Le Sénégal tout entier a rendu hommage à M Bruno Diatta, reconnaissant en lui, sa constance dans son travail, plus que cela, son dévouement exemplaire au service de l’Etat, de la préservation de la mémoire des institutions politiques et sa contribution à élever et maintenir bien haut l’image du Sénégal.Inlassablement pendant plus de 40 ans, sur presque deux générations,Il a rappelé  à chacun la place qui est la sienne, les gestes qu’il doit accomplir. Il a avec tact justifié le positionnement des corps dans l’espace politique et coordonné  le mouvement et le rythme des cérémonies. Ainsi, un événement se compartimente en plusieurs niveaux sur le plan du protocole, sur le plan du spectacle qui se déroule sous nos yeux, car oui le protocole est un véritable spectacle, une mise en scène menée par un chef  d’orchestre et la symphonie qui en  résulte  peut-être belle ou inachevée et se révéler alors cauchemardesque. Les gestes, la manière de parler, la tenue vestimentaire, le lieu de l’événement constituent l’étiquette du protocole, suivra ensuite la manière de dire les choses, l’ordre des allocutions, les personnes à privilégier, on parle alors de gouvernance du protocole. L’axe communicationnel fait partie intégrante du protocole afin d’être en mesure  de prévenir les impairs. Chaque acte posé par un agent du protocole est un acte de communication qu’il s’agisse de l’ordre des intervenants, de leur position autour de la table etc.

Le protocole est ainsi un ensemble de règles, de codes mais ces prescriptions véhiculent tout un ensemble de valeurs dont les principales sont : la déférence, la bienveillance, la cordialité, la réciprocité et la pacification des échanges, en ce sens que le protocole a aussi pour rôle d’éviter le désordre, par justement, la mise en place d’un code d’ordonnancement afin que tout se passe bien. C’est  la raison pour laquelle, on dit aujourd’hui que l’une des principales exigences du protocole est la fonctionnalité.

Les règles protocolaires reflètent notre histoire et notre actualité, c’est pourquoi de nombreux pays  asiatiques, arabes et autres ont leurs propres codes du protocole, même s’il y a des principes de base appliqués de manière quasi universelle. En Afrique, dans l’espace francophone, en ce qui concerne le protocole d’Etat, l’ensemble des pays africains francophones appliquent les règles du protocole français, avec des variantes qui se constatent sur la phase  de l’accueil ; à la descente de l’avion, les bises sur le front,  4 en général entre Chefs d’Etat, certains ne font pas de bises à la Première Dame mais préfèrent le baisemain  témoignant de plus d’élégance et de galanterie. A ce propos, signalons le comportement très choquant du Président français Jacques Chirac en visite officielle au Cameroun, dans l’accolade et la façon dont il a tenu la main de la Première Dame du Cameroun, Mme Chantal Biya, sans la lâcher tout le long du passage en revue des personnalités venues l’accueillir.

En principe, à l’arrivée et à la descente de l’avion, le Président sort en premier, après le protocole et est suivi par la Première Dame. On a vu, Mme Rosine Soglo, Première Dame du Bénin, ne pas respecter cette règle protocolaire et sortir en premier de l’avion lors de leurs déplacements à l’étranger. Certains ont vu là un signe de sa domination dans l’espace présidentiel. Le travail protocolaire suppose aussi, en amont, de veiller lors d’un déplacement à l’étranger d’un Président, à avoir le détail minutieux du déroulement des étapes de la visite, en contact avec le service du protocole du pays d’accueil. Une petite anecdote : lors des déplacements du Président Diouf, si la visite prévoyait d’y passer la nuit, le protocole sénégalais veillait à informer de la nécessité d’avoir un lit de la taille exceptionnelle du Président Diouf. Et les services protocolaires du pays d’accueil lui étaient reconnaissants d’y avoir pensé! De même, pour la Première dame, certaines dispositions, comme avoir tout ce dont elle peut avoir besoin, par exemple, une coiffeuse qui ne doit être cherchée à la dernière minute. Autrement dit, le protocole, c’est aussi la gestion sur de nombreux points, des déplacements à l’étranger, de l’exigence que tout se passe bien et de la connaissance des règles protocolaires du pays d’accueil, pour éviter tout impair.

Très rarement, dans les pays arabes, les Premiers dames sont à l’accueil. Ainsi les règles protocolaires ne tiennent pas comptent d’elles. Aussi, quand les Présidents français se déplacent avec leurs épouses, il y a souvent des incidents qui sont parfois dissimulés à l’opinion. Ainsi quand Hollande est allé en Algérie avec Valérie Trierweiller, le protocole algérien ne savait pas où la mettre et on l’a déplacé à plusieurs reprises, ce qui avait fortement déplu à la délégation française. Le fait que le couple français n’était pas uni par les liens du mariage, y était pour beaucoup. Au Maroc, sa Majesté le roi du Maroc doit être salué avec le baise main par les marocains. A l’étranger, cette exigence protocolaire n’est pas de mise, et le roi Mohamed VI serre toutes les mains. Il avait un moment envisagé de laisser tomber le baisemain royal  mais au finish, il essaye de soustraire très rapidement sa main lors d’un baisemain royal.

Ce qu’il faut comprendre que ce soit pour les monarchies arabes du golfe ou la monarchie alaouite du Maroc, la légitimité politique est construite et repose sur un investissement idéologique massif de la religion, de sa fonction sacrée. Et au fil du temps, cette fonction sacrale de la religion est devenue indispensable pour ces monarchies confrontées aux formes de légitimation du pouvoir portée par les partis politiques. Ce qui explique son poids et la sensibilité des autorités par rapport au respect des règles protocolaires. Toutefois, tenant compte de l’évolution des relations internationales, si l’on prend  l’exemple du Roi Mohamed VI, la nouvelle constitution met en avant le double rôle du roi, en qualité d’Amir al mouminine et de chef de l’Etat. C’est ainsi qu’on a vu sa Majesté Mohammed VI sillonner de nombreuses capitales en Afrique, se comporter plus en Chef de l’Etat déployant une active diplomatie économique pour conquérir des marchés pour son pays. Ce qui suppose, de facto, un allègement  du protocole : sa Majesté est saluée en se courbant sur son épaule. Les règles protocolaires se sont ainsi adaptées à l’évolution du rôle du monarque.

En Arabie Saoudite, le port du voile pour unePremiere dame étrangère, en visite, est une règle de courtoisie, mais aucune des First Lady américaine ne l’a respecté. Laura Bush, Hillary Clinton, Michelle Obama et Mélanie Trump sont arrivées sans être voilées, plus précisément, sans avoir un voile sur la tête. En voyage à Abu Dabi, lors de la visite de la grande mosquée, Mme Brigitte Macron s’est voilée et déchaussée. Elle n’accompagnait pas son mari lors de son voyage en Arabie Saoudite.

Le protocole saoudien avait, par ailleurs, fait savoir au Président français Nicolas Sarkozy que lors de sa visite, Carla Bruni, sa compagne et pas encore son épouse, ne pouvait faire partie du voyage. La même question avait été soulevée par les services du protocole de l’Inde soulignant que Mme Carla Bruni, non mariée, au président Français ne pourrait être accueillie comme une épouse de Chef d’Etat mais comme simple membre de la délégation française. Elle a finalement renoncé à ce voyage en 2008, pour y aller en 2010 la bague au doigt.

Force est de constater que les règles du protocole ne peuvent parfois se concilier avec le concubinage dans certains pays où les prescriptions sont très strictes comme les monarchies du golfe, l’Indonésie, l’Inde etc. Ce sont ainsi  des règles non écrites qui ne sont ni texte de loi ni texte constitutionnel. Valérie Trieriweiller, bien que journaliste, déclarait, par rapport à son statut, qui pouvait créer un problème sur le plan diplomatique : »Je ne suis pas sûre que cela en pose tant que cela. Peut-être pour une visite chez le Pape « . Sa visite en Algérie lui prouva le contraire comme souligné plus haut.

Il est communément admis que l’accueil des visiteurs se fasse selon les principes et règles du pays visité. Pour les repas et les boissons, il est courtois de tenir compte des interdits religieux dans le choix des aliments qui composent le menu et de respecter dans la limite du raisonnable, les interdits les plus évidents : ainsi, ne pas servir du porc à des musulmans et des juifs, même chose pour les boissons alcoolisées.

La gestion de relations diplomatiques exige de faire appel à la géographie culturelle puisque les personnalités présentes sont issues de pays voire de cultures différentes.Même si le principe universellement pratiqué est de recevoir l’hôte selon les règles du pays d’accueil, le protocole est une interface entre le visiteur et ceux qui le reçoivent, il fera tout pour éviter des incidents diplomatiques dus à des gestes inappropriés, des paroles malheureuses s’expliquant par une non maîtrise des différences socioculturelles.

La réalité des  relations internationales suppose des déplacements, des visites dans des pays, occasion de signer des contrats prestigieux, moment de réaffirmation des bonnes relations, mais aussi, instants choisis pour délivrer des messages politiques, en égratignant parfois le pays hôte par le non respect de son code protocolaire. Le Chef de l’Etat en visite démontre ainsi la toute puissance de son pays, son refus de se plier à certaines prescriptions  et en profite pour lancer un message politico-médiatique à une catégorie de l’opinion. En communication diplomatique, ne dit-on pas que « Doing is saying « . Quelques exemples: en ce qui concerne, les First Ladies américaines refusant de se couvrir la tête lors de leur voyage en Arabie Saoudite. Elles ne se sont pas couvertes la tête parce que pour elles, le port du voile était une contrainte pour les femmes saoudiennes musulmanes et qu’elles, étant des femmes libres, il n’y avait pas de raison de le faire. C’est aussi un message politique visant à stigmatiser l’Islam. Même si leur  position a été critiquée, il n’en demeure pas moins, qu’avec intelligence, les autorités saoudiennes l’ont géré sans aucun incident car, très bien informées des positions et pratiques américaines et de leur volonté de poser des gestes discourtois. Pour montrer à Michelle Obama qu’ils n’avaient pas apprécié, tous les saoudiens à l’accueil l’ont salué d’un simple signe de tête rapide. La télévision saoudienne a flouté son visage. Alors faux pas diplomatique ? La polémique a enflammé les réseaux sociaux d’autant plus que certains ont souligné que Michelle Obama s’était voilée lors de sa visite en 2010 en Indonésie. Quant au Président français Nicolas Sarkozy, sa posture assise et dirigeant la semelle de sa chaussure vers sa majesté le Roi du Maroc n’a pas été géré avec diplomatie mais a été considéré comme un geste totalement inapproprié. Faisait-il preuve d’une ignorance totale ou voulait-il dire avec son arrogance habituelle ? « C’est ça la France ! «

Toujours au Maroc, le Président Hollande, en visite, lève son verre et veut faire « tchin tchin  » avec sa Majesté le roi du Maroc. Ce geste des plus maladroits a étonné plus d’un. Le président français pouvait-il ignorer, que jamais un invité ne porte en premier un toast, ce geste d’honneur revient toujours au représentant du pays hôte. Ensuite, faire tchin tchin n’est pas dans l’usage au Palais Royal, sa majesté le Roi du Maroc est Amir al mouminine, un descendant du prophète(PSL), une lecture plus fine des règles protocolaires marocaines aurait permis de comprendre que sa majesté ne pouvait s’installer dans cette position.

Cet épisode nous rappelle la gaffe monumentale de Barack Obama qui, en Angleterre, lors du dîner officiel, s’est trompé en se levant pour porter un toast à la reine d’Angleterre qui est restée de marbre. Shocking ! Idem pour son épouse Michelle Obama qui a pris par les épaules la reine Elisabeth II, impardonnable pour le protocole anglais, le plus strict d’Europe,nul ne doit toucher ainsi la reine .

On constate donc qu’il n’est pas seulement question que les services du protocole fassent leur travail, encore faut-il que les Chefs d’Etat soient très attentifs, retiennent les codes et ne soient pas distraits par le spectacle qui se déroule devant eux, se laissent aller et commettent des impairs.

Lors de la visite du Président iranien Hassan Rohani, en Italie, en 2016, pour répondre à cette invitation, le protocole iranien avait demandé la suppression de l’alcool du dîner d’Etat et la préparation de plats halal. Les autorités italiennes ont accepté les demandes iraniennes. Après son entretien avec sa Sainteté le Pape François, Hassan Rohani a été invité à visiter les musées, le Colisée de Rome et le Capitole. Tenant compte de la sensibilité culturelle du Président iranien, le protocole italien avait recouvert de grands cartons toutes les statues de nu. Lors de cette tournée européenne, pour l’étape française, la même demande de repas halal et d’absence d’alcool avait été formulée par les iraniens. Ces requêtes ont été rejetées par l’Elysée. Conséquemment, les autorités iraniennes ont rejeté le dîner d’Etat, le remplaçant par un goûter !

Autre exemple, lors de la visite de Kadhafi au Sénégal, il avait formulé le désir d’aller à Touba un vendredi et d’y présider la grande prière. Il faut dire que Kadhafi par cette posture d’imam dirigeant la prière, s’imposait de fait comme un guide religieux avec toute la charge qui s’en suit. Il l’a fait au Tchad, devenu sa province, en 1994 où il avait invité de nombreux chefs d’Etat africains qui ont accepté de prier derrière lui et de le laisser être leur imam. Une chose qu’il ne pouvait pas se permettre dans les pays arabes où il a été, en visite plusieurs fois, et s’est aligné derrière l’iman de la mosquée pour prier. Lors des pourparlers engagés par le Président Moussa Traoré du Mali, Président en exercice de l’OUA, qui avait réuni le Président Hissein Habré et Kadhafi à Bamako pour trouver une issue pacifique à la guerre entre le Tchad et la Libye. Kadhafi avait pesé de tout son poids pour que la prière du Vendredi prévue au programme de la visite, soit dirigée personnellement par lui en tant qu’imam. Une modification du protocole qui entourait cette prière, avait été faite en catimini par les autorités maliennes. Heureusement que la délégation tchadienne et le protocole tchadien sont restés très vigilants connaissant parfaitement les sales coups de Kadhafi et les messages qu’il souhaitait envoyer. Le Président Hissein Habré en situation de conflit avec la Libye, ne pouvait accepter de se mettre derrière lui pour la prière, d’autant plus qu’il n’était pas imam, et qu’en l’espèce, l’imam de la mosquée de Bamako avait été écarté pour satisfaire Kadhafi. C’est ainsi que le Président Habré n’a pas participé à cette prière présidée par Kadhafi. Au Sénégal, le Khalife Général des mourides a rejeté la condition de Kadhafi de venir à Touba à condition de présider la prière. Et le déplacement de Touba n’eût pas lieu.

Très souvent, le protocole, dans le respect des différences culturelles, va toujours chercher le compromis, tenir compte des deux parties ; ne pas imposer ses règles au visiteur lequel doit se montrer flexible. Le protocole se doit de négocier, si on refuse certaines règles, comme l’a fait Hollande, néanmoins en acceptant de remplacer le dîner officiel par un goûter, il a ainsi évité un incident et préservé l’esprit de la visite.

La diplomatie est ainsi un moyen de lisser, d’huiler et de lubrifier les relations entre les Etats. Certains diplomates avaient critiqué la position de l’Elysée sur le refus opposé à la demande des autorités iraniennes concernant l’exigence d’une viande halal et pas d’alcool au cours du dîner officiel. « On ne comprend pas qu’on invite une personne et on refuse de respecter des choses essentielles pour elle, comme des interdits religieux. Peut-on inviter un végétarien et lui servir de la viande ? Autant ne pas l’inviter. » Certains avaient souligné que lorsque le PM israélien déjeunait à l’Elysée, de la viande casher était servie !

La diplomatie est aussi une occasion de provoquer des crises par un non à certaines différences culturelles, quitte à essayer de les désamorcer par des compromis, signe d’une recherche de rapprochement. A travers ces nombreux exemples, on comprend que le refus d’accepter certains accommodements, s’assimile au refus d’une compromission. En quelque sorte, c’est comme si une limite était dépassée pour l’une des parties.

Mais la real politik fait que le protocole et la diplomatie dépendent des intérêts  économiques qui entourent la visite. Il faut donc bien observer le contexte de la visite, s’il est question d’importants contrats à signer, à l’Elysée, on se serait passer d’alcool pendant deux heures et on aurait servi de la viande halal, ce qui n’aurait dérangé aucun français autour de la table. Mais pour une simple visite de courtoisie, on va mettre des entraves et on va aller jusqu’à organiser des fuites dans la presse. On constate dés lors que dans un cadre interculturel, les intérêts économiques sont un catalyseur de la diplomatie souterraine et du piétinement ou non des règles protocolaires.

Les relations franco-africaines sont parfois soumises à des tensions, des turbulences qui soumettent les règles protocolaires à un véritable tourbillon. Celles-ci se constatent très souvent lors des visites effectuées par les présidents africains appartenant au pré-carré français. C’est précisément, au moment de l’accueil à l’Elysée, que le président français choisit devant les caméras de télévision, d’infliger une humiliation au président reçu. L’objectif recherché est que l’opinion africaine et plus exactement, celle du président en question, en soit témoin. Chacun aura suivi les tribulations de Paul Biya humilié par François Hollande qui refusait de le recevoir en tête à tête à l’Elysée. Au sommet France-Afrique à Kinshaha, il lui accorde 10 mn et refuse de le recevoir à l’Elysée. Mais Paul Biya tient à être reçu à l’Elysée voulant ainsi démontrer qu’il demeure un partenaire privilégié pour Paris. Un intense lobbying est mené et c’est le fils de Laurent Fabius alors Ministre des affaires étrangères qui demande 7 millions d’euros pour cette audience. L’argent payé, l’audience se passe mal car les français ne vont pas respecter les termes du deal d’une audience à 7 millions d’euros. Paul Biya n’aura pas de tête-à-tête mais une réunion de travail en compagnie des deux délégations. La suite, on la connaît, Thomas Fabius acheta un appartement de 280 mètres carrés avec le pactole et la cellule anti-blanchiment du Ministère des finances le coincera et la presse française en parlera amplement. Une escroquerie rondement menée sur le dos du Trésor public camerounais et restée impunie in fine.

Emmanuel Macron refusera, quant à lui, de saluer Idriss Deby à Bamako, lors du premier sommet du G5 Sahel. Deux semaines plus tard, Idriss DEBY s’envole pour un séjour privé à Paris, après avoir raflé tous les euros des banques au Tchad. Tous les chefs d’Etat de la françafrique connaissent la règle : en cas de bouderie, la solution, c’est le cash. Et le miracle se produisit, une fois que les valises ont été vidées, Deby décroche une tête à tête à l’Elysée, alors qu’il était en visite privée, comme quoi les règles protocolaires sont faites pour être chamboulées selon la volonté du prince. Le spectacle a été tout simplement magique ; Emmanuel Macron qui, hier à Bamako, n’a même pas daigné se lever de sa chaise et a refusé même de saluer Idriss Deby, le voici sautillant les marchés du Palais jusqu’à aller l’accueillir sur l’allée à côté de la voiture et tomber littéralement dans les bras de Deby. La françafrique? Une véritable tragédie !

Ainsi, évoluent les relations françafricaines rythmées par des bouderies s’exprimant par une main tendue raide et des salutations du bout des doigts, ou un accueil en haut des marches, au milieu ou encore au bas des marches, une accolade, des bises, un tapotement sur la joue ou un refus de salutations. Comme chacun peut le constater, ces pratiques protocolaires spéciales, sont réservées uniquement aux présidents françafricains et dévoilent le mépris des hommes politiques français pour un continent, ses populations, leurs dirigeants qui, pourtant, leur rapportent tant.

Des gestes humiliants, mais aussi des paroles blessantes : c’est Emmanuel Macron qui, en visite officielle au Burkina, en rigolant, dira au sujet du Président Kaboré du Burkina Faso « il est parti réparer la clim ! » Ou Sarkozy qui avait dit au sujet des voyous de  l’affaire Arche de Zoé : »J’irai les chercher quoiqu’ils aient fait ! »  Ou encore à Dakar, à l’Université Cheikh Anta Diop,  » les peuples d’Afrique ne sont pas rentrés dans l’histoire. » Ainsi pour marquer leurs relations et leurs humeurs du moment avec l’Afrique, les présidents français ont appliqué la formule américaine « Saying is Doying ».

Ces derniers jours en France, la démission du Ministre de l’intérieur, numéro 2 du gouvernement, annoncée une première fois aux médias, puis, présentée au Président Macron qui la refusa, mais néanmoins maintenue par voie de presse 24h après, à montrer un ministre mettant au pied du mur un Président de la république pour le contraindre à accepter sa démission. A ce niveau de l’Etat, c’est une grave transgression protocolaire, inédite sous la Vème République. Elle a suscité moult interrogations quand on sait qu’il y a à peine un mois, un autre ministre d’Etat, numéro 3 du gouvernement, Nicolas Hulot, avait, quant à lui, même pas averti le Président Macron de sa démission.

Il l’avait annoncé en direct lors d’une émission sur France Inter ; un affront voire un camouflet pour le Président Macron affaibli par cette crise de gouvernance mais aussi quelque part une crise politique.

Comme on l’a dit plus haut, nous avons mis de côté notre culture, notre différence culturelle qui n’est nulle part  visible sur le protocole. Nous avons pris le protocole français et l’appliquons tant bien que mal. Et c’est bien dommage. Il n’est guère difficile d’intégrer des éléments culturels propres à chaque pays dans le protocole. C’est pourquoi, il est important de mettre de coté, certains préjugés et certaines perceptions préconçues, pour construire par notre intelligence et notre créativité, notre propre empreinte culturelle et faire en sorte qu’elle émerge dans les codes protocolaires et marque ainsi chaque visiteur dans nos pays.

Dans la vie de tous les jours, quels que soient votre rang social, votre compétence, les gens garderont toujours de vous la première impression. Même si les conventions diffèrent d’un pays à l’autre, elles sont plébiscitées partout pour régler les comportements des individus en société. Ces codes et conventions forment ce que l’on appelle, les bonnes manières et le savoir vivre.

Aujourd’hui, nos bonnes manières se perdent petit à petit, sous l’influence culturelle étrangère mais aussi par notre perméabilité à absorber tout et n’importe quoi sans même nous poser de questions. Des exemples simples de la vie courante : le  fameux « coucou » et le « bisous bisous  » remplacent de plus en plus les salutations traditionnelles. D’autres pratiques se substituent à celles anciennes, les jeunes hommes en Afrique, très souvent, aujourd’hui, se saluent en se touchant les épaules, c’est une forme de salutations issue d’un mixage de pratiques et qui, au finish, est cordiale, fraternelle et originale. Dans notre vie quotidienne, les principes de base du savoir vivre doivent être respectés, que ce soit à la maison, au travail, en visite. On s’accordera sur le fait que la règle numéro un du respect de l’heure pour un rendez vous n’est que très rarement respectée. La ponctualité est la politesse des rois, dit-on, aussi, être en retard est un acte d’impolitesse. Savoir se tenir en visite dans un salon. Le téléphone portable entré dans nos vies, est devenu une véritable pollution ;à la mosquée, au cimetière, sur une place mortuaire, à table, au restaurant. Savoir l’utiliser le temps d’une visite n’est pas si compliqué.

Peut-être que le plus grand hommage à rendre à M Bruno Diatta, c’est de faire une introspection individuelle sur le respect des bonnes manières et des règles du savoir vivre, c’est aussi s’inspirer de ses principes fondamentaux dans l’exercice de ses fonctions, dans l’accomplissement de son devoir au service de son pays et au delà, dans notre vie en société qui repose sur des codes et conventions réglant les comportements entre individus contribuant ainsi à une harmonie sociale pour le bien être de chacun et de tous.

Par Mme Fatimé Raymonne Habré

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