Rabat a été pour la première fois convié à participer aux réunions de travail du Groupe de soutien à la transition au Mali, et s’active pour être plus impliquée sur ce dossier à l’Union africaine. Un engagement qui n’est pas sans susciter la méfiance d’Alger.

L’activisme du Maroc pour s’inviter dans la gestion de la crise malienne – et plus largement du Sahel – porte peu à peu ses fruits : Rabat a été pour la première fois convié à participer à la prochaine réunion du Groupe de soutien à la transition au Mali (GST-Mali). Ce cénacle chargé de veiller au suivi de la transition malienne a été institué par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) en octobre 2020, après le coup d’Etat militaire ayant renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) par le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) dirigé par Assimi Goita.

Le GST-Mali est composé des Etats frontaliers, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Mission onusienne au Mali (Minusma). Sa dernière rencontre avait eu lieu en mars à Lomé, à l’initiative du chef de l’Etat togolais Faure Gnassingbé, déterminé à se donner un rôle de premier plan dans la gestion de la crise.

Visite à Rabat

La date du prochain rendez-vous du GST n’est pas encore fixée, mais à Bamako, les paramètres ont évolué : le colonel Assimi Goita, jusqu’alors « vice-président de la transition », a en effet été investi chef de l’Etat le 7 juin après avoir destitué Bah N’Daw. Or depuis le coup d’Etat du 18 août, Goita joue le rôle d’interface principale entre Bamako et le royaume chérifien.

Après avoir salué dès août 2020 le rôle positif de Mohammed VI dans la transition, il avait ensuite longuement rencontré Hassan Naciri, le très connecté ambassadeur du Maroc à Bamako (AI du 02/09/20). Puis il s’était rendu à Rabat en février, où il avait été reçu notamment par le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita, l’inspecteur général des Forces armées royales (FAR) Abdelfattah Louarak et, selon nos informations, le patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, les renseignements extérieurs), Yassine Mansouri.

Si Goita – formé en Russie – n’est pas passé par les académies militaires marocaines, plusieurs de ses condisciples au gouvernement ont suivi une partie de leur cursus au Maroc, à l’instar du colonel Ismael Wagué, reconduit le 11 juin au ministère de la réconciliation nationale.

Alger défend son pré carré

Mais Rabat fera face, au sein du GST, à son éternel rival algérien. Particulièrement investie dans la transition malienne, la diplomatie algérienne a été étroitement associée aux deux premières réunions du GST, de même que le commissaire Paix et Sécurité de l’UA d’alors, l’Algérien Smaïl Chergui.

En mars, le chef de la diplomatie Sabri Boukadoum avait aussi conduit une forte délégation algérienne – elle comprenait notamment le n° 2 du Département Afrique des services de renseignements extérieurs – à la réunion du GST de Lomé.

Mais Alger qui avait parrainé en 2015 la fin des hostilités entre le gouvernement malien et les rebelles touareg de la Coordination des mouvements de l’Azawad a suivi non sans anxiété la nomination à la primature le 7 juin de Choguel Kokalla Maiga. Figure du mouvement de contestation M5-RFP, le nouveau chef du gouvernement s’est en effet toujours montré très critique à l’égard de l’Accord d’Alger de 2015, dont il avait publiquement appelé par le passé à « renégocier les termes ».

Activisme à l’UA

Selon nos sources, l’ambassadeur marocain auprès de l’UA à Addis-Abeba, Mohamed Arrouchi, a par ailleurs manifesté en début de semaine la volonté du Maroc de participer à tous les prochains travaux de l’institution panafricaine concernant le Mali et plus largement le Sahel. Un activisme qui ne manquera pas d’irriter la diplomatie algérienne, qui compte toujours de nombreux alliés au sein de l’UA sur le dossier du Sahara occidental.

Dans la capitale éthiopienne, l’Algérie s’est particulièrement investie sur le dossier malien ces dernières semaines. Elle l’avait notamment placé au centre de sa présidence du Conseil de paix et sécurité tout au long du mois de mai dernier.

Mais Alger, qui trustait le très stratégique poste de commissaire « Paix et Sécurité » depuis dix-huit ans, a dû passer la main en février au Nigérian Bankole Adeoye en remplacement de Chergui perdant ainsi un important relais d’influence sur le dossier sahélien. La création d’une force d’intervention de l’UA au Sahel forte de 3 000 hommes, activement portée par le diplomate algérien, devrait ainsi être abandonnée par Adeoye.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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