Exilé en Biélorussie et incertain quant à l’avenir de son empire, Evgueni Prigojine peut s’appuyer sur de précieux collaborateurs sur le continent, notamment au Mali et en Centrafrique. Combattants, propagandistes ou ingénieurs, voici les « Africains » du chef de Wagner.

En situation délicate depuis sa rébellion avortée contre le régime de Vladimir Poutine, les 23 et 24 juin dernier,Evgueni Prigojine compte probablement plus que jamais sur ses activités en Afrique pour rebondir. Selon les estimations, il aurait toujours entre 3 000 et 4 000 hommes en Libye et au Soudan, mais surtout en Centrafrique et au Mali. Dans le cadre de ses opérations sur le continent, il est conseillé par plusieurs de ses collaborateurs historiques, à commencer par Dmitri Utkin, le commandant militaire de Wagner.

Néo-nazi revendiqué arborant des tatouages de la Waffen SS à la base du cou, cet ancien lieutenant-colonel du renseignement militaire russe (GRU) est intervenu sur presque tous les terrains d’opération du groupe depuis 2015, de l’Ukraine à la Centrafrique en passant par la Libye ou le Soudan. D’après certaines sources, c’est lui qui aurait mené la colonne de Wagner qui montait vers Moscou, le 24 juin.

Dans chacun des pays du continent où ses hommes sont déployés, Evgueni Prigojine s’appuie sur des compatriotes aux profils variés. Et chacun d’eux, dans son domaine – militaire, minier ou informationnel –, veille à y faire prospérer les activités de leur patron.

Passé par la légion étrangère française, Vitali Perfilev combat dans les rangs de Wagner depuis de nombreuses années. Ce « grand blond », comme le décrit l’un de ses contacts, a ainsi opéré en Syrie, où le groupe s’est engagé dès 2015, avant de connaître le théâtre centrafricain. À Bangui, il a d’abord agi dans l’ombre de Valery Zakharov,puis il a pris la tête des combattants d’Evgueni Prigojine et est devenu le conseiller en sécurité du président Faustin-Archange Touadéra.

Il est aujourd’hui celui qui dirige les opérations de sécurité, en lien avec le ministre de la Défense, Jean-Claude Rameaux Bireau, et celui de l’Élevage et de la Santé animale, Hassan Bouba, ex-bras droit d’Ali Darassa. Avec plus d’un millier d’hommes sous ses ordres, ce francophone (avec une pointe d’accent) ne passe pas inaperçu à Bangui. Il y fréquente volontiers les restaurants et apprécie les ambiances festives et le karaoké.

Surtout, il reçoit les officiels centrafricains et ses partenaires d’affaires à son bureau du camp militaire de Roux ou à son cabinet de travail, situé près de la présidence. Le Russe est régulièrement accompagné de Dmitri Sytyi, qui gère quant à lui plus particulièrement les opérations civiles de Wagner en Centrafrique. Il n’hésite pas non plus à prendre l’avion vers certaines régions éloignées de la capitale. Sytyi a longtemps été présenté comme le traducteur de Valery Zakharov, le premier patron de Wagner à Bangui et ancien conseiller de Faustin-Archange Touadéra.

Mais ce jeune homme formé en France et en Espagne, parfaitement francophone, occupe une place bien plus importante dans l’organigramme des hommes de Prigojine en Centrafrique. Il est aujourd’hui celui qui contrôle les opérations de propagande, pro-russe et anti-française, en lien avec certains milieux médiatiques et associatifs locaux.

Surtout, il gère les activités annexes du groupe dans le bois, l’or, le diamant ou encore les spiritueux, notamment via la First Industrial Company, enregistrée à son nom. En collaboration avec deux hommes, Roman et Nikolaï, il assure le bon fonctionnement de l’infrastructure économique de Wagner entre Bangui et Douala, le port camerounais qui sert de plate-forme logistique aux éléments de Prigojine. Incontournable, il a été visé par une attaque au colis piégé en décembre 2022, qui l’a éloigné pendant plusieurs mois de la Centrafrique.

En contact direct avec Evgueni Prigojine et Dmitri Utkin, il est le chef de Wagner au Mali. Arrivé à Bamako dès mi-2021 pour préparer le déploiement de 1 400 mercenaires dans le pays, Ivan Aleksandrovitch Maslov, matricule M0514, est un ancien sous-officier des forces spéciales (les « spetsnaz ») de la marine russe.

Avant de prendre du galon et d’être choisi par Prigojine pour conduire ses opérations au Mali, Maslov a œuvré en Ukraine – où il est accusé par les services de renseignement ukrainiens d’avoir commis des assassinats dans la région de Louhansk – puis en Centrafrique.

Au Mali, ses mercenaires sont déployés aux côtés des Forces armées maliennes (Fama) dans le Centre et le Nord. Ivan Maslov travaille étroitement avec les officiers maliens, au premier rang desquels le général Alou Boï Diarra, le chef d’état-major de l’armée de l’air, son « référent » au sein de la junte au pouvoir à Bamako.

Très discret, Maslov a vu son nom étalé à la une de nombreux médias le 25 mai, lorsqu’il a été officiellement sanctionné par le Trésor américain pour ses activités au sein de Wagner. « En tant qu’administrateur principal de Wagner au Mali, Maslov s’est assuré de l’hébergement de ses forces déployées dans le pays. Il organise aussi des réunions entre Prigojine et des dirigeants de plusieurs pays africains, et a œuvré à la réalisation des intérêts du groupe Wagner dans le secteur de l’extraction », avaient affirmé les autorités américaines dans un communiqué.

Le 27 juin, le Trésor américain a adopté des sanctions contre un autre responsable de Wagner au Mali : Andrey Nikolayevich Ivanov. Selon Washington, il a travaillé « en étroite collaboration avec l’entité Africa Politology de Prigojine [la structure chargée de ses diverses opérations d’influence sur le continent] et de hauts responsables du gouvernement malien sur des contrats d’armement, des questions minières et d’autres activités du groupe Wagner au Mali ».

À Bamako, Ivan Maslov travaille par ailleurs avec Sergueï Bajoutkine, le directeur de la société Prime Security, la filiale montée localement par Wagner pour être payé par les autorités de transition maliennes – 10 millions de dollars par mois pour les 1 400 mercenaires.

Mikhaïl Potepkin est le directeur de Meroe Gold, une entité servant de couverture aux opérations du groupe Wagner au Soudan. Il est également l’un des cadres de M-Invest, la société mère de Meroe qui représente un rouage essentiel de la galaxie d’entreprises liées à Evgueni Prigojine, dont il est proche. Sous la direction de ce dernier, il a tissé des liens avec l’armée et les renseignements soudanais, obtenant pour son groupe la possibilité d’exploiter certaines mines d’or.

Mikhaïl Potepkin a travaillé main dans la main avec Andreï Mandel, dirigeant de M-Invest depuis 2017. Ce dernier a par ailleurs été dépêché à Bamako à la fin de 2021 pour y structurer les futures activités minières du groupe. Au Mali, Mandel s’est adjoint les services d’un géologue qui a déjà collaboré avec Wagner en Centrafrique : Sergueï Laktionov.

Assisté d’un certain Viktor Popov, Laktionov, francophone, a la responsabilité des opérations minières dans le pays. Arrivé mi-2021 pour y effectuer de premiers repérages, il tente depuis de récupérer plusieurs permis d’exploitation de mines d’or auprès des autorités maliennes, devant lesquelles il plaide pour un schéma de nationalisation des gisements.

En attendant de parvenir à établir un système d’extraction structuré et pérenne au Mali, Wagner y a créé deux sociétés minières (Alpha Development et Marko Mining) et s’est lancé dans l’orpaillage artisanal – investissant au moins trois sites au sud de Bamako – et dans le trafic d’or via Dubaï, plaque tournante de son commerce illégal.

Jeune Afrique

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