque année entre 30 et 50 milliards de dollars (25 à 43 milliards d’euros) aux activités permettant à l’Afrique de s’adapter aux changements climatiques. Ces activités devraient stimuler l’économie et générer des emplois.

Une contribution multiple

Publié à moins de deux semaines de l’ouverture de la COP 26 à Glasgow, ce rapport est le fruit d’une collaboration entre l’OMM, la Commission de l’Union africaine, la Commission économique pour l’Afrique par l’intermédiaire du Centre africain pour la politique en matière de climat, des organisations scientifiques internationales et régionales et des organismes des Nations Unies.

Tchadanthropus-tribune avec la Croix

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