Au Tchad, avec l’avènement du 1ER décembre 1990 les mots « liberté et démocratie» suscitèrent chez les uns et les autres beaucoup d’espoir. Comme tout peuple qui vit sur cette terre, le peuple tchadien veut aussi aspirer à la liberté et à la démocratie, mais pour combien de temps ? 


Juste après trois années de règne et prenant ainsi le goût du pouvoir, lentement et sûrement, le MPS met en place un système de pouvoir fortement centralisé basé sur des institutions étatiques de façade pour dribbler la vigilance de l’opinion nationale et internationale. Ainsi le pays sombre dans la confusion totale et le Parti-Etat MPS s’accapare de tout en utilisant les moyens de l’Etat tendant à conserver son pouvoir.

Cependant, des élections truffées et tripatouillées avec bourrage des urnes s’en suivirent au vu et au su des observateurs internationaux et nationaux complices pour la cause. Ainsi, le régime MPS assoit un pouvoir dictatorial et oligarchique basé sur des clivages ethniques et régionaux afin de mieux assoir son pouvoir. A l’issu de cet impasse politique et du manque du sérieux dans son projet de société, le pouvoir MPS fait basculer le pays dans des conflits politico-militaires et socio-économiques, ainsi des foyers de rebellions se constituèrent pour combattre le régime MPS. Ces poches de rebellions successives qui sont entre autres le MDD, le SCUD, le MDJT, l’UFDD, UFR et demain que sais-je encore?

Toutes ces oppositions politico-militaires livrèrent une lutte acharnée contre le régime despotique du MPS pour un changement de système mal appoint. Grâce à son protecteur de toujours la France, le système MPS a pu éviter de justesse sa chute en 2008. Sans partage, le fondateur du MPS Idriss Deby conduit le bateau chavirant dans une zone troublante avec son cargaison des malheurs. Sans ambages il s’accapare de tous les deniers publics et les gère personnellement en complicité avec sa famille et celle de son épouse. Le pays sombre dans une crise sans précédent, appelé ironiquement Tchad pays des jeunes milliardaires. La situation s’envenime du jour au lendemain.

La corruption à outrance, la gabegie, l’injustice et l’intolérance prennent place dans toute la chaîne de l’Etat. Le détournement du denier public et le blanchissement de l’argent sale sont devenus de monnaie courante. Des textes ont été mis en place pour combattre ces phénomènes de corruption et enrichissement illicite, mais ils sont mal appliqués et sans effet par manque de volonté du gouvernement lui-même rongé par ce fléau jusqu’à l’os. Un ministère de l’Assainissement a été créé à cet effet et qui n’arrive pas à circonscrire la corruption et le détournement, car ce ministère politique prend dans son filet que les petits poissons, alors que les gros poissons pilleurs de la république sont impunis.

Le rapport de mission diligentée à l’ADAC en est la preuve et il est tenu dès lors au secret. Les conclusions de ce rapport sont accablantes et scandaleuses, car elles démontrent à suffisance les actes impudents de ceux qui nous gouvernent. Toujours sans calcul politique, le gouvernement se lance dans une politique de découpage administratif ambigüe où la population est divisée en villages, ferriques, rues et ruelles. Expert en manipulation de division, le régime d’Idriss Deby ne s’arrête pas là, il crée vingt-trois régions et une centaine de sous-préfectures sur un plan d’une décentralisation mal définie. Et c’est la confusion totale. N’en parlons pas pour les cantons, la situation est plus alarmante que jamais. Il n’y a pas un seul jour qu’un décret de création d’un canton ne soit diffusé sur les ondes de la radio nationale. Certains chefs de canton décrétés ne possèdent pas un ressort territorial moins encore des sujets pour les administrer.

Dans cette réforme de décentralisation absurde, le régime vomi du MPS a échoué partout. Toutes ces multiples réformes irréfléchies pèsent lourdement sur le budget de l’Etat et ceci crée un disfonctionnement du système financier que le département ministériel en charge n’arrive pas à maitriser. A l’issu de cette politique « diviser pour mieux régner » prônée par le régime du MPS, certaines régions du Tchad tombent dans le harnachement rancunier de Deby. C’est le cas de la région du Borkou. Elle est la plus défavorisée du reste des régions du Tchad. Elle est en traine des autres régions sur le plan économique et social. Elle est victime d’un complot entretenu expressément par le régime de Deby et ses acolytes.

Depuis bientôt 25 ans, la population de Borkou vit dans un sous-développement décriant sur tous les plans. Cette population qui participe, dit-on avec faste à toutes les échéances électorales en bradant haut l’effigie de Deby ne bénéficie d’aucune attention particulière du parti-Etat. Aucun projet de développement décent pour Borkou, d’ailleurs, elle ne figure même dans le plan national de développement.

Voici un exemple très simple, les festivités de la fameuse fête du 1er décembre sont célébrées dans toutes les régions du pays sauf à Faya et cela démontre combien de fois le régime mène une politique d’exclusion vis-à-vis du Borkou. A maintes reprises, Borkou avait exprimé son souhait de la tenue de cette manifestation nationale, mais en vain elle a été repoussée comme une région malpropre. pourtant certaines villes ont eu a celebré deux fois la festivité du 1er décembre. La ville de Faya se tient toujours péniblement débout sous les gravats suite à la récente démolition par ses propres fils, le Gouverneur sortant et le Maire de la ville de Faya. Les concessions ont été démolies par ces derniers sans aucune mesure d’accompagnement pour plaire à leur « Doud Gar-Gar ». Les sinistrés attentent toujours l’indemnisation de leurs lotis détruits et Faya attend toujours sa reconstruction. Il est vrai qu’on ne peut pas préparer des omelettes sans casser les œufs, mais ce qui est drôle quand les œufs sont déjà cassés, il faut automatiquement passer aux omelettes ! Cette population du Borkou qui a souffert sous l’occupation de l’armée de Kadhafi et qui cherche à panser ses plaies tombe subitement dans un autre labyrinthe de la politique d’exclusion du système MPS. Manquant du respect pour Borkou, le Président avait tenu des promesses lors de ses multiples déplacements à Faya en 2013 en avançant des arguments comme du genre: « si en 2014, s’il n’y aura aucun bruit de bottes, la région sera développée», des conditions basées sur le ridicule et l’arrogance.

Plus tard en 2014, devant une myriade de personnes, Deby avait une fois de plus promis une enveloppe de dix milliards de nos francs pour la construction de la ville de Faya, mais où est partie cette maudite somme ? La population de Faya attend impatiemment ses dix milliards pour son développement. Toutes ces promesses n’ont jamais été tenues jusqu’à nos jours. On peut tromper quelqu’un une fois, deux fois mais pas trois fois, la population est consciente de toutes ces fausses promesses. Suite aux différentes rencontres tenues par des cadres civiles et militaires du Borkou sur la destinée de la région, il paraitrait que tout récemment, le président a signé un arrêté portant création d’un comité de gestion dudit fonds et parallèlement un autre arrêté portant composition de ses membres. Ce Comité de gestion composé de cinq (5) personnes tous ressortissants du Borkou est rattaché directement à la Direction Générale des Grands Travaux Présidentiels.

Pourquoi, le président a attendu après 25 années afin de prendre cette décision ? C’est la question que chacun se pose, mais si réellement Deby veut investir dans le Borkou, tant mieux et bravo ! d’ailleurs, aucun kopeek n’est versé au profit dudit Comité. Et si cette volonté n’est pas un calcul politique à l’approche des échéances électorales futures, je crois que la population du Borkou n’est pas dupe. Nonobstant, pour de raisons inconnues, le régime de Deby manque une volonté politique à l’endroit de cette partie du Tchad où les ressortissants de cette région sont absents dans tout le sillage de l’Etat. Le cas des militaires n’en parlons pas, la région de Borkou ne compte que trois ou cinq généraux qui sont d’ailleurs certains sont mis à la retraite anticipée, alors que dans d’autres cieux même les adolescents de vingt ans sont promus généraux. Ces militaires officiers, sous-officiers et soldats qui ont rendu tant de sacrifice pour leur pays ont été humiliés et radiés à Moussoro. Aujourd’hui, ils sont abandonnés à leur triste sort sans salaire et pansions militaire bravant ainsi les dures épreuves de la vie. Les cadres de la région sont aussi oubliés et ils sont marginalisés sous prétexte qu’il n’y a pas des cadres au Borkou à chaque fois qu’un débat se fait sur le Borkou. Souvent on leurs colle l’étiquette de division entre ces cadres. C’est une fausse défiguration à l’endroit de l’intelligentsia du Borkou. C’est le cas aussi des partis politiques. Pourquoi n’y a –t-il pas des partis politiques dans le nord à l’instar des autres régions ? Le nord est tout bonnement une propriété privée pour Idriss Deby Itno. Et, personne n’a le droit de créer un parti politique ni lever le petit doigt pour contester son pouvoir.

Pauvre Nord !

Voilà le réel problème de l’ère. La preuve en est aussi le sort douloureux de docteur Gueti Mahamat (paix à son âme) décédé dans des circonstances non élucidées et que son parti PDA n’est qu’un souvenir récent. Un homme politique de l’histoire contemporaine disait : « les leaders les plus avisés ont des ministres compétents, il est facile de se sentir menacé par quelqu’un de jeune, intelligent, talentueux, travailleur et que tout le monde aime bien – pourtant c’est exactement de gens comme ça que vous devez vous entourer ». En jetant un regard rétrospectif sur la composition des membres des gouvernements du Tchad qui se sont succédé depuis l’avènement du MPS, nous constatons avec regret que vous ne trouveriez pas un seul ministre du Borkou qui a rendu valablement des services à cette région.

D’ailleurs, ils ignorent les vrais problèmes qui minent cette région.

Ces personnes, des coquilles vides choisies par le régime sur des critères de la médiocrité et de la bouffonnerie ne sont que des bénis oui-oui.

Ils sont là tout justement au service dd’autrui que de la région. Ces nocifs politicards à col blanc et aux souliers mal cirés, soit disant représentants du Borkou ne font que la politique de leurs ventres et de ceux leurs proches. Ils sont la source de tous les maux et ils sont responsables du sous-développement décriant que sévit actuellement dans la région.

Ces hasardeux politiques, promus accidentellement aux postes ministériels instaurent un climat de méfiance et de haine au milieu de la jeunesse pour leur sale besogne. Ils entretiennent un lobby auprès de Deby pour contrecarrer les jeunes, qui pour eux menacent leur « kawal ». Ils sont manipulés comme les pions d’un jeu d’échec par le système du parti au pouvoir. Ces présumés hommes politiques du Borkou, qu’en ont-ils fait concrètement à Faya ? Rien, rien et rien du tout ! Ils n’ont même pas investis dans leur région de Borkou, alors qu’à N’Djamena, ils ont construit des somptueuses villas et aménagé des grands champs à perte de vue dans les périphéries. N’en parlons pas pour nos députés « décrétés » du Borkou, ils ne représentent rien, même pas leurs familles et ils sont ignorants des problèmes que rencontrent quotidiennement leurs « électeurs ». Ils n’ont aucun pouvoir et moyens d’intercéder au profit de la population. Ils courent tout le temps derrière leurs indemnités de sujétion à l’Assemblée. Un élu du peuple, c’est quelqu’un qui défend les intérêts de sa circonscription dont il est élu, il doit jouer un rôle de porte-parole auprès du gouvernement et il doit être constamment en contact avec les ressortissants de sa région, mais hélas ! Ce n’est pas le cas chez les députés du Borkou, ils n’existent nulle part, ni à l’Assemblée, ni dans la région. Au niveau du gouvernorat de la région, n’en parlons pas.

Aujourd’hui à Faya, dans l’administration publique tous les postes de responsabilités administratives sont tenus par des semi-analphabètes qui gèrent la chose publique comme leur propre famille en foulant au pied les lois et les textes de la République. Ils arnaquent les pauvres citoyens sans vergogne. Pourquoi cette ségrégation politique à l’égard de la région du Borkou ? Pourtant des cadres intègres issus de cette région ne manquent pas et qui sont prêts à rendre service à la région. En ce qui concerne le volet économique, c’est le blocus total. L’installation de plusieurs barrières militaires sur tous les axes conduisant à la Libye pour en faire un embargo économique sur Borkou, car la plupart des denrées alimentaires proviennent de la Libye. Les taxes douanières sont rendues rigides pour décourager les petits opérateurs économiques à importer les denrées de première nécessité.

Le dédouanement d’un véhicule en provenance de la Libye coûte 6 500 000 à Faya, alors qu’à Zouar 2 500 000 et Amdjaress à 1 500 000. Un véhicule arrive à Zouar pour aller dans une autre destination, on lui délivre un Laissez-passer, mais si le propriétaire envisage d’aller à Faya, il est obligé de faire le dédouanement sur place. Le pauvre citoyen souffre des mesures draconiennes prises par Salay Deby. Tout véhicule en provenance de la Libye est saisi et envoyer directement à Ndjamena sans aucune procédure douanière et ledit véhicule est considéré comme saisie de la douane. Cet embargo pèse lourdement sur le trésor régional de Faya qui n’arrive pas à payer les fonctionnaires sur place qui connaissent malheureusement des arriérés de salaire. C’est le cas aussi de l’opération « BARKHANE » mise sur pied avec l’influence de la France sous prétexte de lutter contre les narcotrafiquants et les terroristes. Les premières victimes par les drones de Barkhane sont d’ores et déjà annoncées.

L’opération militaire Barkhane n’est pas dans l’intérêt de la population du nord, quand on connait déjà des opérations militaires similaires de l’armée française des années 70 qui avait pris en otage cette région en empoisonnant des points d’eau et en incendiant des palmeraies avec des bombes napalm. Cette politique de terre brûlée risque de peser lourdement sur la population autochtone. Le nord n’a pas besoin de BARKHANE et non plus des « gobby » foulés nos terres. Les massacres de ZOUI, KOURRERI, OGUI et BOUDO de 1972 par les paras militaires français restent des souvenirs inoubliables qui restent toujours dans la mémoire de nos parents. Quant au Président de la République contrairement à quelques griots dont leurs influences ne dépassent pas leur propre concession, aux origines douteuses pour ne pas dire minables que sa politique de mise en quarantaine de la région du Borkou se traduit par une épée enfoncée dans nos cœurs et dans nos plaies encore béantes. Comme dit l’éditorialiste du journal « La Voix » : « Ces gens, toujours disposés du pays à participer auprès du chef de l’Etat et à proposer leurs services pour résoudre certaines situations ne sont en effet là que pour protéger leurs intérêts, ceux des leurs privilèges en mentant sciemment à Deby ». Victime d’un complot ourdi et d’une politique d’exclusion prônée par un régime qui cherche à lui réduire à néant depuis 25 ans, la population du Borkou résiste et résistera comme toujours avec courage et abnégation à toutes les tentatives visant à lui ternir son image et de blesser son âme. D’autres détracteurs ont aussi tenté par le passé cette mésaventure et ils sont restés sur leur soif. Aucune force au monde ne peut mettre à genou la population du Borkou et bafouer ses droits.

 

DELEMI Koukoudow

Adresse : N’Djamena – TCHAD

Email : koukoudow1982@hotmail.fr

 

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