Le président Macron a annoncé jeudi 10 juin la fin de l’opération antijihadiste « Barkhane ». La fin de huit ans de présence française au Mali et dans les pays voisins du Sahel ? Rien n’est moins sûr. La majorité des 5 100 soldats français resteront au Mali jusqu’en 2023. Au moins…

Les soldats français ne quitteront pas le Sahel tout de suite ! Après huit ans de présence militaire pour lutter contre les groupes djihadistes, essentiellement au Mali, le président Macron a certes acté, jeudi 10 juin, la fin de l’opération Barkhane​, lancé par son prédécesseur François Hollande. Mais un bon repli est un repli dans le bon ordre.

De 5 100 soldats actuellement déployés au Sahel, on passera à 3 500 d’ici à un an, puis 2 500 en 2023. L’armée française prévoit de quitter des bases du nord du Mali (Kidal, Tombouctou) pour se concentrer sur la zone dite des « trois frontières », aux confins du Niger et du Burkina Faso.

Pour ne pas abandonner le terrain aux djihadistes, la France continuera d’épauler les armées locales, avec ses alliés européens, au sein de la force Takuba. Enfin, les forces spéciales de l’opération Sabre​, dont Macron n’a pas dit un mot, vont continuer la traque des chefs djihadistes.

Pourquoi est-ce si long et si compliqué ?

Laisser sur place des forces spéciales et des soldats au sein de Takuba implique des effectifs importants en appui (renseignement, médical, maintenance, etc.). Dans une armée moderne, pour un homme au combat, ce sont souvent deux ou trois militaires derrière.

En fait, le plan du retrait français est dans les cartons de l’état-major depuis 2019 et il aurait dû commencer début 2021. Mais, à l’époque, la dégradation de la situation sur le terrain et la mort de cinq soldats français avaient poussé le président Macron à le suspendre. Pas question de partir en donnant l’impression de fuir.

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Aujourd’hui, le coup d’État militaire du 24 mai au Mali a donné une fenêtre ​à Emmanuel Macron, qui souhaite ce retrait depuis un moment et qui peut expliquer que la France n’a pas vocation à se substituer […] à la stabilité politique des États souverains​. Et tant pis si cela est contradictoire au soutien dont a toujours bénéficié le dictateur tchadien Idriss Déby et dont bénéficie la junte qui a placé son fils Mahamat au pouvoir.

Quel est le bilan de Barkhane ?

Très mitigé. Les militaires français ont fait leur boulot en portant des coups sévères aux groupes affiliés à Al-Qaida et à l’État islamique, en tuant plusieurs de leurs chefs historiques. Mais jamais la perspective de rétablir l’unité territoriale du Mali​, un des objectifs de Barkhane, n’a semblé à portée de fusil. L’État malien est toujours aussi dramatiquement absent dans le nord et désormais le centre du pays.

Barkhane a même eu des effets pervers en disséminant les forces djihadistes, sous pression et à la recherche de points de repli dans les pays voisins, déstabilisant gravement le Burkina-Faso. La mort des chefs algériens d’Al-Qaida a aussi propulsé au premier plan du djihad au Sahel Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa. Ils sont Maliens et s’imposent de plus en plus comme des interlocuteurs incontournables dans la perspective d’un règlement du conflit. En tout cas, aux yeux de beaucoup de Maliens, à défaut de Paris.

Tchadanthropus-tribune avec Ouest/France

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