En juillet, Prague a mené en Afrique de l’Ouest et centrale une vaste campagne pour vanter, auprès des états-majors, le savoir-faire des sociétés de défense tchèques. Dans l’ex-pré carré français, la concurrence s’internationalise à grands pas.

Mali, Burkina Faso, Ghana, Togo, mais aussi Cameroun et Gabon : telles sont les pays parcourus début juillet en Afrique de l’Ouest et centrale par une délégation de représentants de plusieurs poids lourds du complexe militaire tchèque. Sous l’impulsion du vice-ministre de la défense Tomas Kopecny, des sociétés du conglomérat Czechoslovak Group (CSG), Excalibur InternationalExcalibur Army et Retia, mais également les firmes DEFCONBowenite et Ceská Zbrojovka ont participé au projet PROPED de soutien à la diplomatie économique mis en place par Prague. Les intérêts tchèques dans les secteurs du pétrole et du gaz ainsi que des mines ont aussi été mis en avant.

Prospection tous azimuts

Pour l’industrie de défense de la République tchèque, déjà bien implantée au Nigeria, l’objectif est à la fois de consolider ses positions et de s’offrir de nouveaux débouchés, en particulier dans l’espace francophone qui présente d’importantes perspectives de croissance. Au Cameroun et au Gabon, Excalibur a proposé aux ministres de la défense respectifs des deux pays, Joseph Beti Assomo et Michael Moussa Adamo, des offres portant sur des véhicules blindés. Yaoundé et Libreville cherchent en effet depuis quelques mois à équiper leurs contingents engagés au sein de la Minusca, la mission de maintien de la paix onusienne déployée en Centrafrique. Alors que le président Ali Bongo vient de donner son accord pour acquérir quinze blindés Bastion via le français Sofema (AI du 17/06/21), le Cameroun a déjà réceptionné un important lot de véhicules blindés via la société OMP Solutions, pilotée par le général Dominique Trinquand.

En parallèle, la firme tchèque Retia, spécialisée en électronique et télécommunications, en a profité pour courtiser le chef d’état-major de la marine camerounaise, le contre-amiral Jean Mendoua, avec ses systèmes de radars maritimes. Celui-ci était déjà en contact avec le turc Havelsan dans l’idée de sécuriser les côtes du pays face à la piraterie, alors que Yaoundé peine à financer le renforcement de sa marine par ses propres moyens (AI du 25/06/21).

Des courtiers tchèques bien connectés

Autre société à avoir effectué le déplacement, DEFCON, qui est très loin d’être un outsider sur les marchés de défense africains. La société de courtage militaire basée à Prague, dirigée par le triumvirat Jiri MilickaMartin Marcon et Petr Markvart, avait été épinglée par un rapport d’audit du ministère nigérien de la défense en février 2020, pour ses liens supposés avec la société BRID A DEFCON du broker Aboubacar Hima, alias “Petit Boubé”, dans le cadre de trois marchés entachés d’irrégularités (AI du 10/07/20). DEFCON a toutefois démenti avoir été associé à BRID A DEFCON, que son fondateur a délocalisé à Prague peu après le début de l’enquête.

Début de succès au Ghana ?

A Accra, le ministre ghanéen de la défense Dominic Nitiwul a donné une suite favorable à la proposition tchèque portant sur la vente potentielle de six avions d’entraînement et d’attaque légers L-39 NG, conçus par la firme Aero Vodochody, fabricant qui a équipé pendant des décennies de nombreuses aviations africaines, à l’instar de l’Algérie, la Libye, l’Égypte et l’Éthiopie. Le 2 août, le ministre a ainsi communiqué au Parlement une proposition de contrat d’une valeur de 111 millions d’euros. Des négociations qui pourraient aboutir au deuxième succès commercial du L-39 NG en Afrique, dans le sillage du Sénégal (AI du 01/06/20). Ce succès reste, pour le moment, en demi-teinte : les livraisons à l’aviation sénégalaise ont été reportées à 2022 au plus tôt (AI du 01/06/20), le temps qu’Aero Vodochody achève le développement de l’appareil.

Tchadanthropus-tribune la lettre du Continent

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