L’ancien vice-président de la défunte coalition de l’opposition politico-militaire UFR (Union des Forces de la Résistance) et président de l’Union des Forces pour le changement et la démocratie au Tchad (UFCD) a été enlevé par le pouvoir éthiopien fin décembre 2010 et remis aux autorités soudanaises d’alors qui l’ont ensuite remis au Tchad. Plus d’une décennie plus tard, le mystère reste entier sur sa détention, car personne n’a reconnu officiellement sa présence sur le sol tchadien. Mais depuis plus d’une année déjà, des témoins oculaires se sont exprimés çà et là à son sujet et sont tous unanimes quant à sa présence aux cachots de l’Agence Nationale de Sécurité (ANS). Selon des sources concordantes, dès son extradition du Soudan, il a été mis aux arrêts au local de l’ANS situé près du siège de la Commission du Bassin du Lac-Tchad (CBLT) et serait détenu seul dans une cellule exiguë où il a subi des traitements inhumains, ce qui a détérioré son état de santé.

Il a ensuite été constamment transféré dans divers locaux de la police politique, de peur d’être localisé par les siens, avant d’atterrir aujourd’hui dans le QG de l’ANS juxtaposé à la direction en charge des forêts. Bien que l’ex-homme fort de N’Djamena n’est plus, mais ses acolytes qui ont pris le pouvoir grâce à un coup d’état légitimé par le comité international, à sa tête la France, ainsi que les ex-grands noms de l’opposition tchadienne, nous constatons avec amertume que la ligne de conduite reste la même, la ruse. Si non, comment comprendre qu’au moment où ils prônent le dialogue, libèrent certains prisonniers politiques, appellent certains à rentrer au pays pour y prendre part, d’autres sont écartés, muselés, voire exclus ? Leur tort ? Avoir combattu le père de son vivant.

Mais qu’a fait le père pour qu’il soit combattu à ce point, la plupart de temps par ses anciens compagnons ? C’est parce qu’il a mal gouverné, exclu certains et a mal géré les ressources du pays. Ces guerres étaient-elles inévitables ? Surement, mais sa ruse l’a toujours conduit à conclure une paix trompeuse qui, selon un proverbe indien, nuit plus qu’une guerre ouverte. Mais est-ce-que ceux qui ont le pouvoir aujourd’hui, illégitimes soient-ils, veulent sceller une paix des braves ? Oui, selon le conseiller en charge de la réconciliation nationale Ali Abderaman Haggar. S’exprimant sur la radio-web le réseau des citoyens la semaine dernière, il a précisé « qu’ à la mort de l’ex-président, l’émotion a pris le dessus sur la raison, mais aujourd’hui c’est la raison qui reprend le dessus » avant d’ajouter que « tout le monde sera impliqué au dialogue, y compris les politico-militaires ». Dès lors, nous sommes en droit de demander pourquoi les prisonniers de guerre ne soient pas libérés ? Et pourquoi le colonel Adouma Hassaballah Djadalrab, détenu illégalement dans les cachots de l’ANS ne trouve pas la liberté après plus d’une décennie de séquestration et de privation de ses libertés ?

Pour joindre l’acte à la parole, Ali Abderaman Haggar et le Ministre en charge de la réconciliation nationale, Acheikh Ibni Oumar, doivent convaincre le prince héritier de se projeter dans l’avenir et non de se laisser berner par l’histoire, semée d’exclusion et des regrets.

Aussi, les familles biologiques de tous ceux qui sont injustement détenus dans les cachots de l’ANS, les camarades de lutte, les Organisations nationale et internationale des droits de l’homme, les partenaires qui veulent financer le dialogue, etc. doivent se mobiliser pour exiger la libération de ces prisonniers, voire la suppression de ces locaux qui, au demeurant, sont synonymes d’un pouvoir dictatorial.

Enfin, pour le cas du colonel Adouma Hassaballah Djadalrab, les responsabilités de son enlèvement et de son extradition doivent être situées pour que les auteurs et leurs complices en paient le prix, car il est inadmissible que des États appliquent les pratiques des mafiosi en contradiction avec leurs lois et en violation des règles internationales sans qu’ils ne soient inquiétés.

Vivement pour un Tchad juste.

Wahid Djibrine

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