Kadhafi et le monde arabe : entre tensions, turbulences, complots, alliances et échanges économiques.

Le jeune Lieutenant de l’Armée libyenne, auteur du Coup d’Etat militaire ayant mis fin au régime féodal du vieux Sultan Idriss Al Senoussi, est un fervent admirateur de Gamal Abdelnasser, le Président Égyptien, apôtre du socialisme et du panarabisme, c’est-à dire de l’unité de la « Oumma al Arabiya » (la Nation Arabe). Il est important de souligner que Kadhafi est féru d’histoire, Il vit intensément et avec nostalgie le souvenir de l’héroïsme, de la grandeur et de l’éclat passés des peuples arabes. Il souffrait de vivre la tragédie du présent de » l’Arabe dominé et soumis, exploité et pillé, humilié et écrasé par le monde occidental. » Il s’est investi à soutenir la cause palestinienne en finançant de nombreuses organisations qui soutenaient le combat des Palestiniens. Après sa déconfiture au Tchad, lui renvoyant l’ascenseur, le Chef de l’OLP, Yasser Arafat est venu à Ndjamena rencontrer le Président Habré pour offrir sa médiation pour la normalisation des relations entre le Tchad et la Libye.

Pour son action sur la scène internationale, Kadhafi a très tôt compris  le rôle important des médias dans l’amélioration de son image et de celle de la Libye. C’est pourquoi, il a largement financé la presse arabe dans de nombreux pays, tout comme il avait acquis l’agence Panapress et la radio Africa N°1.Pendant la guerre avec le Tchad, le Canard Enchaîné, journal français, a révélé que le groupe Jeune Afrique avait aussi un contrat de marketing politique avec Tripoli.

Kadhafi, bouillonnant d’idées se lança à corps perdu dans des initiatives tous azimuts en vue de jeter les bases de l’unité arabe qu’il tenait pour la priorité des priorités. Il tenta, tour à tour, de s’unir avec l’Egypte, la Syrie, la Tunisie, le Soudan, l’Algérie.

Les relations entre Kadhafi et ses frères arabes, ont dévoilé, un personnage fantasque, imprévisible. Avec le Président Bourguiba de Tunisie, les tensions furent nombreuses. Soufflant le chaud et le froid, Kadhafi se fit menaçant envers le régime de Bourguiba qui l’accusera de vouloir le renverser avec l’infiltration d’agents libyens, de livraison d’armes à des opposants tunisiens. En ce qui concerne le Maroc, Kadhafi était l’ennemi juré du trône alaouite. Lors du putsch avorté du général Oufkir, Kadhafi s’était emporté et voulait apporter son soutien aux officiers marocains putschistes. Il considérait  le Roi Hassan II comme  un allié de l’Occident  et d’Israël. Le Roi Hassan II, dans un livre d’entretien avec Gilles Perrault, raconte sa première rencontre avec Kadhafi, qui est venu en 1969 à Rabat assister à un Sommet arabe :  » Ce fut une guerre ouverte pendant les  trois jours de la conférence. Une atmosphère irréelle, proche du western, avec des menaces, injures et pistolets sur la table. » Le Colonel libyen soutiendra les opposants de Hassan II, armera le front Polisario. En réplique, le roi marocain accueillera à bras ouverts les exilés de Kadhafi. Les relations maroco-libyennes atteignirent le point de rupture puis une période d’accalmie s’installa avec la signature du traité d’Union entre le Maroc et la Libye en 1984.  L’accord sera signé à Oujda, à la frontière avec l’Algérie rivale. Tout un symbole! Mohammed VI, alors prince héritier en fera même son sujet de mémoire en 1985. Kadhafi va prendre prétexte de la visite de Simon Pérès, Président israélien au Maroc en 1986 pour rompre le Traité d’union et provoquera ainsi, à nouveau, une période de turbulences.

Malgré cette atmosphère, de nombreux accords furent signés, dans le textile, la minoterie, le BTP, des joint-ventures conclus et plus de 120 000 Marocains s’installèrent dans les villes libyennes  pour trouver  un emploi. Les investissements libyens au Maroc se sont faits dans les secteurs de l’immobilier, du tourisme et de l’énergie. La LAFICO a été la partenaire de la holding royale dans la réalisation du TWIN Center de Casablanca, mais aussi dans le gigantesque projet chimique, dans les phosphates. ATTIJARIWAFA BANK a ouvert une  antenne à  Tripoli .Toute cette coopération économique a été conduite par Saïf El islam, fils de Kadhafi.

Le Maroc a joué au médiateur lors de la crise libyenne aussi bien entre les délégations libyennes qu’avec les Occidentaux. Puis, le Maroc a accusé l’Algérie d’avoir envoyé des armes et des combattants du Front Polisario pour aider Kadhafi. Rabat s’est ainsi rangé du côté du CNT libyen, et ce, dès la prise de Tripoli.

Les relations du Guide de la Jamahiriya avec le Roi Abdallah d’Arabie saoudite ont tourné aux insultes publiques lors du sommet arabe de Doha en 2009. La raison de cet accrochage devant les caméras de télévision date de 2004. La presse américaine avait fait alors état d’un complot monté par Kadhafi pour assassiner le Roi Abdallah d’Arabie Saoudite alors prince héritier, en projetant de  tirer un missile contre son avion.

Avec l’Egypte, Kadhafi déclencha les hostilités, une guerre de trois jours à la frontière opposa les deux pays en 1977, à cause du rapprochement de l’Egypte avec Israël. C’est le pays qui compte le plus grand nombre d’immigrés en Libye, leur situation sera précaire et dépendra des crises politiques entre les dirigeants.

L’Algérie fut proche de Kadhafi à cause de leur position commune en soutien au Front Polisario, mais  aussi, en raison de leur  front commun contre le colonialisme et Israël. Le guide libyen, infatigable, proposa l’union à l’Algérie en 1988. Il accordera 3 prêts sans conditions d’un montant de 300  millions de dollars à ce pays frappé par la chute du cours du pétrole et qui trouvait intéressante l’idée d’une union avec la Libye qui lui permettrait de tirer profit des richesses du voisin. Pour rendre attrayante l’union proposée, Kadhafi propose de  laisser aux Algériens, la Présidence et les postes clés de l’union. Le Président algérien Chadli informe par prudence son voisin, le Maroc qui, aussitôt, propose la reprise des relations diplomatiques après des années de brouille, ce qui fera échouer le projet d’union de la Libye avec l’Algérie. Pour atténuer la déception, Kadhafi sera invité par les deux pays, a participé en 1988 à la création de l’Union du Maghreb arabe.

A l’évidence, la coopération libyenne avec les autres pays arabes était pleine d’embuches, mais elle représentait aussi un véritable et fructueux partenariat gagnant – gagnant. Tout le contraire, de ce que nous avons pu relever en Afrique francophone ; quelques réalisations de prestige, et surtout le folklore, la condescendance et la politique de la mise en scène choquante qui entourent ses relations avec l’Afrique Noire. Dans ses relations avec le Maghreb, il a su jouer, sur le nombre très important des immigrés de cette zone, installés dans son pays pour y travailler, afin d’obtenir de leurs pays respectifs ce qu’il voulait.  Il n’a pas ainsi hésité à procéder à des expulsions massives.

Force est de constater que, si l’idéal de réaliser une union a viré à l’obsession chez Kadhafi qui espérait ainsi former un bloc puissant et aller à la conquête du monde, son tempérament, son arrogance, son mépris affiché des autres, lui ont été préjudiciables, et ses dérives expliquent, pourquoi ses relations avec ses frères arabes ont été souvent tumultueuses avec des  périodes d’accalmie, d’embrassades et des promesses d’alliances qui se sont révélées toutes éphémères.

Il n’a récolté qu’échecs et amertume. Sans compter qu’avec des pays aussi importants que l’Arabie Saoudite et l’Irak, ses relations se caractérisaient, pour dire le moins, par la méfiance réciproque aggravée par les sautes d’humeur et les provocations verbales du Libyen.

Le temps s’écoulant, les échecs qui s’accumulaient, ont eu raison de la patience de Kadhafi. Déceptions, rancunes et rancœurs ont pris, dans la tête et le cœur du jeune Lieutenant, la place de son volontarisme, de sa générosité et de son optimisme. Mais, Kadhafi est toujours resté un militant anti-impérialiste, cet impérialisme incarné par l’Occident, « synonyme de colonialisme, de néocolonialisme, autrement dit d’oppression et de répression, de pillage et d’exploitation ». Aussi, il n’entendait pas baisser les bras dans sa quête d’un cadre d’action plus large afin de mieux résister et mieux combattre ces fléaux incarnés par les grandes puissances du Nord. Les relations heurtées, en dents de scie de Kadhafi avec le monde arabe, expliquent la quasi indifférence des dirigeants arabes à sa chute.

Tout au long de ses tentatives d’alliance avec de nombreux pays, la démarche du Guide libyen s’est singularisée par un manque de vision concrète de ses projets de fusion ou d’union. Comment construire une stratégie, si on n’a pas une vision précise de ce que l’on veut et en ignorant superbement les préoccupations des partenaires ?  

      Kadhafi et l’Occident : Quand  business et  dictature dansent le tango.

Les relations de Kadhafi avec le monde occidental et le regard qu’il porte sur les élites occidentales sont d’un autre ordre. Il déteste profondément l’Occident, sa civilisation, son histoire, son comportement et ses actions dans le monde. Pour lui, le monde judéo-chrétien serait par excellence celui de  l’avoir et de la jouissance. Ce serait un monde où les élites dirigeantes seraient toutes corrompues pour qui, tous les moyens sont bons pour arriver à posséder et à en jouir.  A dire vrai, Kadhafi a appliqué à une échelle insoupçonnable son axiome. Il l’a fait tout au long de son règne. Ses mallettes, tout comme ses hommes de confiance qui les portaient ne passaient pas inaperçus, y compris au plus fort des périodes de tension entre Tripoli et les Capitales occidentales.

Ainsi, en pleine crise majeure avec les USA, la Libye continuait à importer de ce pays des produits censés être sous embargo. L’importance du marché libyen et la solvabilité du pays exercent une attirance irrésistible sur les élites politiques et les hommes d’affaires du Nord. Les visites officielles du « Guide » en France et en Italie ont montré à quel point les dirigeants politiques et les hommes d’affaires de ces pays se signalèrent par leurs attentions et leurs prévenances à son égard. A Rome, avec son ami Berlusconi, il s’engagea à lutter contre l’arrivée des migrants sur les côtes italiennes, en déclarant : «  Demain, peut-être, l’Europe ne sera plus européenne car ils sont des millions d’Africains à vouloir venir.»

Adulé, accueilli et traité en invité spécial devant bénéficier d’un protocole hors normes, et, en hôte à qui, rien ne devait être refusé, Kadhafi a usé et abusé de la concupiscence de ses hôtes.

La France s’est très tôt, dès 1970, rapprochée de la Libye de Kadhafi, par une visite du Premier Ministre Jacques Chaban Delmas qui signe des contrats de vente de 110 avions bombardiers, des hélicoptères, des armes. Chirac fera lui aussi une visite en Libye pour signer des contrats commerciaux. La guerre du Tchad provoquera des turbulences entre Mitterrand et Kadhafi qui se rencontreront en Grèce pour un sommet en vue de concilier leurs intérêts sur le dos du Tchad.  Les responsables politiques français malgré les tensions dues à l’attentat sur le vol UTA et les actions de déstabilisation libyennes, n’ont jamais franchi le point de rupture avec Kadhafi. Les contrats commerciaux et les intérêts des compagnies pétrolières françaises et des grands conglomérats industriels français y sont pour beaucoup.

Sarkozy s’inscrit dans la même ligne et présentera l’idée de recevoir en 2005, Kadhafi en France comme une démarche normale car le Guide libyen est un partenaire indispensable dans la lutte contre les migrants, en dévoilant les accords avec Kadhafi pour empêcher les migrants africains d’arriver en Europe. C’est ainsi que le Chantre de l’Unité Africaine a expulsé en 2003 plus de 30000 immigrés africains originaires d’Afrique centrale et de l’Ouest, en les dépouillant de tous leurs biens correspondant à des années de travail et de souffrance loin de leurs familles. Ce faisant, Kadhafi a accompli sa part d’un contrat, en purgeant la Libye des immigrés noirs. Mais, il est aussi un allié à un autre titre, comme l’a déclaré le porte-parole de l’Elysée sous Sarkozy, David Martin : « la communauté occidentale est satisfaite de la coopération des services de renseignements libyens dans la lutte contre le Terrorisme. Kadhafi est aujourd’hui un allié incontournable dans ce combat.”

Cette phase d’étroite collaboration avec ceux qu’ils traitaient, par ailleurs,  d’impérialistes voués aux gémonies, fut  bouclée, en 2005, par l’arrivée en grande pompe du Guide de la Jamahiriya à Paris.

Kadhafi a fait son entrée dans la cour de l’Elysée dans une limousine blanche, digne des stars d’Hollywood puis, suivait un second véhicule bardé d’antennes de brouillage des téléphones portables. Des musiciens, des tambourins, des danseuses orientales, au total 400 personnes constituaient sa délégation. Kadhafi a planté sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny où il a été reçu avec tous les honneurs. Ce folklore tapageur et surtout provocateur était sa marque de domination d’un espace qu’on prétendait  rythmé  par un protocole républicain insensible aux lois de l’argent. Cette excentricité organisée, jusque dans son dress code, fait partie de sa communication politique. Elle avait le don d’en boucher un coin à une certaine arrogance des journalistes français.

D’ailleurs, on constate que les Présidents français jouent bien sur ce registre protocolaire pour humilier les Chefs d’Etat africains ; ainsi untel Chef d’Etat a reçu une franche accolade, l’autre a vu le Président français venir jusqu’à l’accueillir au bas des escaliers, un autre, tout simplement salué à distance du bout des doigts etc. Des petites mesquineries qui cachent mal que les rapports de force et les intérêts des marchands d’armes, des compagnies pétrolières, des holdings et des trusts avides de pétrodollars ont mis aux pieds de Kadhafi, la République française. Tout comme se jouant, de la justice  française, aucune charge n’a été retenue contre son fils qui a tranquillement, à bord d’un Ferrari remonté, en sens inverse, la célèbre avenue des Champs Elysées. Le scandale d’Etat qu’a constitué la corruption par une puissance étrangère, la Libye,  du Président de la République française, Nicolas Sarkozy, en finançant à hauteur de 50 millions d’euros sa campagne électorale, a démontré jusqu’à quel point les démocraties occidentales se sont affaissées sous le poids de la corruption. Cette affaire qui touche à l’intérêt public a été étouffée par les médias, les hommes politiques, les acteurs de la société civile en France. Ce sont tous ces renoncements qui prouvent que la démocratie française est bien mal en point pour qu’elle ait pu étouffer de tels faits de corruption au plus haut niveau de la République.

La Suisse eût, elle aussi, son lot d’humiliations quand un des fils de Kadhafi a battu violemment une domestique à son service dans un hôtel particulier à Genève. Kadhafi engagea un bras de fer avec les autorités suisses les menaçant de mettre fin à leur approvisionnement en pétrole si des poursuites étaient engagées contre son fils. Ce fut radical et tout le monde s’aligna après quelques gesticulations de pure forme.

Ses relations avec les États Unis, le grand Satan, comme il disait, furent tumultueuses. Il a largement financé dans ce pays, des campagnes de lobbying pour son image.  Sous Reagan, sa résidence a été bombardée.

En 2009, il se rendra pour la première fois aux États Unis pour l’Assemblée générale des Nations Unies. Il prononcera un discours fleuve de plusieurs heures, fustigera et dressera la liste des crimes internationaux commis par les Américains, critiquera sévèrement le racisme de la CPI, le fonctionnement anormal du Conseil de Sécurité dans lequel 5 pays imposent leurs lois à 192 autres pays, dira t-il. Il dénonça la politique américaine au Moyen Orient, en Irak, en Afghanistan etc.

Mouammar Al Kadhafi débuta son leadership comme une étoile brillante. Admirateur des grands leaders du Tiers-Monde, le jeune Lieutenant révolutionnaire suscita sympathie et admiration en Afrique. Mais, assez tôt, l’homme se distingua par l’incohérence et la violence de son discours, et autant par l’irréalisme et l’inanité de ses initiatives diplomatiques. Non plus, il ne tarda à montrer son arrogance,  son autoritarisme et son intransigeance. Et, les années passant, le goût du pouvoir s’installant, l’immensité de la fortune à sa disposition grisant, l’aigreur des échecs et l’âge ont fait de l’homme un satrape imprévisible et impitoyable. Toutefois, au plan international, sa surface financière et la crainte qu’il inspire du fait de sa capacité de nuisance, lui assurent respect et considération, voire même sujétion.

La Commission des Affaires Etrangères du Parlement britannique a publié un rapport faisant un bilan accablant de l’intervention de l’Otan en 2011 en Libye qui a conduit à la chute et à la liquidation de Kadhafi. Ce qui fait de cette publication un  document de référence exceptionnel, en particulier, en ce  qu’elle ne met pas seulement en cause l’engagement britannique mais qu’elle souligne aussi, très clairement, le rôle décisif de la France et de M Sarkozy personnellement dans cette affaire. Le rapport souligne que des solutions de règlement de la crise existaient mais ont toutes été écartées par Sarkozy. Enfin, les députés britanniques accusent « la France et la Grande Bretagne, appuyées par les Etats Unis, d’avoir transformé une opération autorisée par les Nations Unies en vue de venir en aide à la population civile de Benghazi menacée par la répression, en une opération visant à renverser le régime et à éliminer son chef. »

Du fait de cette initiative personnelle de Sarkozy, déterminé à effacer les traces de sa compromission avec le régime libyen, la Libye a littéralement implosé en  milices et tribus qui s’affrontent, des crises migratoires et humanitaires, des violations des droits de l’homme, l’implantation de groupes terroristes s’est étendue aux pays voisins, bref un effondrement politique et socio-économique de tout le pays. L’ONU s’est trouvée affaiblie et a vu sa crédibilité écornée, encore une fois, par la violation de la Résolution sur la crise libyenne. La Chine et la Russie, ayant voté la Résolution, ont été trompées par le non respect du cadre défini pour l’intervention de l’Otan. Et tirant la leçon de la supercherie, ils ont pris acte en disant qu’on ne les y reprendra plus.

Barack Obama a reconnu avoir fait une grande erreur dans la crise libyenne : « Mon erreur a été de croire que les Européens, particulièrement, les Français, plus proches de ce pays, savaient ce qu’ils faisaient et s’étaient préparés à gérer l’après Kadhafi. Rien de tout cela, Sarkozy n’était obnubilé que par l’exposition de ses prouesses sur la guerre aérienne, alors qu’en réalité, ce sont les bombardiers américains qui ont détruit toutes les batteries anti-aériennes de la Libye. »

La disparition de Kadhafi a alors permis à l’Union Européenne de prendre la place du leader libyen comme bailleur de fonds de l’Union Africaine  en assurant son budget de fonctionnement et partant, avoir le contrôle des actes et initiatives de l’Organisation panafricaine. D’un parrain à l’autre ! Quand est-ce que les dirigeants africains vont  s’assumer ?

La chute de Kadhafi a mis fin à toute sa politique africaine et a permis de réaliser que l’intérêt qu’il a porté à l’Afrique Noire, les milliards qu’il a dépensés dans de nombreux pays, étaient la conséquence d’une vision politique personnelle, qui n’était partagée ni par son entourage immédiat, ni par son clan, encore moins par le peuple libyen. Pour renforcer cet aspect des choses, on soulignera qu’aucun de ses fils héritiers, Saif el Islam et les autres n’a effectué des visites en Afrique Noire. Ils se sont contentés de maintenir des relations superficielles. Pour le Sénégal, Saif Al Islam a fait quelques voyages hors d’Afrique avec le fils du Président Diouf et puis avec Karim Wade. Leurs intérêts allaient vers le monde occidental et les pays arabes.

Depuis 2011, en Libye, après des années d’affrontements, le Général Khalifa Haftar passe pour être l’homme fort de la Libye. A l’écoute et à la lecture de tout qui se dit sur Khalifa Haftar, on est surpris de constater qu’une partie de son parcours est volontairement effacé par les médias françafricains. On dit souvent, que pour étouffer une information, il suffit de ne pas la reprendre, et c’est exactement, ce que ces medias font dans une unanimité suspecte. Pourquoi ?

Le Général Khalifa HAFTAR était le Commandant de la base de Ouaddi Doum dans le Nord Tchadien occupé par l’armée libyenne. A la suite des combats engagés pour la reconquête du territoire et de la libération du pays, lui et tout son Etat Major ont été faits prisonniers par l’armée tchadienne du Président Habré. Par la suite, il avait, avec de nombreux officiers, dénoncé la guerre de Kadhafi contre le Tchad. En 1990, avant de quitter la Capitale, le Président Habré fera prendre toutes les dispositions de sécurité afin d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains des hommes de Deby  qui avaient la mission de les livrer à Kadhafi, selon le pacte conclu en échanges du soutien multiforme de la Libye pour renverser le Président Habré. Après avoir vécu aux Etas Unis, en Europe et ailleurs, Khalifa Haftar et ses compagnons, sont revenus, 30 ans plus tard, participer au soulèvement contre Kadhafi et le voilà en bonne position pour le remplacer.

Ces faits historiques dérangent les médias occidentaux qui préfèrent les passer sous silence parce qu’ils sont reliés au Président Hissein Habré. Dans cette affaire, ce dernier donne une image de sa personnalité dans le traitement d’un prisonnier de guerre, Commandant d’une base militaire, responsable d’une terrible guerre ayant occasionné des milliers de morts tchadiens. Ces faits sont en contradiction avec les mensonges et l’opération de lynchage médiatique portés par les médias françafricains et leurs recrues africaines financées par le canal  les « Chambres Africaines Extraordinaires ».

Si Kadhafi a financé tous azimuts la traque judiciaire contre le Président Habré, c’est parce qu’ayant un ego surdimensionné, il ne pouvait admettre cet échec cuisant et historique. Aussi, il n’a jamais lésiné sur les moyens pour obtenir une revanche. Après le départ du Président Habré, il a marché sur le Tchad lors d’une visite mémorable avec des milliers de personnes venues de Libye et des centaines de voitures. Il s’est adressé au peuple tchadien en hurlant : « Je vous ai débarrassé de Hissein Habré ». Il a payé 6 milliards de francs CFA à la chaine arabe AL JAZEERA pour qu’elle relaie tous les aspects de sa visite d’une semaine au Tchad, en liaison directe, sur toutes les télévisions libyennes. Il fallait pour lui, montrer de visu, à tous les libyens sans distinction que Hissein Habré dont le seul prononcé du nom faisait trembler tous les libyens, que cet homme n’était plus au pouvoir. Il ne s’est pas arrêté là, il a agi, de concert, avec les impérialistes français, pour apporter les moyens financiers et politiques et faire condamner à la prison à vie le Président Habré.

Le Président Habré a été confronté à deux séries de questions importantes, à savoir : ses relations avec l’ancienne puissance coloniale, la France, et l’agression libyenne. Face à Paris, il a refusé d’être un exécutant malléable disposer  à brader les intérêts vitaux de son pays, tant sur la question de l’intégrité territoriale et sur la question pétrolière. Face à la Libye, il rejetait toute compromission et était déterminé à relever le défi de l’annexion du Nord du Tchad.

Mouammar Al Kadhafi a passé 42 ans au pouvoir. Sans cesse, il a cherché à constituer une force tantôt militaire, tantôt économique pour aller à la conquête du monde. Un monde qu’il voulait dominer, soumettre. Il était Guide, Roi des Rois, Imam des musulmans, un véritable délire de grandeur. L’argent du pétrole lui a permis d’être  très puissant, il a ainsi gouverné 42 années sans organiser une seule élection, sans autoriser des partis politiques, ni la liberté d’expression. Militant anti –impérialiste et souverainiste dans l’âme, il s’est cramponné au pouvoir, allant au bout de ses obsessions quel qu’en soit le prix, et ce, jusqu’à la fin de sa vie.

Par Mme Fatimé Raymonne Habré.

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