Décidément au Salamat les habitudes sont immuables et certains hommes têtus ! Le Chef de l’État, pour mémoire, lors du cinquantenaire du Park national de Zakouma, a intimé l’ordre aux fils des cantons Salamat et Hémat de s’entendre et d’oublier leurs querelles intestines. Il a même proposé un forum de réconciliation entre tous les fils de la région.

 

Ce forum a bel et bien eu lieu. Les travaux dudit forum ont été déclarés ouverts par le Chef de l’État en personne, mais peine perdue le sang a coulé au Dar Salim et au Dar Kibet justes après. Après le nouveau découpage territorial, il a été créé un nouveau canton Salamat 2 à la tête duquel fut nommé le richissime homme d’affaires Ousman Ali Fadel oncle paternel de l’actuel chef de canton Salamat 1.

 

Première anomalie à notre sens, car cette décision a été prise sans aucune étude sociologique de terrain. C’est comme si un président de la République divise le Tchad en deux et devient président du Tchad 1 et nomme son frère président du Tchad 2. Nous faisons cette analogie-fiction pour que le lecteur comprenne ce qui se passe. « Le gâteau étant trop gros, partageons-le entre nous avant que les autres s’en rendent compte ». Voilà en quelque sorte ce qui s’est passé. Mais me direz-vous : ont-ils décidé de tout cela tous seuls ? Bien sûr que non. C’est avec la bénédiction de l’administration territoriale. Pourtant les vrais fils du terroir Salamat sont là et surtout las de cette injustice qui dure depuis des lustres. Si un canton Salamat 2 doit exister c’est bien aux Oulad Dhaka descendants de Balloul et de son fils Diaab vrais aïeux de la tribu Salamat qu’il doit être attribué pour leur rendre justice et surtout réparer le tort….

 

Venons-en aux faits puisque nous parlions ci-haut de risque de rififi. Début mois de mai monsieur Ousmane Ali Fadel se rend à Am-timan et fait une tournée dans les villages de sa nouvelle circonscription, quoi de plus naturel si l’administrateur traditionnel veut se rapprocher de ses administrés.

 

Pendant cette tournée, il va dans deux villages à savoir Affous et Bir Tagal qui administrativement et géographiquement ne se trouvent pas dans l’ancien canton Salamat de feu son père Ali Fadel, mais bel et bien en territoire Hémat. Il veut implanter le siège de son nouveau sultanat, euh excusez du peu ! Son nouveau canton dans ces deux villages jumeaux. Les habitants mécontents et surtout avertis ont protesté mains nues contre cette énième tentative de spoliation de leurs terres par la famille Fadel.
 

Le 25 mai 2015, les chefs de villages Affous en la personne de Mahamat Saleh Tidjani et celui de BIR Tagal Ali Hamdane sont arrêtés, conduits et mis en garde à vue à Am-timan. Le 30 juin 2015, trois autres villageois les rejoignent manu militari. Il s’agit cette fois-ci de Issa Oumar, Ahmat Abdelkérim et Ahmat Ali Hamdane. Cette garde à vue a duré plus d’un mois (mois de Ramadan y compris) puis un simulacre de procès fut organisé et les pauvres paysans condamnés à cinq ans d’emprisonnement ferme pour rébellion contre, son altesse le chef de canton avec cent cinquante mille francs d’amende, chacun. La messe est dite, rompez les rangs. Les habitants de ces deux villages n’ont que les creux de leurs mains pour recueillir leurs larmes. Ainsi va la justice des riches ! Et tout ceci s’est passé sous le nez et la barbe du gouverneur de la région. Non, la messe n’est pas tout à fait dite. Il reste un recours. Les parents d’Am-timan font appel de cette décision à la cour d’appel d’Abéché. Obtenir le document de l’appel fut un autre parcours du combattant, mais ils ont fini par l’avoir. Il y a alors un brin d’espoir. Non, c’est sans compter avec les intrigues du richissime chef de canton. Les détenus, hormis Issa Oumar tombé malade suite aux tortures et hospitalisé, sont alors mis dans un véhicule et direction Korotoro !

 

Eh oui Korotoro et ce malgré appel interjeté ! Les autorités administratives actuelles d’Am-timan savent qu’une fois ces paysans à Korotoro il sera difficile au tribunal d’Abéché de se déplacer là-bas et organiser des audiences foraines, car cela nécessitera beaucoup d’argent et qui payera la note ? Surtout pas les habitants d’Affous et Bir Tagal qui ne vivent que de labour. Issa Oumar a rendu l’âme ce jour 06 août 2015 de suite de maltraitance à l’hôpital d’Am-timan. « Nous sommes à Dieu et à lui nous revenons ». C’est le premier martyr de la barbarie d’Ousmane Ali Fadel, chef de canton Salamat 2. Les ressortissants de ces deux villages vivants à N’Djamena alertés accourent au Ministère de la Justice et rencontrent quelques autorités, d’ailleurs surprises par cette mascarade. Séance tenante ordre fut donné au même procureur qui a signé l’acte de transfèrement à Korotoro d’intercepter le véhicule à Mongo, faire descendre les occupants à la maison d’arrêt de Mongo en attendant la session d’appel qui va siéger à Abéché concernant cette rocambolesque affaire et que surtout ces pauvres villageois ne soient plus ramenés à Am-timan où leurs bourreaux peuvent leur faire subir les pires des supplices devant l’échec de cette machiavélique et ignoble cabale.  

 

Mais qui sont les ressortissants de ces deux villages ? En fait, ce sont des Arabes Kolomat et leurs sous clans Bidéyaat, Oulad Douda, Oulad Nouara, Oulad Al Hadj, Ambress et Oulad katourwa installés depuis 1923 dans cette région par l’ancien chef de canton d’Am-timan et du Barh Azoum feu le cheikh Ahmat Ould Gamar sous le conseil de l’autorité coloniale à cause d’un conflit surgit entre lui et le chef de canton Salamat Fadel Adjidey.

 

Les Kolomat avaient pour terroir des villages qui après nouveau découpage colonial se retrouvaient en zone Salamat sous l’autorité de Fadel Adjidey. Le reste de l’histoire est facilement imaginable. Vous parents de cheikh Ahmat Gamar vous êtes dans mon territoire alors vous allez payer le pot cassé de ma mésentente avec votre fils de chef de canton Hémat. Ce fut une punition collective. C’est ainsi que voyant les comportements dégradants infligés aux siens, le cheikh Ahmat Gamar s’en plaignit auprès de l’autorité coloniale qui lui a conseillé de délocaliser ses parents pour les installer dans son propre territoire à savoir le canton Hémat dont il avait la charge. Tous les parents d’Ahmat Gamar n’ont pas fait cet exode forcé. Certains sont restés dans le canton Salamat et leurs villages sont connus et existent de nos jours.

 

Les événements de ce genre font légion dans la région du Salamat et les autorités du Ministère de l’Intérieur et de la sécurité publique doivent agir de façon prompte et énergique pour éviter que la situation ne dégénère. Faites un tour dans le Salamat profond et vous comprendrez qu’une bombe à retardement est enfouie sous terre. En effet, rares sont les villages dotés d’une école, d’un centre de santé ou d’une piste d’accès aux grands axes routiers pour écouler le produit de leurs récoltes quand on sait le Salamat constituent le grenier du Tchad. Ceci est savamment orchestré par les chefs de canton dont les fils sont instruits, mais interdisent aux autres d’avoir accès à la connaissance sous prétexte que si vous laissez les enfants de nos administrés s’instruire nos arrières petits fils ne pourront plus diriger. Quel égoïsme ! La seule solution, depuis presque un siècle, pour ces habitants persécutés est le départ au Soudan ou en RCA raison pour laquelle les retournés du conflit de la RCA sont à presque 70 % originaires du Salamat et 90 % de ces 70 % sont du canton Salamat. CQFD ! Enfin, comment organiser la fête de la démocratie et de la liberté à Am – timan dans ces circonstances ? Comment faire du Salamat un véritable pôle d’agriculture et d’élevage pour parvenir à l’autosuffisance alimentaire au Tchad ? Voilà le véritable défi de l’administration territoriale, car son Excellence Monsieur Le Président de la République a ordonné qu’il y ait la paix des cœurs dans cette partie du Tchad. À vous autorités administratives de mettre cela en œuvre sinon l’histoire vous retiendra.  

 

Ne permettez plus que des pauvres paysans soient opprimés et désabusés et tués par ceux qui prétendent les représenter.  

 

Trop, c’est trop.

À bon entendeur, salut ! 

Ibethin Issa

Téléphone: 93 741 356

Email : youssoufikhlas@yahoo.fr

 

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