L’histoire d’un palais

La France impériale, voulant se tailler un empire mondial, a participé activement à la conférence de Berlin (1884-1885) et depuis lors a jeté son dévolu sur la conquête de l’Afrique. Le 22 avril 1900, son armée a livré bataille, à Kousseri, territoire Allemand, à Rabah, un autre conquérant venu du Soudan, pour se tailler aussi un empire sur l’espace tchadien. Les deux chefs militaires (Rabah et Lamy) trouvèrent la mort, lors de cette bataille.

L’armée française traversa le fleuve Chari et enterra le Commandant Lamy, en face de l’ancien Musée national, mitoyen de l’ancien bâtiment de la fonction publique. La France construisit un fort militaire qui fut nommé au nom du Commandant Lamy et qui deviendra aussi le nom de la capitale tchadienne bâtie sur le même espace.

L’armée française continua sa conquête de l’espace tchadien et arriva aux portes de la ville d’Abéché, neuf ans plus tard, en juin 1909. Après un combat épique, le Sultan du Dar Ouaddai, Mahamat Saleh Doudmourrah, fut vaincu et sa capitale prise. Il entama une résistance contre l’envahisseur jusqu’en 1912. Affaibli, il se rendit et fut exilé à Fort-Lamy et installé, lui et tous ceux qui lui sont restés fidèles, dans le quartier que les Ouaddaiens ont dénommé Mardjan-Daffack (les perles sont tombées par terre). À sa mort, fidèle parmi les fidèles, Aguid al Djaatné Abdallah Mahamat Al Hariri ramena sa dépouille mortelle à Ouara et l’enterra dans le carré réservé aux monarques de l’Empire du Ouaddai.

Quand l’armée française prit la ville d’Abéché, elle fit dissoudre l’Empire du Ouaddai et détruisit le palais royal, non sans avoir pris les soins de le piller de tous les biens précieux qu’il contenait et notamment les tapis qui ornaient les dix-huit salons du palais. On parle également de l’or, des perles précieuses, des bijoux et d’autres biens de valeurs contenus dans ce majestueux palais, construit après celui de Ouara. Le palais royal détruit par l’armée française était situé sur l’actuel emplacement du centre administratif de la ville d’Abéché où sont construits la Mairie, la Radio Abéché, le garage administratif, la maison d’arrêt, etc.

Le royaume fut réhabilité en 1934 et Mahamat Arada (connu sous Ourada) fils du Sultan Brahim Youssouf Mahamat Saleh Chérif (1898 -1901) fut intronisé Sultan du Dar Ouaddai.

À son arrivée à Abéché en 1934, le palais royal ayant été détruit par la colonisation française, il posa ses valises dans la cour de Abdallah Mahamat Al-Hariri, Aguid al Djaatné. Ce dernier, par respect au nouveau Sultan, lui céda sa maison et s’installa ailleurs.

Le nouveau monarque construisit, sur l’endroit que lui a cédé Aguid al Djaatné Abdallah, un nouveau palais royal et une école royale où furent regroupés tous les enfants de la notabilité Ouaddaienne pour y être éduqués.

Le Sultan Mahamat Ourada a construit ce palais avec ses deniers. Après sa mort, en 1945, y vécurent d’abord son cousin le Sultan Ali Silek Mahamat Saleh Doudmourrah (1945-1977), puis Brahim Mahamat Ourada (1977 -2004) et enfin Mahamat Ourada II (2004 – à nos jours).

Pour rappel quand le Tchad accéda à l’indépendance, le 11 août 1960, des accords importants ont été signés entre la France et la République du Tchad. Parmi les documents signés figure toute la liste des bâtiments administratifs cédés par la puissance coloniale française à la jeune République du Tchad, avec Titres fonciers numérotés détenus au service du Domaine sous la protection du conservateur national, au ministère des Finances.

Les titres fonciers des bâtiments dont la France avait besoin pour son usage personnel au Tchad sont conservés à Bercy (Paris) par le Gouvernement français. Certains bâtiments viennent d’être rétrocédés au Gouvernement tchadien, lors des négociations des sessions des commissions mixtes entre les deux pays.

Sur quelle base juridique légale se fonde le Président Deby pour déposséder la famille Ourada du Palais de Djatinié ? Le Gouvernement tchadien détient-il le titre foncier du Palais royal de Djatinié que lui aurait cédé l’État français lors de l’indépendance ? Dans ce cas que le Conservateur Foncier exhibe ce titre foncier du palais royal d’Abéché qu’il conserve par-devers lui pour justifier l’appartenance de ce bien domanial à l’État tchadien. Le propriétaire du Palais royal d’Abéché (le Sultan Mahamat Ourada) ou ses ayants droit l’ont-ils offert à l’État tchadien ? Dance ce cas, qu’on montre alors à l’opinion nationale l’acte par lequel le bien a été légué à la nation tchadienne.

S’il n’existe aucun document qui justifierait la saisie du Palais royal construit par le Sultan Mahamat Ourada, avant l’indépendance du Tchad, la tentative du Président de la République Idriss Deby Itno et de son Gouverneur Ramadan Erdoubou de vouloir chasser les enfants du Sultan Mahamat Ourada de ce palais, de se l’approprier pour l’offrir à une tierce personne ressemble fort bien à un acte illégal, assimilable à un abus de pouvoir et qui pourrait être qualifié à un fait de prince. On a vu, déjà à Abéché, le Président Deby arracher de force l’école coranique du Cheikh Tahir Abdelgahni. Les Abéchois en particulier et les Ouaddaiens en général sont donc les victimes expiatoires des violations répétitives de leur droit par le pouvoir politique MPS du Président depuis trente (30) ans.

Telle fut également la désignation par décret du nouveau Sultan, en violation des dispositions de la Loi organique n° 13, promulguée par le Président Idriss Deby, le 25 aout 2010, et qui dispose en son article 26 que : « En cas de décès, de destitution, de démission ou d’incapacité physique ou mentale d’une autorité traditionnelle et coutumière, il est procédé immédiatement et provisoirement à son remplacement par un membre de la lignée choisi par le conseil de famille.

Les consultations nécessaires pour la désignation d’une nouvelle autorité sont organisées dans un délai n’excédant pas trois mois.

En cas de désaccord au sein de la famille titulaire de ce droit, une élection est organisée pour le choix de la nouvelle autorité. »

En voulant chassant les enfants Ourada de leur palais, le Président Idriss Deby Itno, une fois de plus, a fait couler le sang des Ouaddaiens, certains en sont morts et parmi les victimes on dénombre un enfant.

Pourquoi tant de haine et de rancune contre une communauté nationale ?

Mahamat-Ahmad ALHABO. Secrétaire général du Parti pour les Libertés et le Développement (PLD).

Tchadanthropus-tribune

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  • C’est tres juste. tel que je le lis, cette chefferie du Ouaddai est un patrimoine que le Tchad ne peut pas ne pas conserver. Deby continu sa divagation avec ses methodes d’arnaques et de banditisme du grand chemin. Un jour le ciel va s’ouvrir aux Tchadiens

    Commentaire par vainto le 18 mars 2020 à 10 h 44 min