Passée inaperçue – et pour cause, le président tchadien Idriss Déby a choisi de signer le décret la veille de Noël, le 24 décembre -, la nomination de Seïd Idriss Déby comme nouveau directeur général de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) représente une prise de contrôle direct du secteur pétrolier par la famille régnante. Autrefois, le président favorisait les nominations d’affidés dans ce secteur qui allaient exécuter les ordres venus d’en haut. Le dernier titulaire, Tahir Hamid Nguilin, avait obtenu ce poste comme lot de consolation après avoir manqué de devenir gouverneur de la banque sous-région à la BEAC.

 

La fonction de DG de la SHT a connu de très nombreux occupants depuis la création de la société, il y a une quinzaine d’années. Ce turn-over s’est encore amplifié à partir de 2012, lorsque la firme d’État s’est occupée de vendre elle-même sa part de brut sur les gisements de Doba, soit 12,5% (AEI nº709). Autrefois, elle ne faisait que recevoir des revenus et impôts de la part de l’opérateur des gisements producteurs de Doba, Exxon Mobil. Outre la mise sur orbite de Seïd Idriss Déby, la dernière épouse du président, Hinda Déby Itno a également quadrillé le secteur du trading à la SHT : Son amie Aziz Mariam al-Bachir Ahmat était devenue numéro 2 en 2016.

 

Un fils à la carrière éclair

Seïd Idriss Déby était depuis mai 2016 le directeur général adjoint de la raffinerie de Djermaya (AEI nº770). Il laissera son empreinte dans la gestion de cette dernière contrôlée à 60% par la China National Petroleum Corp (CNPC) chinoise. Du 16 au 23 septembre, il avait en effet fait fermer l’usine avec l’accord de son père, à la suite de différends avec le DG chinois Xu Zhihong quant à l’utilisation de certains fonds de la raffinerie (AEI nº825). Cette soudaine crise avait conduit CNPC à envoyer en urgence un représentant de haut rang, son vice-président Wang Baoji, rencontrer le président Idriss Déby pour trouver une issue. Seïd Idriss Déby est revenu en 2016 de Malaisie, où il a étudié, avant d’occuper un poste au sein de Chadian Enterprise, la société de distribution d’essence de sa mère. Il a ensuite intégré pour quelques mois la Société des hydrocarbures du Tchad avant d’être placé à la raffinerie où, de droit, la place de DGA est réservée à un citoyen tchadien.

Tchadanthropus-tribune avec la Lettre du Continent

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