L’interdiction faite, le 2 octobre, par Alger, aux avions de l’opération Barkhane de survoler son territoire oblige les commandants de l’opération française au Sahel à modifier leurs plans de vol.

La fermeture, le 2 octobre, de l’espace aérien algérien aux avions militaires français est avant tout symbolique et n’impacte qu’à la marge les rotations aériennes de Barkhane. En effet, la plupart des avions militaires qui survolent l’Algérie en temps normal ne le font qu’en transit. Ces aéronefs, gros porteurs pour l’écrasante majorité, disposent d’une autonomie importante qui leur permet de modifier leurs plans de vol, même au dernier moment. Depuis le 2 octobre, ils opèrent un léger décrochement vers l’ouest (Maroc puis Mauritanie) ou l’est (Libye puis Niger) pour éviter l’Algérie.

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie interdit son espace aérien à la France. En janvier 2013, au moment du déclenchement de l’opération Serval, au Mali, l’Algérie avait déjà interdit le survol de son territoire aux Rafales de l’armée de l’air française. Une décision qui, à rebours de l’interdiction du 2 octobre, avait des conséquences opérationnelles lourdes.

Disposant d’une autonomie de carburant bien plus limitée que les gros-porteurs, les avions de chasse français avaient dû faire un crochet par l’ouest, et effectuer un vol de plus de dix heures avant de pouvoir se poser à N’Djamena. Le Centre de planification et de conduite des opérations avait alors jugé la décision d’Alger particulièrement préjudiciable à la bonne tenue des opérations.

Casse-tête à Tessalit

Depuis l’incident de 2013, Paris et Alger avaient néanmoins tissés de ténus liens opérationnels au Sahel, au point que la mission Barkhane est même venue se ravitailler en carburant à la frontière algérienne dans le cadre de certaines de ses opérations. Un atout décisif qui permet notamment de pouvoir fournir la base française de Tessalit en carburant sans organiser de convois depuis Gao.

Alger a aussi contribué à faire transiter du renseignement à plusieurs reprises, par des canaux directs ou indirects. Plusieurs cadres d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) sont dans le collimateur de l’Algérie, à l’instar de Iyad Ag Ghali, qui est longtemps parvenu à se réfugier le long de la frontière Malio-algérienne. Traqué, le chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) jouit depuis le mois de juin d’une liberté de mouvement beaucoup plus réduite.

La décision de fermer l’espace aérien aux avions militaires français fait suite à des propos du président français Emmanuel Macron qui a évoqué le 30 septembre dernier, devant plusieurs figures de la diaspora algérienne en France, qu’il existait en Algérie  » une rente mémorielle « , entretenue par  » le système politico-militaire « .

Tchadanthropus-tribune avec la lettre du Continent

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