Bloqué dans le pays depuis 2021 car sous le coup de plusieurs affaires judiciaires potentiellement explosives, l’opposant à Macky Sall tente de renforcer ses connexions à l’international, en particulier dans les sphères politiques françaises.

Il n’a pas quitté le Sénégal depuis deux ans. Sous contrôle judiciaire depuis le 8 mars 2021 dans le cadre d’une plainte pour viols et menaces de mort, Ousmane Sonko a plusieurs fois demandé à la justice l’autorisation de voyager, sans succès. C’est donc depuis le Sénégal que l’opposant tente de renforcer – ou de maintenir – son réseau à l’international.

Le responsable politique, qui a décidé d’ajouter la mention « africain » dans le nom de son parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) à la fin de 2022, tente aussi de se renforcer dans la sous-région. Plébiscité par la diaspora sénégalaise en Occident, Ousmane Sonko reste moins influent sur le continent, où il cherche à engranger davantage de voix.

Au niveau de ses alliés politiques, il s’efforce tant bien que mal de maintenir l’Inter-Africaine progressiste (IAP), fondée en 2019 avec plusieurs opposants. Une alliance d’autant plus importante qu’il tente de s’éloigner d’une image d’extrémiste, prenant ses distances avec des activistes au discours plus virulent, tels que Nathalie Yamb ou Kemi Seba.

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Dans une récente déclaration destinée « à la communauté internationale », Ousmane Sonko insiste sur « la propagande active [de Macky Sall] auprès des représentations diplomatiques et des organisations internationales contre son opposition ». Pastef n’est ni un « parti terroriste » ni un « parti anti-occidental », insiste l’opposant, déterminé à parfaire son image à l’extérieur.

Ibrahim Yacouba, l’ex-opposant

Le Nigérien est le seul membre de l’Inter-Africaine progressiste (IAP) à avoir quitté les rangs de l’opposition. Actuel ministre de l’Énergie, il était candidat à la présidentielle de son pays en 2020. C’est en décembre 2019, à l’occasion de son investiture par son parti, le Mouvement patriotique nigérien (MPN Kiishin Kassa), que Ibrahim Yacouba a convié à Niamey le Sénégalais Ousmane Sonko, le Guinéen Siaka Barry et le Malien Oumar Mariko.

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Les responsables politiques ont évoqué le projet de création d’une « internationale de partis politiques basée autour de la solidarité ». Après cette rencontre, Sonko avait proposé d’organiser un second rendez-vous à Dakar. Mais c’était avant ses déboires judiciaires et cette seconde rencontre n’a donc jamais eu lieu. Plusieurs des membres de cette alliance sont néanmoins restés en contact. Lors d’une récente visite à Dakar, le ministre Yacouba n’a pas manqué de rendre visite au président du Pastef.

Siaka Barry, le soutien

L’opposant guinéen a connu Ousmane Sonko à Niamey, par l’intermédiaire d’Ibrahim Yacouba. Siaka Barry avait rencontré le Nigérien en 2016, en marge du sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à Madagascar. Il adhère lui aussi à l’idée d’une coalition africaine de partis politiques marquant une rupture générationnelle.

Il continue également d’échanger fréquemment avec Ousmane Sonko et ne manque pas de rencontrer, lorsqu’il le peut, ses émissaires à Conakry. Exilé en raison de relations tendues avec la junte d’Assimi Goïta, le Malien Oumar Mariko a pour sa part pris ses distances avec ses alliés de l’IAP. Ces derniers ont un temps souhaité tisser des liens avec l’Ivoirien Guillaume Soro, en vain.

Succès Masra, l’exilé

Tout comme le Burkinabè Abdoulaye Soma, Succès Masra a rejoint l’Inter-Africaine après leur première rencontre à Niamey. Exilé aux États-Unis depuis les manifestations meurtrières du 20 octobre, le Tchadien est surtout occupé à mobiliser la diplomatie occidentale et africaine contre le pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno. Après son départ de N’Djamena où plusieurs cadres de son parti avaient été arrêtés, Succès Masra a multiplié les voyages à l’étranger pour plaider sa cause.

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En septembre 2022, Ousmane Sonko a pris publiquement la défense de son allié tchadien lorsque ce dernier a été bloqué par l’armée pendant plusieurs jours, retranché dans le siège de son parti avec ses militants. Le Sénégalais avait alors critiqué « la junte militaire installée par la France », représentée par le président tchadien.

Arnaud Le Gall, le « Monsieur Afrique » de Mélenchon

Le député, membre de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale française, conseille le chef de la France Insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon sur l’Afrique. À l’heure où Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle stratégie française au regard de ses relations avec le continent, les Insoumis continuent à défendre une « révision en profondeur de la politique » de leur pays. LFI a décidé de porter certains combats aux côtés du Pastef, bien que des positions conservatrices d’Ousmane Sonko, qui souhaite par exemple renforcer la pénalisation de l’homosexualité au Sénégal, embarrassent la gauche française.

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Le député français a ainsi publiquement contesté en février le renouvellement d’une convention d’entraide judiciaire et d’extradition entre la France et le Sénégal, assimilée à un « soutien à des régimes en voie de dérive autoritaire ». Arnaud Le Gall a en particulier demandé de préciser la qualification de « terroriste » évoquée dans le texte. Une opposition plus symbolique qu’autre chose, LFI n’ayant pas les moyens de bloquer le vote à l’Assemblée, mais qui a été largement partagée par le Pastef à Dakar.

Ersilia Soudais, la spécialiste des questions sociales

Au Parlement français, la députée de Seine-et-Marne est particulièrement active sur les questions sociales et participe notamment à plusieurs groupes d’études, dont celui sur les conditions d’accueil des migrants et des mineurs non accompagnés. Également membre de la commission des Affaires étrangères au palais Bourbon, Ersilia Soudais a elle aussi porté le combat de LFI contre la convention d’entraide judiciaire et d’extradition entre la France et le Sénégal.

Accompagnée du député LFI Carlos Martens Bitongo, elle s’est rendue à Dakar au début de janvier dans le cadre d’une mission parlementaire organisée par l’ONG Oxfam (qui lutte contre la pauvreté et les inégalités dans le monde) pour échanger avec les élus de l’Assemblée nationale sénégalaise. Trois autres députés français, dont deux du parti Renaissance d’Emmanuel Macron, était également du voyage, centré sur les problématiques liées à l’aide au développement en Afrique. Cette visite a mené les parlementaires français à aborder, avec plusieurs représentants de la majorité présidentielle – dont Amadou Mame Diop, le président de l’Assemblée nationale –, la question délicate de la montée du sentiment anti-français dans la région.

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C’était cependant une nouvelle occasion pour les députés de LFI d’interagir avec plusieurs de leurs homologues de l’opposition sénégalaise. S’ils n’ont pas pu rencontrer Ousmane Sonko, les parlementaires ont pu échanger avec le député-maire Cheikh Aliou Beye, membre de la formation politique du principal opposant à Macky Sall, mais également Barthélémy Dias, le maire de Dakar, et Oumar Sy, membre du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) et élu de la principale coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi (YAW).

Jean-Paul Lecoq, le renfort normand

Avant La France insoumise, Pastef avait déjà noué des liens avec le Parti communiste français (PCF). Ousmane Diop, le responsable de la section en Normandie du parti d’Ousmane Sonko, avait ainsi interpellé en mars 2021 le député du parti de gauche Jean-Paul Lecoq lorsque des manifestations violentes avaient éclaté à Dakar et dans plusieurs villes sénégalaises à la suite de la convocation de l’opposant, accusé de viols et de menaces de mort.

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L’élu de Seine-maritime, aujourd’hui membre de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) et vice-président de la commission des Affaires étrangères, avait ensuite dénoncé dans une lettre adressée à Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères, la répression meurtrière de ces manifestations par les forces de l’ordre. Depuis, Jean-Paul Lecoq a maintenu le contact avec Ousmane Diop, qui s’est par ailleurs mobilisé pour la réélection du député du Havre lors des législatives françaises de juillet 2022.

Désormais inculpé, Ousmane Sonko doit faire face à la justice lors d’un procès dont la date reste encore à définir. Mais les conseils du leader du Pastef ont émis en février un recours en cassation pour contester son renvoi devant une chambre criminelle.

Alioune Sall, le point focal en Europe

Cet ingénieur en informatique, coordonnateur du Pastef en France où il vit depuis une vingtaine d’années, a joué un rôle actif dans le rapprochement entre LFI et le parti d’Ousmane Sonko. Celui-ci s’est concrétisé après une rencontre en juin 2022 à l’Assemblée nationale entre les députés du parti d’extrême gauche (dont Arnaud Le Gall) et des membres du Mouvement national des cadres de Pastef en France conduits par Alioune Sall, élu député de la diaspora lors des législatives de juillet 2022.

Cette première prise de contact, pendant laquelle les responsables politiques ont longuement parlé des relations entre la France et l’Afrique, a permis de poser les bases d’une alliance entre les deux partis politiques qui partagent une même idéologie : le combat pour l’émancipation des peuples. Après ce premier rendez-vous, les deux formations ont promis de s’entraider mutuellement, les uns se proposant d’être les relais des autres sur des sujets d’intérêts communs en France et en Afrique.

Yaya Diallo, le messager

Bien qu’aucun contact n’ait été formellement établi avec la formation politique française, Ousmane Sonko discute avec quelques socialistes par l’entremise de ce Franco-Sénégalais, membre du Parti socialiste (PS) français depuis une quarantaine d’années. Ce proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone et de l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall, également candidat à la présidentielle de 2024, joue l’intermédiaire entre l’opposant sénégalais et le secrétaire national du PS, Olivier Faure.

Ce dernier s’était d’ailleurs fendu en juin 2022 d’un tweet très critique à l’égard du gouvernement sénégalais après l’arrestation, en marge d’une manifestation interdite, de plusieurs personnalités de la principale coalition de l’opposition, YAW.

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Des liens amicaux unissent en outre Yaya Diallo et Serigne Abdou Mbacké, dignitaire de la confrérie mouride et marabout d’Ousmane Sonko. Alors que le maire de Ziguinchor avait banni de ses conférences de presse en mars 2022 plusieurs médias français dont Radio France internationale (RFI), le cadre socialiste dit avoir convaincu l’opposant sénégalais d’accorder une interview au début de janvier dernier aux médias du groupe France Médias Monde, lesquels en avaient fait la demande plusieurs mois auparavant.

Jeune Afrique

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