Moriba Magassouba s’en est allé discrètement, comme il a toujours vécu.

Journaliste de grand talent et surtout, patriote africain, il était comme chez lui, dans plusieurs pays du Continent. Un homme de bien, d’une grande simplicité, ouvert, sympathique, d’une large culture ayant le sens des bonnes relations humaines et sachant les entretenir pour le meilleur. On peut lui attribuer la production d’au moins cinq livres sans compter ses nombreux écrits journalistiques. Le Président Hissein Habré perd un ami fidèle de plus de 40 ans, un frère affectueux nous a quitté. Il était toujours ému lorsqu’il se rendait au Cap Manuel rendre visite au Président. Il me disait souvent : « Je pense souvent à tout ce qu’il a fait pour son pays, pour l’Afrique, en stoppant les visées hégémoniques de Kadhafi, au sacrifice de sa personne, pour refuser ce sort qu’on lui a réservé. » Lui, pouvait prétendre être un spécialiste du Tchad, un journaliste-reporter de guerre et avait vécu les événements politico-militaires du Tchad sur le terrain. Il connaissait presque tous les acteurs politiques tchadiens et avait suivi les faits historiques et étaient à même de camper les enjeux politiques tant en ce qui concerne, la politique expansionniste de Kadhafi au Tchad, que le double jeu de la politique française. Il avait même été arrêté et emprisonné par les hommes de Kamougué au Sud du Tchad.

Il était à nos côtés dans cette traque judiciaire. Il m’a apporté soutien et conseils.  Il était monté au créneau et a affronté lors d’un débat musclé, le grand manitou blanc de l’affaire Habré, Reed Brody. Ce fut suffisant pour que, jamais plus, il n’acceptera un débat mais préféra ses monologues diffamatoires. Par ailleurs, aucune des recrues des CAE n’accepta de débattre avec lui. Après le débat avec Reed Brody, les magistrats des CAE prirent une mesure en lui refusant le renouvellement de son permis de visite au Cap Manuel.

Il ne se laissera pas intimider et dénonça cette mesure vigoureusement dans les médias et finalement, ce fut productif et la mesure fut annulée.

C’est ainsi que le cœur lourd, il avait assisté à la prise en main de journalistes par le Consortium de « sensibilisation » chargé d’accompagner les CAE et dont la mission était de dissimuler à l’opinion, le caractère illégal et illégitime de cette juridiction qui n’avait aucune garantie d’indépendance et d’impartialité. Aucun tribunal pénal international crée par les Nations Unies ne pouvait s’autoriser de créer et de produire l’effet d’une pré-condamnation d’un prévenu. « La presse a le devoir de communiquer dans le respect de ses devoirs et de ses responsabilités », martelait Magassouba. C’est sur ses conseils que nos avocats ont saisi le CORED à deux reprises, pour juger et analyser l’action du Consortium et de la Cellule de Communication, grassement payé pour détruire la présomption d’innocence du Président Habré.

C’est ainsi que ; minutieusement, nous avons suivi ses directives de journaliste consciencieux, avec nos cellules de veille, rassemblé, enregistré, scanné, mis en évidence par actes d’huissier toutes les actions médiatiques ; presse écrite, radios, télévisions, sites internet, recrutement d’artistes, de personnes ressources issus de nombreux secteurs, pour mettre en évidence l’effroyable travail de sape de la présomption d’innocence et des droits de la défense. Un véritable pilori médiatique s’est abattu nuit et jour sur nous, sur nos enfants et sur nos familles. Personne ne pouvait y échapper. Nous avons assisté au procès Karim Wade et Khalifa Sall. Les journalistes ont- ils eu besoin d’un indécent budget pour les sensibiliser ? Non !

La présomption d’innocence est un droit fondamental en soi, c’est un principe général essentiel du droit pénal participant à l’exigence d’un procès pénal équitable. Son respect s’apprécie au regard de l’ensemble de la procédure ; « dès le début de la phase préparatoire du procès, la garantie de la présomption d’innocence doit être assurée à tous les stades de la procédure pénale jusque devant la juridiction de jugement ou bien entendu, l’intéressé bénéficie toujours du droit au respect de sa présomption d’innocence, elle assure la sérénité des audiences et exige l’impartialité du tribunal. »

Elle exige également le respect de l’honneur de la personne poursuivie. C’est pourquoi le législateur a posé des limites et des restrictions à la liberté d’expression des journalistes dans le traitement des affaires judiciaires. Hélas !  Le CORED a refusé d’analyser nos deux plaintes et ainsi, sauver la mise au fameux Consortium et a installé, de fait, une discrimination dans le traitement des requêtes.

Depuis, grâce à tes contacts et tes conseils, Magassouba, nous avons soumis à des experts européens en communication travaillant dans les rapports Justice – Médias, la gigantesque œuvre du Consortium de sensibilisation des CAE, au Sénégal (Africa Premium Consulting), au Tchad (Magi Communication) et même en Europe (CNR Démocratie), de la Cellule de communication des CAE, de HRW qui, elle aussi, a mobilisé encore des moyens pour faire du soi-disant lobbying dans la presse. Lobbying dans une procédure judiciaire ?! Un véritable quadrillage médiatique, du jamais vu ! L’absence totale de preuves, la grossière manipulation des faits politiques et historiques a conduit les commanditaires de l’affaire Habré a installé une machine à tuer médiatiquement avant l’entame du procès pénal qui est l’instant T où il faut produire des preuves.

Il ressort déjà, que l’on peut classer cette action de la task force médiatique anti-Habré du Consortium et Cie, comme une démarche absolument unique au monde et, sans hésitation, les experts posent déjà que le Sénégal a été un terrain d’expérimentation avec pour objectif, une manipulation importante de nombreuses catégories de personnes et une annihilation totale des droits de la défense. D’ailleurs, dans leur dossier, les spécialistes du Consortium ont promis eux-mêmes que si le plan était parfaitement déroulé : « les capacités de riposte des lobbies pro-Habré seraient quasi –nulles ! »  Que Diable !  A défaut, d’avoir une adhésion à leur complot, ils réussirent à mouiller grâce à un indécent budget de nombreuses personnes bien listées et s’assurer ainsi de leur silence, mais aussi, à avoir des recrues pour une véritable agression verbale indispensable selon eux, dans l’entreprise de liquidation du Président Habré, maquillée en lutte contre l’impunité.

Une actualité brûlante en Palestine nous rappelle l’insoutenable hypocrisie et la grossière mascarade qu’elle a été dans l’affaire Habré. Cher frère Magassouba, tu nous as quitté avant que ce rapport nous soit rendu, tu devais en assurer le commentaire au regard du rôle et du positionnement des journalistes dans une affaire judiciaire. Nous te le dédierons.

Inna Lil-Lahi Wa Inna Ileihi Rajahoun. Repose en paix !

A Dieu Maga.

Mme Fatimé Raymonne HABRE

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