« Pas d’élections sous la supervision de l’ONU », répond le gouvernement tchadien à l’opposant Succès Masra, qui, le 19 avril 2023 sur notre antenne, proposait que la prochaine présidentielle soit certifiée par les Nations unies. Entretien avec Aziz Mahamat Saleh, le ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement. En ligne de Ndjamena, il s’exprime aussi sur les efforts du président de la transition tchadienne pour faire cesser la sanglante bataille de Khartoum.

RFI : Aziz Mahamat Saleh, à la suite des graves événements du 20 octobre 2022, qui ont fait 128 morts selon la Commission nationale des droits de l’homme, plusieurs centaines de manifestants présumés ont été arrêtés et 259 d’entre eux ont été graciés et libérés ce 8 avril. Mais, selon l’opposition, il en reste des centaines d’autres qui sont toujours en prison ?

Aziz Mahamat Saleh : Je pense que c’est une extrapolation de chiffres. Le gouvernement parle avec exactitude de 259 personnes qui ont été graciées et de plus de 200 qui sont dans les prisons, mais pour lesquelles la procédure judiciaire n’est pas finalisée. On ne peut gracier que quelqu’un qui a été déjà condamné. Puisque ces personnes n’ont pas encore été jugées, elles le seront. Et, à ce moment-là, l’opportunité ou non de la grâce, qui est un élément discrétionnaire du chef de l’État, interviendra. Donc, je crois que c’est chaque chose en son temps.

Pourquoi aucun responsable des forces de l’ordre n’a été poursuivi par la justice ?

Les responsables des forces de l’ordre et de sécurité, pour certains, ont été interpellés. Ça, il faut le reconnaître. Autre élément, ce sont des personnes qui n’ont pas été identifiées, qui étaient en civil, et qui ont été recherchées par la suite. Et comme peut-être aussi les commanditaires, elles ont fui le pays pour certaines. Donc, pour cela, il y a des recherches en cours avec même les pays voisins. Le gouvernement l’a toujours dit, les responsabilités devront être situées d’où qu’elles viennent et à ce niveau-là aussi.

À l’occasion de son passage en France cette semaine, le chef de l’opposition tchadienne Succès Masra propose un accord de réconciliation nationale fondé sur des élections transparentes, certifiées par les Nations unies, comme en Côte d’Ivoire par exemple en 2010. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je suis étonné que RFI donne le titre de chef de l’opposition à Succès Masra, mais qu’à cela ne tienne. Ce n’est pas seulement une critique acerbe qui permet d’avoir le titre de chef. Le chef de l’opposition est fixé dans le cadre de la Constitution tchadienne. Donc, je ne pense pas qu’il y ait un focus sur uniquement un parti nouvellement créé.

Des élections transparentes certifiées par l’ONU. Qu’en pensez-vous ?

C’est d’abord aux Tchadiens d’organiser leurs élections. Je ne pense pas que le Tchad doit être mis sous mandat des Nations unies, comme certains le demandent. Le dialogue national a demandé plus de souveraineté aux Tchadiens. On ne peut pas aujourd’hui en retirer plus aux Tchadiens. C’est souverainement que les Tchadiens doivent décider de leur avenir : est-ce que c’est un État fédéral qu’ils veulent, un État unitaire ? Il faut qu’il y ait des élections qui soient crédibles, qui soient acceptées par tout le monde.

Pour faire cesser la bataille de Khartoum, le président Mahamat Idriss Déby a téléphoné au général Abdel Fattah al-Burhan et au général Hemedti. Qu’est-ce que ces deux appels ont donné ?

Le président a beaucoup insisté et ce n’est pas seulement par ses coups de fil. Il avait déjà convié il y a un mois les deux protagonistes au Tchad et les deux sont venus tour à tour. Et cela a été toujours le même message : « Préservons la paix, entendons-nous », parce que déjà on voyait les velléités au niveau du Tchad. On connait mieux que quiconque la situation au niveau du Soudan. Donc le chef de l‘État avait demandé à ce que justement, il n’y ait pas de conflits et que la transition soudanaise aille jusqu’à son terme. Ça a été toujours cela, et c’est la même chose qu’il a demandée hier lorsqu’il y a eu ces affrontements : c’est qu’il y ait un arrêt de ces affrontements et qu’on protège notamment l’aéroport et les endroits stratégiques au niveau notamment de Khartoum pour qu’il n’y ait pas d’affrontements en son sein et qu’il y ait un arrêt des hostilités. Il a déjà appelé deux fois les deux protagonistes, il est en contact permanent avec eux, il les connait personnellement. Et il y a des chefs d’État qui veulent même aller sur place. Je crois que le Tchad aussi. S’il en a l’opportunité, il ira sur place pour qu’on puisse réellement parler et voir d’abord ce que les Soudanais peuvent faire pour arrêter les combats. C’est dans un premier temps, l’arrêt des combats qui est d’abord la priorité et ensuite je crois que le dialogue devrait être à l’ordre du jour.

Est-ce qu’un cessez-le-feu est possible dans les prochaines heures ?

Il y a de bons espoirs puisque le président est en contact permanent avec tous les belligérants. On a bon espoir, avec tous les appels qui sont lancés, à ce que dans les plus brefs délais, il puisse y avoir un cessez-le-feu.

Et d’après vos informations, qui prend le dessus en ce moment sur le plan militaire ? Ce sont plutôt les Forces armées soudanaises ou plutôt les Forces de soutien rapide ?

Le Tchad, sur ce point, a une position de neutralité absolue quand bien même nous avons des connivences assez importantes et, sur cela, la condition, c’est de dire qu’on ne voudrait pas voir l’un prendre le dessus sur l’autre puisque de toute façon, ce serait le Soudan qui serait perdant quels que soient les résultats. Sur cela, le Tchad a la neutralité la plus absolue, il ne fait qu’observer la situation.

Il y a la bataille de Khartoum et il y a aussi des conflits dans les provinces frontalières du Tchad, à savoir les trois provinces du Darfour. Est-ce que cela ne vous inquiète pas aussi beaucoup ?

Bien sûr. C’est très inquiétant. Le Darfour est voisin du Tchad. Et c’est la guerre du Darfour qui a fait ramener près de 400 000 réfugiés dans les années 2000. Et donc, toute la frontière a été sécurisée avec un dispositif militaire très important qui a été déployé pour éviter les débordements. Quand bien même il y en a déjà quelques-uns, puisqu’il y a même quelques forces de sécurité qui ont été recueillies et désarmées au niveau du territoire tchadien.

C’est-à-dire que des militaires des forces régulières soudanaises se sont réfugiées au Tchad ?

Ce sont des militaires. L’identification n’a pas encore été faite, de quel bord ils sont. Quelle que soit leur nature, ils sont évidemment pris en main et secourus autant que possible. C’est pour cela que le Tchad a tout intérêt à ce que la guerre s’arrête au plus tôt.

RFI

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