Le président de la transition du Tchad a pris ce 23 janvier la direction de Moscou, où il doit rencontrer son homologue russe, Vladimir Poutine. Une visite symbolique, mais aussi et surtout stratégique.

Mahamat Idriss Déby Itno a quitté N’Djamena ce 23 janvier, direction Moscou, la capitale russe. Accompagné, entre autres, de son ministre des Affaires étrangères, Mahamat Saleh Annadif, il répond ainsi à l’invitation de son homologue Vladimir Poutine, avec qui un entretien est prévu. Selon nos informations, les sujets au menu des discussions entre les deux hommes seront avant tout d’ordre sécuritaire.

Matériel aérien russe

Si le Tchad accueille encore sur son sol des éléments de l’armée française, ses propres forces – notamment aériennes – sont en bonne partie équipées de matériel venu d’Europe de l’Est et de Russie. Au-delà du contexte politique international, qui voit la Russie s’opposer à un bloc occidental depuis son invasion de l’Ukraine en février 2022, les deux pays se doivent de maintenir un haut niveau de coopération militaire.

Toutefois, N’Djamena cherche également à nouer de bonnes relations diplomatiques avec Moscou, dont les liens et les intérêts chez les voisins centrafricain et nigérien – mais aussi libyen et soudanais – apparaissent déjà forts. Hasard du calendrier, le séjour de Mahamat Idriss Déby Itno à Moscou a été précédé par celui du Premier ministre du Niger, Ali Lamine Zeine, qui s’est rendu en Russie quelques jours plus tôt afin de rapprocher encore Niamey et Moscou.

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« Mahamat Idriss Déby Itno – comme son père [l’ancien président Idriss Déby Itno] avant lui – sait que la Russie est devenue incontournable dans la région, grâce à son influence en Centrafrique et au Sahel, via le Mali, le Burkina Faso et, maintenant, le Niger », explique un diplomate à N’Djamena. Et d’ajouter : « Le chef de l’État doit maintenir une bonne relation diplomatique et ne pas se laisser enfermer dans le conflit entre les Occidentaux et la Russie autour de l’Ukraine. »

Cette visite du président de la transition tchadienne est à l’étude depuis plusieurs mois. « Il a depuis un moment en tête que si les Français ne jouent pas le jeu avec lui, il aurait peut-être un intérêt à se tourner vers la Turquie ou la Russie, glisse l’un de ses anciens collaborateurs. Certains membres de son entourage l’avaient dissuadé de franchir ce pas diplomatique. »

Présidentielle à venir

Selon nos informations, Mahamat Idriss Déby Itno s’était dans un premier temps laissé convaincre de ne pas faire le voyage lui-même, mais de déléguer à Moscou des collaborateurs afin d’étudier la faisabilité et les risques d’un rapprochement tchado-russe. À l’initiative d’autres proches favorables à un éloignement d’avec la France, le dossier de sa visite en Russie serait ensuite revenu sur la table sitôt la nouvelle Constitution tchadienne adoptée, à la fin de décembre 2023.

Ce séjour a notamment été préparé par l’ambassadeur du Tchad en Russie, Mahamoud Adam Bechir. Celui qui fut le représentant de N’Djamena aux États-Unis, où il a ensuite été accusé de corruption, entretient depuis son entrée en poste, en décembre 2019 à Moscou, de bonnes relations avec Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre des Affaires étrangères et conseiller spécial de Vladimir Poutine chargé des relations Africaines et du Moyen-Orient.

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Ce voyage russe intervient enfin dans un contexte national tchadien marqué par l’approche de la future élection présidentielle, laquelle pourrait être organisée dès le premier semestre de 2024. Une partie de l’opposition, et notamment la coalition Wakit Tamma, reproche en effet à la France de s’ingérer dans les affaires du pays et de soutenir un projet dynastique de la famille Déby Itno.

Dans la même veine, une Coalition contre l’impérialisme et l’ingérence extérieure a également été créée le 22 janvier dernier par le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). « Mahamat Idriss Déby Itno voit sans doute aussi dans cette visite à Moscou l’opportunité de montrer qu’il n’est pas lié aux Français et qu’il peut se détacher des volontés de la France en se rapprochant de la Russie », conclut un proche de l’opposition.

JEUNE AFRIQUE

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